INSPIRATION CORONAVIRALE

La vie quotidienne reprend peu à peu à Shanghai (février 2020)

A l’heure où je rédige ce post, les nouvelles confirment que ce satané virus est bien volatile et qu’il se répand vers l’ouest. Sans vouloir minimiser les faits, mais avant de paniquer de façon déraisonnée, il peut être intéressant de vérifier les chiffres annuels de contaminés et de décès de la grippe saisonnière en France par exemple… J’espère cependant que les autorités européennes sauront prendre les mesures adaptées pour éviter l’épidémie massive, en pensant surtout à tous les pays (d’Afrique entre autres) dont les systèmes de santé publique ne sont pas armés face à un tel phénomène…

Mais aujourd’hui, restons plus légers et parlons créativité ! Car ce Coronavirus est une source d’inspiration incroyable. Alors qu’au-delà des frontières, tous s’imaginent la Chine complètement bloquée, masquée – voire pire -, la réalité, tout du moins pour moi à Shanghai, peut être ressentie de façon différente (mais je suis bien consciente que les populations de la région du Hubei et des villes encore en quarantaine ou en étroit confinement ne vivent pas la même chose…). Voyez plutôt.

Opération Portes Ouvertes

Chez nous, des portes se sont ouvertes, nous avons eu la chance d’approfondir des relations jusqu’ici peut-être un peu superficielles, par manque de temps, manque d’occasions, par frilosité peut-être aussi (et oui ça nous arrive !). Mais depuis un mois, au fond de chacun de nous dans notre entourage shanghaien, il y a plus d’empathie, de bienveillance, de la fraternité, de l’amitié, ancienne ou récemment éveillée, et ça c’est bon. Nous savons tous que, quel que soit le futur, ces échanges resteront importants et indélébiles. De même, en famille (même s’il en manque un…), nous atteignons un nombre record de repas pris ensemble, car plus de business trips, plus de visiteurs « du groupe », plus de diners d’affaires, ni de conférences, mais que de fous rires, de temps passé, de discussions, on savoure à tous points de vue ! Voilà c’était ma séquence émotion, mais il fallait le dire…

Peu à peu Shanghai renaît… (Février 2020, crédit : XP)

Y-a-quoi au menu ce soir ?

Chassez le naturel… Tradition française oblige, les groupes sur WeChat pour traquer les bons plans, remplir le frigo et passer commande de tout ou presque, se multiplient. Les groupes Food by The Clan et Drinks by the Clan listent les quelques lieux ouverts, ceux qui livrent etc. Le célèbre Ziko et ses groupes comme Le jardin de Ziko ou La Cuisine de Ziko dénichent moult fournisseurs de poisson d’Islande ou du Pacifique, poulet fermier bio, bœuf australien et autres morilles du Yunnan pour le plus grand plaisir de nos papilles.

Recette d’une adepte des groupes de Ziko

Les restaurateurs, quant à eux, ont bien du mal à envisager l’avenir sereinement puisque nombre d’entre eux ne peuvent toujours pas ouvrir, à part dans certains districts. On observe cependant ces jours-ci un certain assouplissement, on voit quelques tables rouvrir, sur le Bund, à Xintiandi, dans la FFC depuis peu, on espère que cela va progressivement se détendre…

Petit coup de pub à deux Français qu’on apprécie et qui nous régalent… Fifi du Bistro Le Saleya, et Fanny de Cuivre. Tous deux restaurateurs émérites et sympathiques, qui viennent tout juste d’être autorisés à rouvrir leurs établissements. En attendant, pendant ces longues semaines, ils ont proposé de livrer leurs spécialités. Pourvu que ces bonnes nouvelles s’inscrivent dans la durée (et s’étendent aux autres adresses de la ville…) !

Le Saleya : 570 Changle Lu, près de Xiangyang Bei Lu. Tél. : 6426.1262.

Cuivre : 1502 Huaihai Zhong Lu, près de Wulumuqi Lu. Tél. : 6437.4219

« Je vis une expérience hors du commun et je la fais partager ! »

Et puis, certains osent dévoiler leur créativité ! Il y a tout d’abord cette belle ode au Coronavirus.

Coronavirus. COVID-19. SARS CoV 2. Tu dois avoir un sérieux problème d’identité pour changer de nom aussi souvent. Comparé à tes prestigieux cousins H1N1, Marburg, Nipah ou bien même Ebola, il est difficile de se faire une place dans le monde des méchants. Finalement, c’est nul un virus, programmé pour tuer son hôte en se suicidant du même coup ! Les humains possèdent de rares spécimens similaires qui fort heureusement sont, comme toi, éphémères.

Avant de te dire adieu, je souhaitais néanmoins te remercier. Grâce à toi, le temps s’est trouvé suspendu durant plusieurs semaines. Précieux temps qui nous échappe en permanence à nous humains. Précieux temps qui a fait naitre une émouvante solidarité dans cette belle ville de Shanghai, qui a sublimé la beauté complice d’un foyer familial et qui a donné à celui qui s’interroge l’opportunité de réfléchir.

Repars dans l’anonymat qui te va si bien. Tu resteras dans la postérité des statistiques à la prochaine éclosion d’un cousin et dans celle d’un vague souvenir de notre expérience masquée.
La vie est belle !

(Y.P.)

Il y a aussi le Lycée Français de Shanghai, qui outre l’organisation du e-learning et son travail permanent avec les autorités locales, s’attache aussi à proposer de nombreuses activités extra-scolaires, sportives et culturelles.  Quizz sportif, challenge de fitness, visite virtuelle de musées de Shanghai, activités de la Cité des Sciences, carnets de coloriages de musées (#ColourOurCollections), concours artistique sur le thème « Je vis une expérience hors du commun et je la fais partager ! » etc. Et il y a aussi ces citations envoyées au gré des mails, ou via le Printemps des Poètes, dont le thème de l’édition 2020 est le courage… Je vous en livre deux qui me plaisent particulièrement :

Le courage n’est pas
de faire quelque chose
que les autres ne font pas,
c’est de ne pas faire
ce que font tous les autres.

(Stéphane De Groodt, L’ivre de mots)

Si toute la vie va inévitablement vers sa fin, nous devons durant la nôtre, la colorier avec nos couleurs d’amour et d’espoir.

(Marc Chagall)

E-learning de masse

Quand les autorités chinoises ordonnent aux écoles de se mettre au e-learning, c’est du lourd… Les classes de primaire sont diffusées sur une chaine TV nationale (imaginez cela sur France 2 !) : OUT la télé-réalité ou les bons vieux shows traditionnels, tout le monde au boulot, hop, hop, hop !

Les classes niveaux collège et lycée utilisent une plateforme dédiée, classe par classe, et mise à jour régulièrement, comme il se doit, par les professeurs. On imagine aisément les difficultés des émérites enseignants en fin de carrière à se mettre au parfum technologique ! Les trois plus gros opérateurs télécoms (China Mobile, China Unicom et China Telecom), ainsi que les grandes entreprises de la TEC (Huawei, Baidu et Alibaba) sont priés d’unir leurs efforts pour assurer la fluidité de la bande passante internet et le bon fonctionnement des serveurs, pour les quelques 50 millions d’étudiants qui sont en même temps sur le même canal… Les plateformes de live-streaming telles que DingTalk (du groupe Alibaba) ont elles aussi de beaux jours devant elles. On assiste sans doute à un tournant technologique et comportemental dans le secteur de l’éducation. (source : www.technologyreview.com)

En attendant une date de rentrée…

Don du sang

Et voilà un autre petit pas franchi pour moi… Depuis longtemps, je souhaitais donner mon sang. Mais ces dernières années, mes passages répétés à l’hôpital m’en ont empêchée. Et pour être tout à fait sincère, le doute pouvant parfois planner sur le standard des hôpitaux de mon cher pays d’accueil m’a aussi freinée… Oui mais maintenant, je vais très bien. Et le docteur Maskay, chirurgien et porte-parole de BLOODLINE à Shanghai m’ayant rassurée sur les conditions sanitaires, je me suis lancée, et suis allée dans l’un des centres de don du sang de la ville. 400ml de sang en 15mn, une petite heure de mon temps en tout, des contrôles sanitaires renforcés et quelques formalités administratives et c’est tout. Les malades sévèrement atteints par le Coronavirus peuvent avoir besoin de grosses transfusions sanguines pour traiter l’insuffisance respiratoire. Cela fait une raison de plus.

Ah j’oubliais, voici l’infirmière qui s’est occupée de moi, mignonne, n’est-ce-pas ?…

#jenesuispasunvirus

« Le péril jaune »

De nombreux récents témoignages de France m’attristent particulièrement. En effet, les Chinois de France, les Français de Chine rentrés au pays quelque temps, et même les Asiatiques en général (car peu de gens en France font la différence entre un Japonais, un Chinois, un Coréen…), sont victimes de discrimination raciale. Car oui, c’est le mot.

A commencer par les médias, regardez plutôt cette 1ère de couverture du Courrier picard, avec ce joyau qu’est la Cité Interdite en arrière-plan, j’ai honte… Et il n’y a pas qu’en France, j’ai entendu à la radio française un reportage sur le sujet au Japon. Ces deux pays ne sont historiquement pas très amis, les Japonais ont traditionnellement assez peur des étrangers, les masques (d’usage très courant au Japon) sont en rupture de stock, le bateau de croisière Diamond Princess est toujours bloqué en quarantaine à Yokohama avec ses nombreux malades, bref en conséquence de tout cela, ce virus cristalline les angoisses sur les Chinois…

Il y a aussi cette maman de Shanghai, restée en France après les vacances du Nouvel An chinois, qui, ayant emmené ces deux jeunes enfants chez le coiffeur, voit la conversation stopper net lorsqu’au bout de questions un peu insistantes (une discussion de salon de coiffure, quoi !), elle avoue habiter à Shanghai d’habitude. Cela vous fera 35 euros, merci et au revoir…

Notre fille, en classe de 1ere, a d’ailleurs eu récemment le sujet suivant de rédaction en chinois :  « Si j’étudie le chinois, je peux tomber malade » / « Si nous allons au restaurant chinois pour diner, nous allons sûrement tomber malades ! » / « Pourquoi ne rentrez-vous pas chez vous au lieu de rester en France et de nous transmettre le Virus ? ». Ces propos ont été entendus récemment en France. Que répondriez-vous à ces gens ? (120 mots minimum).

Et je ne peux que partager cette lettre envoyée par une étudiante chinoise à NEOMA Business School à l’une de mes amies qui y enseigne :

« Hashtag #Je ne suis pas un virus.
Vous avez tous entendu parler de cette phrase.
Je suis Chinoise. En France, loin de chez moi.
Je suis heureuse d’être ici pour exprimer mes sentiments. Je suis contente de partager avec vous les raisons pour lesquelles je pense que ce coronavirus est une catastrophe.
Je suis triste de vous parler d’un autre virus: la méchanceté des gens.
D’une part, comme nous sommes tous loin de notre ville natale, on s’inquiète vraiment de notre famille et nos amis qui sont en Chine.
Ces derniers jours, chaque matin quand je me réveille, la première chose que je fais est de regarder les nouvelles et le bilan officiel sur l’épidémie. Jusqu’à ce matin, le nombre de victimes a bondi à 213 morts et près de 10 000 personnes contaminées dans tout le territoire chinois. Des chiffres horribles. Des rues désertes. Des magasins et entreprises fermés. Une grave pénurie en équipement dans les hôpitaux…
Je suis très inquiète de ce qui s’est passé et se passera, de ceux qui sont privés du droit de sortir pour la fête traditionnelle la plus importante de l’année, de ceux qui restent encore à leurs postes même dans cette situation spéciale et compliquée, par exemple mon cousin qui est médecin, il est de son devoir de rester à son poste. Mais qu’est-ce qu’on peut faire pour eux? Des salutations par téléphone, des bénédictions en silence, et c’est tout.
Pour les citoyens chinois à l’étranger, cette inquiétude croissante plus ce sentiment d’impuissance sont, sans aucun doute, une catastrophe.
D’autre part, à l’extérieur des frontières chinoises, le virus fait trembler le monde. Au niveau de l’état, les rapatriements depuis la Chine débutent, les compagnies aériennes Air France et Lufthansa ont décidé de suspendre tous leurs vols à destination et en provenance de la Chine. Face à cette épidémie qui est en train de devenir mondiale, il n’y a pas que de la bienveillance. Les excès de langage et des actes sont comme un autre virus en exacerbant la situation déjà grave au monde.
Je vous donne quelques exemples:
Une fille chinoise portant un masque pour se protéger et prouver le respect aux autres se fait insulter et virer du RER par d’autres passagers.
Une université anglaise ne permet pas une étudiante chinoise en bon état de santé d’aller en cours. La seule raison est leur origine chinoise.
Les restaurants chinois sont fermés parce que beaucoup de personnes refusent de manger chinois. Bien pire, il y avait des gens qui y entrent seulement pour insulter en demandant s’ils cuisinent la soupe de chauve-souris ou plat de serpents…
Ces préjugés sont causés par le décalage d’information entre les messages véhiculés dans différents pays, ce type d’hostilité est causée par la panique et la mal compréhension, cette « alerte jaune » est causée par l’ignorance, ces « virus » sont plus catastrophiques que le coronavirus, ils font peur et blessent les Chinois d’outre-mer.
Pour conclure mon discours, je voudrais dire que les Chinois sont déjà gravement effondrés par cette épidémie, ce Nouvel An chinois est déjà le pire qu’il n’y ait jamais eu.
Un peu plus de compréhension, de compassion, et de tendresse, c’est tout ce dont ils ont besoin.
Merci de votre écoute.
Ziyi LI
2020.01.31″

Compte-à-rebours

Depuis quelques jours, cela ne vous aura pas échappé, les chiffres du nombre d’infectés du COVID-19 et du nombre de morts ont considérablement augmenté. Changement de méthode de calcul/de norme de détection du virus, cumulé à une volonté de plus de transparence, bref, sans prendre de grands risques, je pense que nous allons bientôt atteindre le chiffre symbolique des 100.000 infectés en Chine. Alors que les dernières statistiques (merci le docteur Zagury à Shanghai !) montrent bien un réel effet de ralentissement depuis plusieurs jours, prudence et vigilance restent de mise, car le retour des populations et la reprise du travail progressive dans les grandes villes sont en cours. La situation est stable sur Shanghai (et Pékin) : 331 cas à Shanghai depuis le début, 1 décès (sur plus de 24 millions d’habitants). Quoiqu’on en pense, il peut être admis que les mesures drastiques (et donc très difficiles à supporter pour la population, pour l’économie etc.) prises par les autorités, ont – pour le moment – plutôt bien épargné le reste du monde… Croisons les doigts.

Source : Dr Guillaume Zagury, spécialiste en Santé Publique & Innovations. 18/02/2020

Reste que la situation de la région du Hubei (mise sous cloche) est dramatique, les personnels hospitaliers et administratifs sont héroïques ! Je vous laisse lire cet article sur le docteur Klein, en direct de Wuhan…

https://lepetitjournal.com/hong-kong/coronavirus-philippe-klein-pourquoi-jai-choisi-de-rester-wuhan-274132

Concernant notre vie quotidienne à Shanghai, on ne va pas se mentir, les contrôles se resserrent, vraisemblablement pour s’assurer d’éviter une reprise du nombre de cas avec le retour au travail.

Environ 99% des magasins hors alimentaires sont toujours fermés, 100% pour les sites touristiques, de divertissement, les musées et galeries d’art (bouhou !), et pour tous les fameux lilongs (ou lanes). Très peu de restaurants ouverts, certains essaient de livrer ou de proposer de la vente à emporter (bravo les restaurants français !), fermeture totale sur certains districts.

Dans les résidences, compounds et lanes semi-privatives, contrôle de la température, visiteurs extérieurs totalement ou partiellement interdits, livreurs bloqués à l’entrée, parfois les ayis (femmes de ménage/nounous) ne peuvent plus venir du tout chez leurs employeurs. Je vous laisse imaginer les conséquences économiques sur la durée…

Tout ceci nous ramène au fameux sujet de la quarantaine… Les règlementations changent tous les jours ou presque, diffèrent selon les districts, les quartiers, les bureaux etc. Scoop du jour, le LFS vient de nous envoyer l’information suivante : « Suivant les instructions de la commission d’éducation de la ville de Shanghai, nous vous informons que dès que nos écoles seront autorisées à rouvrir leurs portes, nous ne pourrons donner accès aux campus qu’aux personnes qui auront respecté une période d’observation de 14 jours à Shanghai, et ce, quelle que soit la provenance de cette personne avant son retour à Shanghai.” Voilà, au moins c’est clair, et pour être honnête, c’était à prévoir… Reste qu’on attend toujours la confirmation de date de reprise des écoles et universités, « au plus tôt la semaine du 2 mars ».

En attendant, je tiens une fois de plus à remercier les professeurs et tout le personnel du LFS qui se mobilisent depuis le début pour assurer cet e-learning, maintenir un rythme d’apprentissage pour les élèves, et même s’inquiéter de la partie détente et sportive via des vidéos, jeux et autres ! Tout n’est pas parfait bien sûr, c’est difficile et long pour les élèves, et encore une fois, les parents des plus jeunes doivent énormément s’investir, j’en suis bien consciente. Mais à tous les mécontents, qu’auriez-vous dit au lycée si rien n’avait été mis en place depuis le 3 février ?… Parents et enseignants veulent tous le bien de nos enfants et que cette année scolaire « pas comme les autres » ne soit surtout pas une année blanche, donc à tous bravo et merci ! (Et si vous partagez mon point de vue, faites-le savoir auprès de la direction du lycée, ils ont besoin de soutien).

Travail en groupe à Shanghai (crédit : GB)

Le Bund pour moi toute seule !

Mais il m’en faut bien plus pour me laisser abattre !

En effet, à part deux jours de pluie la semaine dernière (et même quelques flocons de neige ce W-E), la météo sur Shanghai est au grand bleu, fraîche mais avec un soleil rayonnant. Et la pollution à son plus bas niveau ! De quoi faire de magnifiques balades vivifiantes qui mettent le moral au beau ! Quelle chance de pouvoir marcher dans les rues dans nos quartiers favoris sans la foule habituelle, qui avouons-le, peut être oppressante certains jours…

Voici quelques photos que j’ai pu prendre de jour, de nuit…mythiques…

Le Bund, un soir à 20h (février 2020)
La skyline de Pudong dans les nuages (février 2020)
Nanjing Road, le pont Waibadu, le Bund, la skyline (février 2020)
Les alentours du Yu Garden (encore décoré pour le Nouvel An chinois), avec son fameux pont en zig-zag, habituellement plein de touristes ! (février 2020)
Autres vues du fleuve du Huangpu avec UN bateau, et le métro vide (février 2020)

LES 3 M

Les soldats prêts à repartir au combat (crédit : TM)

Semaine du 10 février 2020 : les 3 M

Quand la Chine tousse…

A Shanghai, les vacances de CNY prolongées de force sont terminées, les entreprises sont censées reprendre le travail lundi 10 février. Mais dans les faits, c’est bien différent. De nombreux commerces préfèrent, ou ont été obligés, de garder portes closes une semaine supplémentaire. Ils ont d’ailleurs un sacré travail de désinfection à opérer, les effluves de Javel n.5 sont omniprésents ici ! Il se pose aussi le problème du retour des salariés. Car nombre d’entre eux ne sont rentrés que tout récemment sur Shanghai (les bus, trains et avions étaient supprimés ou en nombre réduit). Selon leur province d’origine, ils peuvent avoir une quarantaine à respecter, en général de 14 jours (durée d’incubation estimée). Pour les autres qui peuvent retourner au travail, les entreprises doivent fournir des masques à tous, et ces masques doivent être changés régulièrement. La pénurie étant massive, le télétravail doit se poursuivre pour majorité d’entre eux. Et d’autres ont préféré négocier ce home office avec leurs employeurs quand cela était possible, car la psychose surtout chez les Chinois est vraiment importante. Je vous laisse lire dans les médias les nombreuses analyses des conséquences économiques à attendre pour la Chine, mais aussi pour le monde entier ! Cependant, même si cela va laisser des traces indélébiles au niveau social, économique et politique, je garde espoir dans la force et l’énergie incroyable de ce pays pour se redresser d’une telle épreuve. Si cet épisode sanitaire est inédit et différent du SRAS, les Chinois en ont vu tellement d’autres ! Reste à savoir quand l’horizon se dégagera…

Fortement (dé)conseillé

Comme chacun le sait, notre pays d’accueil excelle en toutes sortes de communications pour recommander et suggérer tel ou tel comportement. Affichettes, spots ou messages vidéo ou audio etc. Et qui dit fortement recommandé, dit adopté par 99,99% de la population (mais qui sont les 0,01% ?…)

Petite synthèse de nos nouvelles règles de vie « confinée » :

. Port du masque obligatoire (sauf chez ceux qui fument une cigarette dans la rue) 

. Contrôle de température à l’entrée de chaque bâtiment, immeuble de résidence, centre commercial, dans plusieurs stations de métro etc. Les moyens utilisés sont plus ou moins fiables. La caméra thermique semble la plus performante, hygiénique et discrète, le thermomètre posé sur le front l’est moins, JEG a déjà affiché un score de 33,5 degrés à l’entrée de son bureau !

. Règle d’or des 3M (du docteur Zagury) : porter un Masque (dès que l’on sort de chez soi), se laver les Mains (50 fois par jour pour moi je pense), et Malade (à éviter)

. Maintenir une activité physique quotidienne, faire du sport le plus possible (mais pas évident en ville quand toutes les salles de sport sont fermées)

. Livreurs refusés dans toute résidence (et Dieu sait si la Chine est un pays où tout le monde se fait TOUT livrer), tous les colis sont déposés à l’entrée, même le gros plein alimentaire hebdomadaire

. Visiteurs déconseillés et souvent interdits par les propriétaires dans les résidences et lanes (ruelles semi-privées) – ce qui est notre cas à présent…

. Rassemblements et soirées à bannir, bref tout ce qui peut favoriser le regroupement de plus de 5 ou 10 personnes. De très nombreux restaurants et cafés sont à présent fermés, seule reste la vente-à-emporter…

Je laisse cette liste ouverte car elle est sujette à être allongée/modifiée dans les jours et semaines à venir.

Avec cette même question récurrente, pour combien de temps…

La Petite Maison dans la Prairie (crédit : TM), ou le nouveau home-schooling

Concentrée…

Plusieurs de mes amies, mamans d’enfants plus jeunes, me racontent depuis Shanghai ou d’ailleurs, leur reconversion subite (et forcée) en préceptrice CNED de choc et support informatique. Car avec des enfants en primaire ou début de collège, l’autonomie est toute relative. En effet, malgré les multiples éléments envoyés par les professeurs, il faut faire le point tous les matins des tâches et devoirs à accomplir, expliquer les cours mis en ligne, faire réciter, imprimer/scanner/renvoyer aux professeurs le travail en temps et en heure, organiser les récréations, ateliers cuisine et autres divertissements, surtout pour ceux qui ne peuvent pas sortir… Mon amie Tiphaine (l’autre Tiphaine) relate ses journées sous forme d’épisodes de La Petite Maison dans la Prairie : classe multi-niveaux pour ses trois filles, mari scotché à son ordinateur et téléphone greffé à l’oreille, elle-même professeur de maths au lycée (donc avec ses propres classes, dont des Terminales, à gérer à distance), avec les repas à préparer et la maison à tenir (vraiment ?), le tout avec une jambe immobilisée pour plusieurs semaines… Je passe l’épisode sur le chat (c’était un chien dans la version originale de la Petite Maison…) qui manifeste sa désapprobation en faisant ses besoins sur le lit parental… Y en a qui forcent l’admiration ! Tiphaine, on attend la saison 2 avec impatience !

Poésie écrite par cette même amie Tiphaine, très inspirée !

Ecole à la maison, jour 10 :

Quand te reverrai-je
Lycée merveilleux?
Où ceux qui bossent
Vivent heureux

Quand te reverrai-je
Lycée merveilleux
Où ils apprennent
en présentiel?

Quand te reverrai-je
Lycée merveilleux
Sans capsule
Ni e-learning

Quand te reverrai-je
Lycée merveilleux?
Où ceux qui bossent
Vivent heureux

Une autre poète en herbe (un peu plus jeune) a composé ces quelques lignes très touchantes…

Travail en groupe de quelques lycéens de Shanghai dans le sud de la France

Pour les plus grands, même autonomes, il faut rester motivés sur la durée ! Plusieurs familles ont donc décidé de rentrer en France, afin de changer de cadre, pouvoir sortir plus librement, avoir un accès à internet plus fluide, retrouver des amis, rassurer les proches aussi, tout en poursuivant le travail en e-learning. Il reste deux incertitudes au tableau, et non des moindres : à quelle date la rentrée sera-t-elle re-programmée à Shanghai / y-aura-t-il une quarantaine à observer lors du retour sur Shanghai ? Et sur ces deux points, toutes les thèses circulent, il vaut donc mieux rester stoïque et adopter l’adage du wait & see.

Charmant programme…

Sportifs un jour….

Ceux qui nous connaissent savent que nous aimons faire du sport à la maison… Et que cela nous est d’autant plus indispensable que nous multiplions les occasions de festoyer ces derniers temps, histoire de garder le moral à son plus haut ! (Ça marche pas mal d’ailleurs…).

Sous masque, effet cardio garanti !

Nous bravons donc la psychose ambiante du je-ne-sors-pas-car-le-virus-est-dans-l’air en allant courir de bon matin avec les rescapés du groupe Anfumorningjoggers. Il y a deux écoles, ceux qui essaient de courir en masque, et les autres…

Et suite à la fermeture de la petite salle de sport de notre résidence, nous avons réaménagé l’étage supérieur chez nous, afin d’y accueillir notre coach préféré, Kiki (qui a eu la bonne idée de ne pas quitter Shanghai depuis des mois, donc pas de quarantaine imposée)! Allez, hop, hop, hop !

Kiki coach de choc !

VIS MA VIE…D’EPIDEMIE…

2-9 février 2020, Vis ma vie…d’épidémie…

N95, la nouvelle tendance

Le dimanche, nous émergeons doucement, prenant conscience de ce qui débute. Le réseau social WeChat s’échauffe, plusieurs nouveaux groupes s’y créent. Je salue tout particulièrement l’UFE -Shanghai (Union des Français de l’Étranger) qui a pris la formidable initiative, dès le 28 janvier, de créer deux groupes, un qui informe quotidiennement sur l’évolution de l’épidémie en Chine et dans le reste du monde, et un de type Forum, où chacun peut y poser ses questions et d’autres tenter d’y répondre selon ses compétences ou expériences. Le docteur Zagury, 20 ans de Chine, spécialiste en Santé Publique et Innovations, ayant vécu le SRAS en 2003 et praticien à Shanghai, nous envoie chaque jour un point à date, fondé sur les chiffres officiels chinois – seuls chiffres disponibles -, en y ajoutant son analyse, son point de vue à la fois professionnel et personnel. Ce point est simple, lisible, factuel et positif, mais sans verser dans l’optimisme béat, agrémenté de graphiques élaborés par quelques Français de la communauté spécialistes du domaine (merci notamment à Carole Gabay !). Bref, un RV quotidien que nous attendons tous, que je complète avec les informations du Shanghai Daily via son application Shine, et tout cela me suffit amplement !

La course aux masques bat son plein, rupture de stock sur tout le pays, queue devant les pharmacies, prix qui flambent sur internet, et il faut des masques aux normes spécifiques pour filtrer correctement les gouttelettes des postillons, toux, éternuements et celles restées dans l’air. Le nouvel accessoire tendance de l’hiver 2020 s’appelle le N95, et ça, les VOGUE, ELLE et autre VANITY FAIR ne l‘avaient anticipé !

Face à la rupture de stocks, la créativité est sans limite !

C’est un peu beaucoup trop calme…

Quelques proches hors de Chine (mais pas tous…) commencent à se manifester régulièrement, à s’inquiéter, abreuvés de news partielles et anxiogènes, que les médias français et américains aiment à rendre sensationnelles, pour s’assurer une meilleure audience, la guerre de l’audimat et du clic… Notre vie quotidienne a certes bien changé : tout est fermé, bureaux, sites touristiques, restaurants, bars, commerces, il ne reste que les magasins alimentaires, les pharmacies et hôpitaux. Shanghai, cette ville à l’énergie légendaire, qui ne s’arrête jamais, où tout est ouvert 7 jours/7, est devenue une ville fantôme, aux rues désertes, sans un bruit de voiture. Et si nous croisons quelques passants (masqués bien sûr) en sortant faire notre ravitaillement de frais, ils pressent le pas. Je dois avouer que je trouve la population chinoise extrêmement résiliente, disciplinée (ça, on s’en doutait), et bienveillante, tout du moins à Shanghai. Les personnes qui vous servent dans les épiceries et autres commerces alimentaires sont très calmes, courtoises, et on perçoit même leur sourire à travers leurs yeux. Mais nul doute qu’au fond d’eux-mêmes, ils ont très peur… Alors je leur dis merci ! Honnêtement, nous ne sentons personnellement absolument pas en danger sanitaire. Il n’y a personne à Shanghai, peu de risques d’attraper ce virus… Ma crainte principale est qu’en cas de forte fièvre, les seuls quelques établissements habilités à recevoir les patients, les détecter au Coronavirus et les soigner sont des hôpitaux publics chinois…

Shanghai ville fantôme

Rappelons au passage les chiffres (à partir des données officielles) au 9 février (soit 13 jours après le début des mesures de Santé Publique) sur la ville de Shanghai. Je reprends ici le communiqué du docteur Zagury, cité plus haut. A Shanghai le 9 février ont été recensés 286 cas de personnes infectées par le Corona Virus pour une population de 20 à 25 millions d’habitants, soit environ 1/70.000. Shanghai n’est pas la Chine bien sûr, mais voilà qui peut rassurer ceux qui s’inquiètent sur notre sort… D’autant plus que nous sommes en bonne santé, avec un carnet de vaccinations à jour et une alimentation que je m’applique à maintenir saine et variée !

Beaucoup de portes closes…mais belles !

Explosion du télétravail

A la maison, réorganisation de la cellule familiale, et le moral reste bon !

Pas de cours pour Tiphaine, mais pas de vacances prolongées non plus ! Le lycée français de Shanghai a mis en place (en un temps record et en période de vacances, soulignons-le !) une plateforme de e-learning de choc. Chaque professeur envoie tous les matins les cours, exercices et devoirs à faire, respectant l’emploi du temps du jour. L’anecdote de la vidéo de rétropédalage en natation à visionner pendant le cours de sport restera dans les annales… Sérieusement, je suis admirative pour ces professeurs et pour la direction qui ont su réagir si vite, et qui tentent en permanence d’adapter les choses pour les rendre supportables sur la durée. Car pas évident quand on a 16 ans, des épreuves de bac à l’horizon dans quelques mois (et un contrôle continu qui compte pour le bac, réforme oblige), de rester toute la journée à son bureau, sans interaction avec les professeurs ou très peu (il est possible de poser des questions par messagerie ou mail, mais c’est différent), sans bavardages ni rigolades avec les copains, sans pause cantine… Et beaucoup des copains sont repartis en France, donc la petite balade quotidienne pour s’aérer est assez solitaire. Le point positif, c’est qu’il ne faut plus de lever à 6h30 tous les matins, et endurer les 2h quotidiennes de car scolaire, c’est déjà énorme ! Le 5 février, le lycée nous informe que la rentrée est de nouveau décalée, à une date ultérieure encore inconnue, mais que les cours ne reprendront pas avant début mars (schéma optimiste). Le calendrier de la fin d’année et des examens va être réétudié, le ministère de l’éducation nationale a pris le dossier en main (est-ce une bonne nouvelle, ça, on verra…)

JEG, quant à lui, a transformé notre coin bureau en cellule de conference call ! Lui aussi travaille de la maison pour toute la semaine, activité gestion de crise à plein temps. Il faut être présent sur tous les fronts, suivre les directives des autorités de Shanghai, qui changent plusieurs fois par jour, informer le siège social à Paris, revoir les prévisions, garder le contact et gérer les employés restés en Chine, ceux de Wuhan et ceux d’ailleurs, entre ceux qui ont choisi de différer leur retour, et bientôt ceux qui sont bloqués en dehors de Chine, les cas de figures sont nombreux. Car peu à peu, les compagnies aériennes diminuent puis stoppent leurs vols vers la Chine, vols devenus peu rentables, droit de retrait des personnels navigants. Autre conséquence positive pour la famille, plus de déplacements, plus de diners professionnels, plus de visiteurs du groupe, nous n’avions jamais pris autant de repas ensemble !

La plus contente dans l’histoire, c’est notre petite chatte, Callie, qui déteste être seule ! Elle essaie de distraire chacun d’entre nous a tour de rôle, en affectionnant tout particulièrement de marcher sur les claviers, ou de se coucher sur la feuille utilisée…

La dure vie de chat…

Aux Bons Amis

Comme on dit dans la Marine, corps d’armes habitué au confinement, le moral est au fond de la gamelle ! Nous ajouterons chez nous « et dans le verre » ! J’ai donc entrepris un remplissage des placards et frigo, afin de tenir le choc, se faire plaisir, et inviter le plus possible les autres familles de copains, les maris célibataires dont femmes et enfants se sont mis au vert (l’autre), bref une sorte de table d’hôtes hyper sympa, les stocks de notre cave à vin ont bien diminué ! Nous avons aussi (enfin) pris le temps de faire connaissance avec quelques voisins, ça a du bon ce confinement finalement ! Le dernier déjeuner dominical avait un air de fête de voisins, mais en version voisins qu’on apprécie ! Nous avons donc passé notre semaine n.2 à festoyer, midi et soir (puis à faire du sport tous les matins pour équilibrer…).

Et nous avons eu raison d’en profiter car depuis quelques jours, il nous est demandé de ne plus inviter de visiteurs extérieurs à notre résidence, pour diminuer tout risque de propagation de l’épidémie. Principe de précaution ultra maximale (alors que le nombre de nouveaux cas sur Shanghai diminue de jour en jour, chiffres officiels là encore). Si nous ne sommes personnellement pas en quarantaine, nous sommes bel et bien en confinement !

Avec cette même question récurrente, pour combien de temps…

Les gangsters…

PLONGÉE (AVEC MASQUE)

23 janvier – 1er février 2020 : plongée (avec masque)

Partir ou rester ?

Je démarre donc mon histoire personnelle avec le Coronavirus le 23 janvier, date de notre départ en vacances. Car oui, nous avons eu cette année la chance de partir pour cette semaine de congés aux Philippines, dans un petit coin de paradis, pour y faire de la plongée. Certes, le sujet était sur les lèvres de chacun à Shanghai depuis mi-janvier environ, et certains se posaient la question d’annuler leurs vacances pour des raisons sanitaires, pour éviter de fréquenter les gares, aéroports, trains et avions bondés – pas mal de Chinois avaient d’ailleurs fait ce choix. Nous prenons la route de l’aéroport le jeudi 23 au soir. Là tout d’abord, première surprise, aucun embouteillage à l’approche de Pudong. Puis, au Terminal 2, pas grand monde mais 100% masqué, idem dans l’avion (nous aussi, nous avions prévu les masques), ambiance…

Une fois arrivés sur notre ilot, changement de décor et de préoccupations. Durant une semaine, soleil, plage déserte et plongée avec nos chers amis Isabelle et Thierry, on devient très vite zen. Même si nous restons malgré tout informés et (un peu) connectés. Une ombre plane… Les news s’accélèrent, pas très optimistes, JEG et Thierry démarrent à distance la gestion de crise pour leurs sociétés respectives, les écoles de Shanghai (et d’Asie) annoncent bientôt le report de la rentrée scolaire au 17 février (au lieu du 3) « sur décision du département de l’éducation de Shanghai » en ce qui nous concerne, les sites touristiques de Chine font de même, bref, nous avons tous conscience qu’au bout de cette parenthèse paradisiaque, nous n’allons pas retrouver la Chine que nous avions laissée ! Plusieurs familles d’amis décident d’ailleurs de prolonger leurs vacances ou de rentrer en France, en attendant d’en savoir plus, ou pour éviter de rester enfermés avec des petits pleins d’énergie. Mais plane l’incertitude de la quarantaine au retour sur Shanghai. La question ne se pose pas pour nous, nous rentrons chez nous.

Back to Corona reality

Le trajet du retour se déroule dans une ambiance encore plus particulière que l’aller. Avions pleins de Chinois tous masqués, de même que tout le personnel philippin aux aéroports. A l’atterrissage tardif le 31 au soir, nous attendons près de 40 minutes la passerelle. Puis la porte de l’avion s’ouvre et déboulent trois personnes, une femme et deux hommes en combinaison intégrale anti-bactériologique. Le ton est très autoritaire, les gestes aussi, ils sont à la recherche de deux passagers, pour vérifier leur température et leur passeport. La scène s’éternise un peu car visiblement une de ces deux personnes s’était réfugiée dans les toilettes… Un véritable scenario de film ! Au final, pas de fièvre, tout l’avion peut donc débarquer, passer sous les caméras thermiques (ceci est habituel) et le contrôle de l’immigration se fait pour une fois à une vitesse grand V, les lieux sont déserts.  Nous apprenons le lendemain que nous avons pris le dernier vol Manille-Shanghai de Cebu Pacific, la fermeture des frontières commence.

TEMPS ZÉRO

20 décembre 2019 – 20 janvier 2020, temps zéro

Shanghai, 11 février 2020. La vie parfois vous envoie des signes. Depuis des mois, je procrastine à me lancer dans un blog pour diverses raisons (mauvaises forcément), mais là l’évidence s’impose à moi. Pour témoigner, pour me faire prendre du recul, pour ne pas oublier dans quelques années… Amis lecteurs, bonjour !

Wuhan, 2017 (Source : http://699pic.com/tupian-500598012.html No.500598012)

Nom de code 2019-nCoV ou encore COVID-19

Définition du Coronavirus :  virus courant qui provoque une infection du nez, des sinus ou du haut de la gorge, pouvant entrainer des maladies respiratoires, comme par exemple le rhume. Se propage en toussant, éternuant ou en touchant une personne infectée. Dans la plupart des cas, les symptômes sont bénins. Il existe des types de coronavirus plus graves (SRAS-CoV, MERS-CoV). Le 2019-nCoV (pour novel Coronavirus, découvert fin 2019) est une nouvelle souche qui n’avait pas été identifiée chez l’homme auparavant. Ses symptômes peuvent être ceux d’un rhume, d’une grippe classique, pouvant se compliquer parfois sous la forme de pneumonie plus ou moins sévère (source AD MediLink).

Cet acronyme bien barbare a fleuri sur les réseaux sociaux et dans les médias fin décembre 2019. Mes alertes quotidiennes Google ont commencé à m’envoyer des articles sur le sujet vers la mi-décembre, peu de temps avant Noël. Rentrée en France pour les fêtes, je lisais ces articles parlant de quelques cas isolés, de ce virus inconnu, assez virulent, là-bas à Wuhan. Il doit y en avoir des centaines des nouveaux virus qui apparaissent régulièrement dans le monde, cela ne m’a pas vraiment inquiétée. Mais cette fois, cela se passe en Chine, mon pays d’adoption, auquel je suis très attachée, malgré les différences culturelles permanentes (comme un puits sans fond), l’éloignement avec ma famille, mes amis. Le 31 décembre 2019, la Chine a alerté l’OMS de plusieurs cas de pneumonie à Wuhan, ville de 11 millions d’habitants de la province du Hubei. Le 11 février 2020, l’OMS rebaptise le virus COVID-19 pour COrona VIrus Disease 2019.

Bonne année ! Et surtout bonne santé !

Janvier arrive, reprise de l’activité, des cours au lycée pour notre fille Tiphaine, période un peu transitoire, puisqu’il faut s’y remettre très vite, à fond, avant de tout stopper net le 23 janvier pour le début des vacances de Chinese New Year (CNY).

– A l’attention de mes proches de France – cette période de CNY est encore plus importante que Noël en Europe. La Chine expérimente chaque année pour cette fête traditionnelle une véritable transhumance humaine (l’affluence dans les gares et aéroports est…lunaire…). Beaucoup de Chinois ont quitté leur province natale pour travailler dans une grande ville, et il est de tradition (parfois mal vécue par les jeunes) de rendre visite à ses parents et grands-parents. Le rythme de travail est tel dans ce pays que la population ne s’accorde que très peu de jours de congés par an, à deux occasions essentiellement, la Golden Week de fin septembre/début octobre et CNY en janvier/février. Les Chinois sont des bosseurs, chaque jour dit férié doit être rattrapé le dimanche précédent ou suivant, bref, on est bien loin de l’esprit RTT… Mais pour CNY, c’est tout le pays qui tourne au ralenti pendant une semaine minimum, un peu plus dans les faits. Fermons cette parenthèse explicative.

Après la Saint-Sylvestre célébrant cette année 20-20 si prometteuse, nous nous apprêtons donc à entrer dans …l’année du rat… Happy New Year ! Xīnniánkuàilè ! 新年快乐 !

Wuhan (située à 800km de Shanghai) est jumelée avec Bordeaux depuis 1998