LE RETOUR DU JEDI – Episode 2

Untitled de Sten Lex

Résumé de l’épisode précèdent : après un aller-retour France-Chine précipité, le Jedi a pu revenir sur Shanghai, et a entamé la fameuse quarantaine chinoise. Après une première semaine de « découverte », voici donc la suite et fin de son séjour en « centre dédié ».

UN ANNIVERSAIRE INEDIT

Pas de chance, le Jedi a fêté son anniversaire en plein milieu de son séjour. Un chiffre symbolique en plus avec changement de dizaine… L’avantage de cette situation, et cocasserie de la langue française, est qu’il est de facto resté quelques jours de plus en “quarantaine”…

Nous avons tenté de sortir le grand jeu, autant que possible étant donné les circonstances. Livraison d’une bonne bouteille, d’un menu spécial, et d’un combo dessert/bougie (sans briquet ni allumettes) pour assurer le côté festif de l’assiette du jour ! Grâce à la technologie, nous avons même pu organiser un repas familial vidéo (un de plus sur l’année…), réunissant trois adresses.

L’après-midi fut entrecoupée d’une petite animation amicale du comité des fêtes shanghaien avec une chanson sous les fenêtres, une magnifique banderole et redécoration du bitume dans l’allée. Nous sommes prêts pour monter une agence événementielle…

Juliette au « balcon » de Roméo…

BUSINESS AS USUAL

Les Chinois sont depuis toujours réputés pour leur sens du commerce. Même en quarantaine, certains profitent du large groupe WeChat des locataires de l’hôtel, pour y faire de la pub ! Celle-ci vante une méthode d’amaigrissement, il faut croire que certains sortent confits de ces deux semaines de confinement… D’un autre côté, la petite superette en bas de l’immeuble est aussi membre de ce groupe, permettant aux résidents de passer commande de produits de première nécessité et autres douceurs pour améliorer le confort de leur séjour. Ils doivent être de mèche !

Le groupe WeChat est passé de 64 à 131 personnes placées en quarantaine. L’hotel doit être bien noté !

LIBÉRÉ, DÉLIVRÉ…

A l’approche du dernier jour, le médecin en charge de la santé des résidents envoie un message pour prévenir de la date du dernier test PCR. Ici on n’est pas là pour rigoler, le test eut lieu dimanche à 6h30… oui du matin !

Épilogue : les tests sont bien négatifs (et le QR code a reverdi), les bagages sont prêts, un dernier regard sans regret sur la chambre et direction la maison, pour des retrouvailles bien méritées !

LE RETOUR DU JEDI -Episode 1

Comme beaucoup d’entre vous le savent, le Jedi a dû précipitamment rentrer en France fin janvier pour triste raison familiale. Trois semaines plus tard, après avoir bravé les démarches administratives kafkaïennes, la fermeture des frontières chinoises aux étrangers, celle des frontières françaises aux Français hors Union Européenne (dans un sens comme dans l’autre), à coups de (réels) motifs impérieux – personnels et professionnels – et avec une bonne dose de chance aussi, voici donc le retour du Jedi sur Shanghai !

VOYAGE LUNAIRE (OU MARTIEN)

Outre la batterie de tests à faire avant le départ de France, dans un laboratoire certifié et dans un délai bien précis, le plus délicat s’annonce bel et bien à l’arrivée…

De gauche à droite : désinfection de l’avion, la queue pour un des contrôles, le vertige du vide…

Dans un aéroport habité par un bataillon de « cosmonautes », après quelques heures de démarches et un ramassage de passagers arrivés à un autre terminal de l’aéroport, direction l’hôtel, plus communément appelé « centre de quarantaine ». Inutile de préciser que la latitude de choix est assez limitée.

BON APPETIT BIEN SÛR !

Une fois arrivé à l’hôtel, il faut confirmer le nombre de repas de l’hôtel désirés chaque jour. Car un des gros avantages de cet hôtel, est que l’on peut s’y faire livrer des repas de l’extérieur, un vrai luxe quand on voit le menu… Le Jedi a beau aimer la cuisine chinoise, je vous laisse apprécier ! L’application Sherpa’s, un must dans le genre sur Shanghai (avec son large choix de restaurants de tous types qui y proposent des repas individuels) sauvera le séjour, car comme on dit chez nous « le moral est au fond de la gamelle ! ».

Le menu de la semaine (et de la suivante sans doute !), et le plateau de petit-déjeuner

DURÉE MINIMUM 14 JOURS

Voici en résumé le message d’accueil délivré à l’enregistrement. La température de chaque « client », vérifiée deux fois par jour, et quelques tests PCR intermédiaires constitueront les seules visites autorisées. La porte de la chambre est donc verrouillée avec interdiction formelle de l’ouvrir en dehors des circonstances indiquées ci-dessus. Et allez savoir pourquoi, on n’a pas envie de transgresser la règle ici…

Programme quotidien des animations du couloir

Une des consignes a son importance : en effet, vous avez peut-être suivi les données scientifiques sur la durée de survie du virus dans les eaux usées, provenant donc des toilettes… Afin d’y remédier, voici donc les instructions après chaque « opération » :

Corvée de ch…

VISITE GUIDEE

Outre les livraisons possibles, l’autre gros point positif est la taille de la chambre du Jedi… La chambre, que dis-je, c’est une suite en réalité ! Même la salle de bain est grande, dommage qu’il n’y ait pas de serviette de toilette… Petit tour virtuel :

Admirez la déco :

CHAMBRE AVEC VUE

Là aussi, le Jedi s’en sort plutôt bien, avec une chambre en angle donc plusieurs fenêtres et plusieurs vues… La météo de ces derniers jours donne beaucoup de clarté mais le filtre collé aux vitres oblige tout de même à laisser la lumière allumée toute la journée.

Fin de l’épisode 1. Le 1er week-end sera long, c’est certain… Haut les cœurs et rendez-vous la semaine prochaine pour de nouvelles aventures du Jedi !

VACHE QUI RIT, VACHE QUI PLEURE

Sur la route de Shangri-la, Yunnan (été 2020)

Cela ne vous a pas échappé, cette nouvelle année du calendrier lunaire chinois est donc l’année du Buffle () de Métal. Je n’accordais aucune espèce d’attention à l’horoscope avant d’arriver en Asie. Et je dois dire qu’ici, cette importance de l’astrologie traditionnelle chinoise, omniprésente dans le quotidien, et encore plus en cette période, m’agace légèrement… Trop cartésienne je suis !

Il n’y a pas que Wall Street qui a son buffle… (The Bund, Shanghai)

LA FERME DES ANIMAUX

Loin de moi l’intention de vous expliquer en quoi tout cela consiste, je m’amuse juste de l’aspect animalier/bestial de la chose… L’an dernier, le rat était à l’honneur, quelle idée, personne n’apprécie ce rongeur, et on a vu le résultat ! Le monde entier (ou presque) met donc tout son espoir dans ce bon gros buffle/bœuf/taureau pour pulvériser l’escadrille d’ennuis qui arrosent la planète et pour apporter un peu de stabilité. Discipline, rigueur, travail semblent être la devise de ce boviné, on attendra donc pour retrouver un peu de légèreté !

N’empêche, La Vache Qui Rit fêtera ses 100 ans cette année (sauf en Inde évidemment…), ironique non ? Et hop, un p’tit tour sur le site https://www.lamaisondelavachequirit.com/.

VACHE QUI PLEURE, VACHE QUI RIT

1&3 : Shanghai (2021), 2 : exposition à la maison de La Vache Qui Rit (2016)

Dans notre entourage proche, on a vu mieux pour un début d’année. Des proches s’éteignent sans crier gare, l’étau se resserre du côté des frontières de la Chine et de la France, la terre tremble de nouveau avec vigueur à Fukushima, le virus poursuit allègrement sa campagne de diversification, les populations qui le peuvent se rebellent de la réduction de leurs libertés, d’autres tentent de survivre, les jeunes doivent se réinventer sans relâche et à l’aveugle… STOP !

A défaut de solution miraculeuse, d’énergie débordante, ou de créativité flamboyante, voici juste sans prétention quelques lignes de clins d’œil, puisés au cœur de notre jolie langue française.

ADIEU VEAU, VACHE, COCHON…

Tête de yack, Shangri-la (Yunnan), été 2020

Cessons de ruminer, ne regardons pas passer les trains comme des vaches, et prenons le taureau par les cornes, sans toutefois mettre la charrue avant les bœufs !

Il peut s’avérer sage de rester sur le plancher des vaches, pour mieux défendre notre bifteck et se montrer fort comme un bœuf.

Si jamais vous craquez, allez-y, gueulez comme un veau : « On n’est pas de bœufs ! », ça soulage.

Mais restons humbles, souvenons-nous que nous parlons anglais comme des vaches espagnoles, évitons d’adorer le veau d’or, et fuyons les peaux de vache, elles peuvent nous rendre fous/folles !

Il ne reste plus qu’à espérer que côté météo, il ne pleuve pas comme vache qui pisse tout le printemps, à moins qu’un vent à décorner les bœufs ne se lève pour balayer qui vous savez ? Sale temps pour les végétariens…

Allez, dans un an, ce sera l’année du Tigre d’Eau, animal au caractère énergique, aventureux, indépendant, inventif, généreux, sans repos et impulsif. Tenez bon !

INSOUTENABLE LEGERETE DE L’ETRE

Ciel de feu, Shangri-la (Yunnan, Chine), janvier 2021

En guise de vœux – exercice délicat cette année selon moi, à part souhaiter une « meilleure année » -, j’ai décidé de jeter un dernier regard sur l’année passée, histoire de bien fermer le chapitre ! Voici donc mon « best of » 2020, année où le temps est devenu élastique à souhait, tantôt très long, comme ralenti, tantôt accéléré et tourbillonnant…

JANVIER 2020, INSOUCIANCE

3 janvier 2020, Paris-Shanghai. Nous embarquons un peu tristes, comme à chaque fois que nous quittons la France, mais avec les projets de revoir les uns/les autres, en février (Londres), en avril (Shanghai), et au plus tard pour l’été… Si nous savions ! Une ombre plane tout de même, avec cette maladie mystérieuse qui démarre à Wuhan, et sur laquelle je lis des articles de presse depuis quelques semaines… (Plongée avec masque)

FEVRIER 2020, SIDERATION

31 janvier 2020, Manille-Shanghai. Nous étions partis une semaine pour le Nouvel An Chinois en marchant sur des œufs, nous rentrons abasourdis. En Chine, tout est fermé (écoles, bureaux, restaurants, magasins non-alimentaires…), tout est interdit, la course aux masques a démarré, des effluves de désinfectant planent, les prémices du précieux site covidminute du docteur Zagury nous informent. La ville de Wuhan devient ville maudite, la menace se répand sur la Chine, mais le monde occidental ne semble pas s’en inquiéter outre mesure, et personne, même pas nous, ne réalise ce qui nous attend. Pendant ce temps, le soleil brille sur Shanghai… (Les 3M)

MARS 2020, FERMETURE DES PORTES

Un à un, les « pays de l’Ouest » entrent dans l’ère coronarienne : lockdown, confinement, fermeture des écoles et universités, pénurie de masques… Pour notre fils, interruption brutale de son début de vie d’étudiant à Londres (cf. le Basilexit…). En Chine, mise en place des quarantaines pour ceux qui rentrent d’Europe ou d’ailleurs, flambée du nombre des cas « importés ». Le 28 mars, la nouvelle tombe, sans préavis, la Chine ferme ses frontières à tous les étrangers, même porteurs de visas ou permis de travail. Par conséquent, impossible pour nous de sortir du pays, sous peine de ne plus pouvoir y revenir… Mais il faut rester optimiste ! (Lâcher du lest)

AVRIL 2020, LA FIN D’UN MONDE ?

Le déconfinement démarre en Chine, alors que la France est pleine crise, sanitaire, hospitalière, en plein fiasco de la pénurie des masques etc etc…. Nous sommes aussi dépités qu’impuissants, même l’envoi de nos masques de Chine devient compliqué. Mais comme je l’écrivais à l’époque, avril est aussi le mois où : la NASA nous dévoile des images zéro-pollution des sommets de l’Himalaya, un 2ème malade du SIDA est déclaré guéri, cinq otages sont libérés d’Irak et d’Iran… (Avalanche de bonnes nouvelles)

MAI 2020, AVANCER, TOUJOURS AVANCER…

Beyond (artiste : Julien Malland aka Seth Globepainter)

Début mai, le lycée français de Shanghai peut enfin rouvrir ses portes après plus de 3 mois de e-learning, bravo ! Nos amis, Françoise et Nicolas repartent courageusement chez eux, à Wuhan, ville-fantôme qui renait de ses cendres, res-pect ! (Retour à Wuhan)

JUIN 2020, VOYAGE, VOYAGE

Upside down

En juin, je réalise vraiment que nous ne pourrons pas revoir nos proches cet été… Le déballage de cadeau d’anniversaire en vidéo de notre fils restera donc virtuel. Me vient alors une furieuse envie de voyager ! Je décide donc de laisser la parole à mes amies des 4 coins du monde, afin qu’elles nous racontent leur vie du moment. Précieux échanges, en direct de New-York, Tokyo, Singapour. Il est à l’époque question de Black Lives Matter, des JO de Tokyo 2020, vous vous souvenez ?…

JUILLET-AOUT 2020, UN ÉTÉ EN CHINE

Et alors, me direz-vous ? Certes, cela n’est pas une malédiction en soit, la Chine regorge de coins sympathiques à découvrir, montagnes, rizières – pour le balnéaire, on repassera -, temples et autres richesses de cette culture tellement différente de la nôtre… Il fait quand même très chaud et très humide chez nous, nous partons donc à l’assaut de sommets inconnus ! A nous le Yunnan du Nord, Lijiang, le mont Haba, les Gorges du Saut du Tigre en furie et la magique cité de Shangri-la… (Un été en Chine)

SEPTEMBRE 2020, LÀ OÙ LE MONDE TOURNE ROND

Au milieu des normes sanitaires drastiques, plusieurs familles sont de nouveau réunies en Chine, le retour à l’école se passe bien, et nous sautons à pieds joints dans cette rentrée, revigorés par ce bon bol d’air pur estival. Nous qui pouvons, nous réunir en groupe sans masque, faire la fête, voyons la vie en couleurs ! Nos amis de Shanghai (et Wuhan) répondent de façon très généreuse à notre soirée organisée pour lever des fonds au profit de l’association Couleurs de Chine, qui me tient tant à cœur, MERCI !  Et pour finir en beauté, nous nous échappons le temps d’un week-end à la découverte du peuple Hakka et ses fameuses maisons Tulou rondes, magique ! (Rendez-vous en terre Hakka)

OCTOBRE 2020, WELCOME TO SHANGHAI !

Cette rentrée un peu particulière m’a donné la chance de rencontrer de nouvelles têtes arrivées sur Shanghai. Elles s’appellent Juliette, Céline, Marie, Isabelle, Muriel, Élise…, elles viennent de Singapour, Dubaï, Tokyo, Lyon et après des mois de négociations et paperasses administratives, elles bravent, non sans appréhension, les quarantaines en « hôtels » dédiés, tests et autres étapes aussi incontournables que désagréables. Welcome to Shanghai aux nouvelles battantes !

NOVEMBRE 2020, CAPTURER L’INSTANT

The Warrior (By Fab)

Portée par l’énergie sans limite de mes amies de l’association Couleurs de Chine, je prends part à l’organisation d’une magnifique expo photos de la talentueuse Fabiola (ByFab) sur le pays Miao (province du Ghanxi), le tout au profit de l’association. Succès incroyable, ventes au-delà de nos espérances, ça fait du bien d’être généreux quand on peut ! (Les Couleurs de la Chine). De quoi me donner du courage pour ma nième opération (la 4ème en 4 ans), de l’épaule cette fois, à Shanghai cette fois…

DECEMBRE 2020, DROLE DE NOEL

Sanya (Hainan, Chine)

Voilà, nous y sommes. Cet été, nous caressions encore un peu l’espoir de rentrer en France pour Noël, mais ce fichu virus en a décidé autrement. Nos familles s’organisent comme elles peuvent pour les festivités et tout le monde est en bonne santé autour de nous, c’est une chance. Chaleureuse mobilisation autour de notre Basile pour que cette période soit tout de même une fête, un immense MERCI ! Pour nous, virée dans le sud de la Chine en bord de mer pour recharger nos batteries, nous mesurons notre chance. Vite, vite, Noël, le 31, qu’on passe à la suite… Il faut tenir !

JANVIER 2021, INSOUTENABLE LEGERETE DE L’ETRE

J’aurais dû m’arrêter là, mais le 1er janvier, une nouvelle surréaliste s’affiche sur nos smartphones. Notre ami Guillaume de Shangri-la n’est plus. Immense tristesse pour sa jeune femme Qilian, sa petite fille Maloë, sa famille en France, Constantin son frère de cœur et de Caravane Liotard, pour tous ceux dont il a croisé la route et à qui il a visiblement transmis quelque chose d’unique et d’inoubliable. Injuste, incompréhensible, insupportable, la liste des adjectifs est longue. Et pourtant, il faut se relever, avancer, témoigner et garder espoir. Profondeur, émotion, force infinie, tu nous laisses tout cela en cadeau, merci l’ami ! Même le ciel de Shangri-la t’a rendu hommage (cf 1ère photo). Repose en paix, Guillaume.

LES COULEURS DE LA CHINE

Cela fait bien longtemps que je n’ai pas repris ma plume/souris, et il s’en est passé des choses depuis mon dernier article ! Le point d’orgue de cet automne pour moi – allez, ne soyons pas modestes – pour tout Shanghai…, fut sans contexte la magnifique expo photos organisée au profit de cette association qui m’est chère. Petite rétrospective.

CAPTURER L’INSTANT

Laissez-moi tout d’abord vous présenter l’artiste, Fabiola Liacy De Felip. Rien que son nom est une invitation au voyage… Fabiola vit en Asie depuis huit ans et est actuellement basée à Shanghai. Après des années d’expérience professionnelle dans le domaine du marketing, Fab s’est découverte une passion, la photographie. Et peu à peu (ou bien assez vite), cela est devenu un véritable talent…  Partout où elle pose ses valises, elle fait de la rue son terrain de jeux favori et a vraiment l’œil pour capturer le moment, l’émotion, la lumière, qui font d’un cliché un trésor unique.  Visages, mains, silhouettes, difficile de rester indifférent !

Et je dois ajouter qu’au-delà d’une photographe talentueuse, j’ai rencontré une femme tellement généreuse, enjouée, qui donne sans limite et qui perçoit tout en subtilité les forces et fêlures, bref, une belle personne… Et on lui demanderait presque de commander un café en italien, juste pour le charme de la petite musique chantante !

« Capture the moment » is my signature. My eye, my passion and my heart are my best equipment. (ByFab)

L’ECOLE, UN DROIT POUR TOUS

Et puis il y a Couleurs de Chine, cette association que j’ai découverte à Shanghai. Créée il y a plus de 20 ans, elle a pour but d’aider à la scolarisation des enfants (et surtout des filles) des minorités ethniques de la région du Guangxi, la région des montagnes Miao. Si au début, cela concernait surtout des petites filles du niveau primaire, aujourd’hui, l’association a pour volonté de soutenir de plus en plus de lycéennes et d’étudiantes en université. Objectif, apprendre un métier ! Depuis toutes ces années, des écoles ont été construites, d’autres aménagées, et de nombreuses bourses ont permis à plus de 12.000 enfants de suivre des études. Chaque année, il faut recruter entreprises mécènes et particuliers, afin de parrainer de plus en plus de jeunes, mais vous vous en doutez, les derniers mois ont été particulièrement difficiles pour tous…

Et si vous alliez plus loin ?… : www.couleursdechine.org

RENDEZ-VOUS EN TERRES MIAO

Fabiola a découvert l’association Couleurs de Chine il y a quelques années. A l’occasion d’un voyage au pays des Miao, c’est le choc. Un choc humain, émotionnel mais aussi esthétique. Clic-clac, Fab prend des centaines de photos de ces enfants, sa filleule de l’association, ces parents, ces personnes âgées, ces rizières, ces montagnes, encore et encore… Elle reviendra plusieurs fois dans ces villages Miao qui la touchent tant. Tous la connaissent bien maintenant, l’invitent à prendre un thé, un repas autour du feu. L’idée a alors germé d’organiser une grande exposition photos à Shanghai sur ce peuple Miao. Et Fab tient à ce que cela soit intégralement organisé au profit de Couleurs de Chine, respect ! 18 mois plus tard, cet événement peut enfin se tenir, dans la magnifique galerie shanghaienne ArtCN. Un sacré travail réalisé en un temps record pour notre association à Shanghai, l’imprimeur, le graphiste designer Gianmarco (pour toutes les affiches) et encore plus pour Fab, mais tous ensemble, we did it!

29 photos sélectionnées sont exposées (en cinq exemplaires chacune), plus une photo-phare mise en enchères silencieuses (en trois éditions). Le bouche-à-oreille fonctionne à merveille, les différentes communautés étrangères de Shanghai et même d’ailleurs se mobilisent, en trois jours seulement, l’opération est un véritable succès. De nombreux enfants pourront continuer à aller à l’école en 2020-2021 ! Le temps se suspend, la magie opère, l’émotion est palpable, il faut avouer que les photos sont de toute beauté… La preuve en images, et bon voyage en pays Miao !

A présent, nous attendons tous avec impatience, le livre que Fabiola prépare sur ces Moments in life with the Miao people.

Pour contacter Fabiola :

https://www.byfab.pictures/

Instagram : @by_fab

Facebook : Fabiola De Felip

WeChat : fabiolachina2017

Crédit photo : Fabiola Liacy De Felip

LES NOUVELLES BATTANTES DE SHANGHAI

Aujourd’hui, je vais vous raconter une histoire, ou plutôt des histoires… En effet, comme chaque année en septembre, la grande famille des expats’ de Shanghai accueille une « nouvelle promo », provenant de France ou d’ailleurs, un peu moins nombreuse que d’habitude d’ailleurs… Avouons-le, il faut une certaine dose de courage pour changer de pays d’accueil cette année ! Certains ajouteront avec malice, « et encore plus pour venir en Chine », quoique… J’ai eu le plaisir de rencontrer quelques-unes de ces femmes embarquées dans cette aventure shanghaienne 2020. Bienvenue aux nouvelles battantes de Shanghai !

Un peu déracinées, déboussolées, mais tellement adaptables et avides de découvertes, rencontres et apprentissages !

3, 2, 1, GO !

Céline et Élise ont eu la confirmation de leur expatriation pour Shanghai au printemps 2020. Élise vivait alors en France, près de Lyon, entourée de son mari et de leurs quatre enfants. Si le sujet Shanghai était dans l’air depuis quelque temps, la confirmation est tombée en mars. Ont ensuite suivi de longs mois pour obtenir les visas et autres autorisations officielles indispensables avant de pouvoir prendre un avion. Mais pas de séparation pour eux : « c’était tous ensemble ou rien ». Pour Céline, ce fut moins simple… Vivant au Japon depuis cinq ans, c’est en avril, depuis la France où elle est bloquée et confinée avec ses deux enfants, qu’elle apprend la nouvelle.

« Un moment hors du temps, propice à la réflexion sur le sens de notre vie… »

Mi-mai, le retour vers Tokyo est enfin possible, la famille se retrouve au complet : « Nous sommes alors partagés entre une joie immense des retrouvailles, une liberté retrouvée dans un Japon non confiné et, paradoxalement, traversés par un sentiment d’exil, comme retenus à l‘autre bout du monde ». Céline et sa famille arriveront en Chine fin août, par des chemins plutôt détournés…

PARTIR UN JOUR…

Une dernière piste avant le départ vers l’inconnu (Crédit : Marika Poquet)

Pour d’autres, Shanghai est déjà une longue histoire… Juliette et les siens étaient supposés s’y installer en 2015 alors qu’ils vivaient à Dubaï (sa première réaction fut d’ailleurs « hors de question !« ). Puis les chemins les ont finalement menés à Singapour, jusqu’à ce qu’on leur annonce en juillet 2019 que la prochaine étape serait bien Shanghai ! Juliette réussit à repousser leur départ à mai 2020, afin de lui permettre de stabiliser son business* à Singapour. Mais c’était sans imaginer que quelques mois plus tard, le COVID retarderait encore plus leur arrivée… qui se concrétisera en août.

*Juliette a créé Capsule by Juliette, une marque éco-responsable de vêtements pour femme, et a ouvert une boutique à Singapour (www.capsulebyjuliette.com, Instagram : @capsulebyjuliette)

Marie vivait elle aussi à Singapour, depuis presque 10 ans, lorsqu’elle apprend en avril 2019, que la prochaine destination serait Shanghai. Après un voyage de reconnaissance en novembre, ils finalisent les préparatifs de leur migration avec leurs trois enfants fin 2019. Son mari doit bientôt partir en éclaireur, et la suite vous l’imaginez, ils seront séparés cinq mois… Un des challenges de cette épreuve fut de ne pas pouvoir vivre ensemble certains moments forts :  annonce des résultats d’orientation de leur fille ainée, mort de la grand-mère de son mari, les dernières fois dans un pays dans lequel on a vécu 10 ans, le rituel de l’annonce des résultats du bac… S’ils ont tenu, c’est parce qu’ils n’ont jamais eu leurs moments de spleen en même temps, il y en avait toujours un pour remonter le moral de l’autre.

Remariage symbolique…

« Mais c’est quand nous nous sommes retrouvés que nous avons réalisé à quel point nous avions tous souffert de cette situation. Alors nous nous sommes remariés ! Juste un mariage symbolique, une fête pour marquer le coup et repartir avec de l’énergie positive. Un peu kitsch mais vraiment émouvant au final. Deux jours après nos retrouvailles, pour mon anniversaire, j’ai enfilé ma robe blanche et nous nous sommes remariés tous les cinq sur la plage. Pas de maire, pas de prêtre. Juste nous. »

FEMME DE MARIN…

Chez Isabelle, c’est encore une autre histoire…  Leur départ pour Shanghai leur a été confirmé en octobre 2019, jusque-là tout va bien. Le couple et leurs trois enfants vivent à Lyon depuis huit ans, après huit années passées en expatriation à travers le monde. L’année scolaire étant déjà entamée, ils décident de se séparer quelques mois à partir de janvier 2020, et de faire la navette régulièrement, au gré des vacances françaises et chinoises jusqu’en juin. Tout à fait gérable, en théorie…

Début janvier, le mari d’Isabelle part comme prévu à Shanghai, on ne commençait alors à parler que de cas de pneumonie dans les médias. Il rentre le 23 janvier profitant des vacances du Nouvel An Chinois, et se retrouve ensuite coincé en Europe. Il réussit à partir début mars à Hong-Kong, y reste deux semaines, pour pouvoir rejoindre Shanghai mi-mars. Il expérimente alors la fameuse quatorzaine, enfermé tout seul, mais chez lui (la maison ayant heureusement déjà été trouvée). « A ce moment-là, nous pensions encore que nous pourrions nous revoir pour les vacances de printemps à Shanghai… »

Zoom Shanghai-Lyon

Si la situation sanitaire commence à se détendre en avril en Chine – après la fermeture des frontières le 28 mars – Isabelle passe, elle, huit semaines confinée avec leurs trois enfants. Mais cela s’est plutôt bien passé, à coups de séances de Zoom et de Trivial Pursuit, pour égayer les plages de travail assez denses pour tous ! « Nous avons aussi célébré la fête des pères et l’anniversaire de mon mari, avec remise de cadeaux à distance !  Bref, nous avons tout fait pour que la séparation physique ne change pas trop nos habitudes.  Mais bien sûr, rien n’était normal… » Le temps se fait malgré tout très long et les incertitudes administratives pour l’arrivée en Chine semblent insurmontables. Le mari d’Isabelle finit par rentrer en France fin juin, pour tenter de ramener sa famille à Shanghai. Après quatre mois de séparation, les retrouvailles furent très émouvantes ! Ils finiront par s’envoler tous ensemble pour la Chine le 9 août.

« J’ai beaucoup pensé aux femmes de marins ou de militaires, pendant cette période, car ces séparations, cette distance, c’est leur quotidien. »

ATTERRISSAGE PLUS OU MOINS CONTRÔLÉ

A l’aéroport de Shanghai

Qui dit entrée sur le territoire chinois, dit forcément – à ce jour – quarantaine, enfin quatorzaine plus exactement. Mais cela ne se passe pas toujours de la même façon – ne me demandez pas pourquoi…

Après 24h dans un centre spécial, en attente des résultats du test COVID de l’atterrissage (petit stress quand même…), certains ont eu la chance comme Marie de partir directement passer ces deux semaines dans leur maison (trouvée à l’avance) ! D’autres, comme Juliette, Isabelle ou Élise, ont dû passer une semaine par la case « hôtel » (on oublie les étoiles…), puis une semaine dans leur logement. Évidemment après l’hôtel en chambres séparées (le plus souvent un adulte avec un ou deux enfants), les plateaux repas « locaux », le wifi qui rame et le confort tout relatif, les familles apprécient d’être de nouveau réunies, même dans des meubles de location ou en appart-hôtel.

Chambres avec vue, séance de yoga, ou de Lego en quarantaine

Retrouvailles familiales en sorties de quarantaine…

Isabelle s’était préparée à ce qui les attendait grâce notamment à un groupe de partages d’expériences sur WeChat, « Retour à Shanghai ». L’entreprise de son mari a aussi aidé au maximum pour certaines démarches, telles que la visite médicale obligatoire pour toute personne demandant un permis de résidence. Mais pour beaucoup comme Élise, l’ouverture d’un compte bancaire chinois ou l’achat d’une carte SIM pour le téléphone portable peuvent ressembler à des épisodes kafkaïens, qui demandent une sacrée dose de patience et de zénitude…

Pour Céline, l’aventure fut encore plus rocambolesque. « Nous avions été prévenus : l’arrivée et les premiers instants seront moins flamboyants que la carte postale… » Gagner la Chine depuis le Japon est déjà un véritable challenge, ils ont tout envisagé, même la traversée en bateau ! En août, le seul vol possible direct est le Osaka-Changzhou.

Après un accueil très « personnalisé », la famille est emmenée dans un hôtel de quarantaine : « La porte de la chambre de 35m2 , digne du film Disney « Frozen », s’ouvre et claque derrière nous avec cette étrange et pesante sensation qui s’abat sur mes épaules : 14 jours sans pouvoir sortir de cette pièce ! Avec une enfilade d‘immeubles tristes comme seule fenêtre sur la vie extérieure. « 

La chambre « Frozen », sa vue, ses plateaux-détox et sa déco masquée…

Mais il leur en faut plus pour se laisser abattre… « Armés de courage, de patience, d’une incroyable résilience, d’une bonne dose d’humour et avec quelques kilos en moins, nous passons l’épreuve et sommes libérés à l’issue de ces deux semaines : direction notre maison shanghaienne en plein cœur de la Concession, choisie par vidéo deux mois plus tôt !«  Libérée, délivrée… Quand je vous dis que ce sont des battantes ces femmes !

NOUVELLE VIE À SHANGHAI

Après quelques semaines d’ajustement, le bilan est globalement positif pour toutes ! Certes, le réveil très matinal pour mettre les enfants au bus de 7h (et les devoirs du soir made in France), le manque d’espaces verts, les craintes concernant la qualité de la nourriture et la pollution se font sentir. L’éloignement de la famille et des amis d’avant aussi… Et la barrière de la langue est un gros sujet, plusieurs sont bien décidées à s’y mettre, non sans appréhension… (et on les comprend !). Mais la solidarité de la communauté française pour accompagner les premiers pas – on se souvient tous de nos débuts en Chine -, la douceur de vivre sous les platanes de la Concession, la gentillesse des Chinois, le foisonnement de la vie des quartiers sont tels, que le charme opère.

Petit bémol pour la « mise en jambe digitale » indispensable au quotidien ici… « La vie semble très facile une fois qu’on est équipé de toutes les bonnes applis ! J’envie tellement les gens qui savent tout faire « , confie Élise. « Petite indigestion d’applis et de QR code (j’en ai rêvé dans les premiers jours, oui oui ! Toute une nuit à télécharger des applis, ça fatigue un peu…) » avoue Céline.

En effet, WeChat et Alipay sont, entre autres, deux applications incontournables pour tout faire : payer, se déplacer en taxi, louer un vélo, poser toutes ses questions dans les nombreux groupes (et avoir des réponses), prouver de sa bonne santé (avec le fameux QR code vert) etc… Il faut apprivoiser tout cela en un temps record ! Courage, dans un mois, cela ne sera qu’un vieux souvenir ! Mais, comme l’analyse Céline, la conséquence première de tout cela est « l’omniprésence des écrans, du digital, la représentation dans l’image de soi, les mises en scène en tout genre, l’instagrammisation poussée à l’extrême…« 

Pour certaines, les projets foisonnent déjà ! Juliette a un objectif : monter sa structure et ouvrir une boutique en Chine pour pérenniser sa marque de vêtements ! Isabelle veut profiter de cette phase de découvertes et de disponibilité pour ses enfants avant de retrouver du travail. Céline a hâte de voyager en Chine, de découvrir toutes ses joyaux méconnus, et entend bien « saisir cette belle opportunité professionnelle car tout se passe ICI !« 

ON L’OUBLIERAIT PRESQUE…

2020, année du rat « masqué »

La situation sanitaire est aussi une excellente découverte pour tous ces nouveaux arrivés.

« On a retrouvé une nouvelle normalité contrôlée », « On l’oublierait presque… », « On se sent en sécurité car tout est maitrisé, ce qui est assez confortable au final », « Incroyable impression qu’ici le COVID n’existe plus par rapport à Singapour ! », « J’ai été bluffée par la gestion de notre arrivée, de la descente de l’avion à la sortie de notre confinement […] Nous nous sentons en sécurité ici et je suis en revanche inquiète de la situation en Europe où malheureusement les demi-mesures ne permettront pas de sortir de la crise rapidement« .

Mais l’interdiction de voyager en dehors de Shanghai est assez pénible à supporter, surtout pour tous ceux qui ont des ainés qui font leurs études en Europe, des parents âgés en France. Comme beaucoup, nous attendons tous un vaccin pour revenir à des échanges internationaux plus « normaux »…

Départ pour Londres d’une « grande »…

QUAND ON ARRIVE EN CHINE…

Je dois tirer mon chapeau à ces familles, qui dans ce contexte particulier et difficile pour tous, décident/acceptent malgré tout de se déraciner, de changer de vie, de casser les habitudes et repères de chacun et de débarquer dans ce pays, si méconnu en Occident, ce pays objet de tant d’opinions, d’inquiétudes, de méfiance aussi ! J’ai pour habitude de dire que l’on arrive en Chine sourd et muet : on ne comprend rien, ni à la langue, ni aux coutumes, on doit laisser son esprit cartésien aux frontières (ou en quarantaine, c’est selon), se mettre à 200% au digital pour chaque geste de la vie quotidienne, accepter de se faire tracer dans chacun de ses déplacements, de passer du temps dans les embouteillages… Et quand on arrive en Chine en 2020, on ne sait pas quand on pourra en ressortir (et surtout y revenir) librement !

Mais quand on arrive à Shanghai, on peut y trouver un accueil chaleureux, des âmes bienveillantes, une belle énergie entrepreneuriale, une actualité culturelle bouillonnante. On peut circuler en vélo ou en scooter dans l’ancienne concession française, laisser les enfants prendre le métro ou le taxi en toute sécurité, nouer mille et un contacts en un temps record, se mettre au mandarin, découvrir des quartiers si différents, faire des projets en tous genres et caresser la perspective de belles amitiés.

Alors à tous ceux qui arrivent, Shanghai vous ouvre les bras, plongez !

Un immense merci à Céline, Élise, Isabelle, Juliette et Marie pour leurs témoignages et leurs photos.

RENDEZ-VOUS EN TERRE HAKKA

Septembre s’étiiiiiire à Shanghai, les enfants sont rentrés à l’école, nous sommes toujours bloqués sur le territoire chinois – enfin, si nous arrivions à en sortir par un des rares (et coûteux) vols, il faudrait entreprendre quelques délicates démarches pour regagner le droit de revenir, sans parler de la quarantaine imposée au retour (en plus des tests évidemment). Bref, si les conditions sanitaires ici sont plutôt rassurantes par rapport au reste du monde et les mesures barrières allégées (les seuls cas de Covid-19 sont quelques rares cas dits « importés »),

nous vivons avec cet étrange sentiment d’être comme « pris en otages » dans le pays…

Besoin d’air donc ! Profitant de l’été indien, nous décidons de nous échapper sur un long week-end, just the two of us – les enfants n’ayant pas l’autorisation de quitter Shanghai pour avoir le droit d’aller en cours – à la découverte des fameuses maisons Tulou.

HAKKA, TULOU, KESAKO ?

Armés de nos masques, de nos smartphones pour scanner les divers QR codes traçant tous nos déplacements et d’une bonne réserve de patience pour affronter ces démarches incontournables à présent, nous nous envolons donc vers la province du Fujian, au sud-est du pays, à 2h de vol de Shanghai. À notre arrivée à Xiamen (juste en face de l’île de Taiwan), nous faisons cap en voiture vers les montagnes avoisinantes, à la rencontre du peuple Hakka et de leurs habitations si typiques.

Les Hakkas appartiennent au peuple des Hans (population majoritaire en Chine) mais ils constituent une entité à part très particulière : dialecte propre, forte culture de la communauté et de la famille, volonté farouche de vivre de façon autonome.  Arrivés dans le Fujian après avoir été chassés du nord, ils se sont installés sur les terres disponibles, moins riches, plus rudes, et ont avant tout cherché à se protéger de l’ennemi. Les Hakkas se sont alors construits d’immenses forteresses dans les montagnes, les maisons Tulou, de forme ronde en général, aux épais murs, ne disposant que d’une seule porte d’accès et pouvant abriter en totale autarcie jusqu’à environ 700 personnes !

DES SATELLITES A L’UNESCO

Pour l’anecdote, la légende raconte que les maisons Tulou sont restées longtemps inconnues jusqu’à ce que des satellites américains détectent dans cette région des constructions ressemblant étrangement à des installations de lancement d’armes nucléaires… Après vérification in situ, l’existence de ces trésors architecturaux a été dévoilée au monde entier !

Les maisons Tulou, dont 46 (sur environ 400) sont classées depuis 2008 au patrimoine mondial de l’UNESCO, sont de grandes bâtisses rondes de 3 à 5 étages, aux épais murs de couleur ocre. Autour d’une cour centrale, faisant office de place du village, lieu de réunions, terrain de jeux et basse-cour, se répartissent un puits, des coins cuisines et de quoi faire un brin de toilette (je n’oserais parler de salle de bain…). Dans les étages, chaque famille dispose d’un espace vertical, tout est en bois et l’espace disponible est calculé au millimètre près.

Pour l’intimité, on repassera, on prend bien toute la mesure du mot « communauté » ici !

BIENVENUE LÀ OÙ LE MONDE TOURNE ROND

Dans le comté de Yongding, nous découvrons les maisons Tulou les plus anciennes, vieilles de près de 600 ans. A Chuxi, la plus impressionnante fait 2.826 m2, comporte 72 unités distribuant 206 chambres. À part les murs porteurs, tout est en bois, et pas un seul clou n’est utilisé !

Après tout un tour dans la région, entre cultures de thé et de riz en terrasse, flâneries paisibles dans ces bâtisses parfois vides, parfois encore habitées, et vues imprenables en hauteur sur ces villages pittoresques, nous arrivons dans le comté de Nanjing, où la maison Weiqunlou, sera notre gîte du soir… Cette maison Tulou ronde est atypique puisque sa construction n’a été terminée qu’à moitié, faute de moyens et d’implication de la descendance… mais qu’à cela ne tienne, elle accueille avec générosité les visiteurs en quête d’authenticité et de simplicité.

La pluie s’invite au voyage, forçant encore plus le temps à s’arrêter, une langueur enveloppe l’atmosphère…

Entre les gouttes, le village pépie d’étudiants qui s’exercent à l’art de la peinture, avec plus ou moins de talent… Après un diner 100% local, très simple et savoureux (certes, nous n’avions pas déjeuné donc nous étions affamés !), nous trainons dans un bar, tenu par un jeune couple et leurs trois chiens, retrouvant ces étudiants très gais sous l’effet de l’alcool local, et très enclins à nous sortir fièrement leurs quelques mots d’anglais pour nous dire « vous êtes cool ! »…

LA FÊTE AU VILLAGE

Après une nuit passée dans une chambre toute simple, minuscule mais propre, réveillés de bon matin par les poules – c’était notre séquence Vis ma vie chez les Hakkas – nous repartons le lendemain un peu plus loin vers l’ouest encore. Le village de Tianluokeng nous livre alors ses trésors cachés…

Ambiance moyenâgeuse avec cet ensemble de maisons Tulou très harmonieux, quatre rondes et une carrée et point de vue unique du haut de la colline surplombant le site.

Puis nous gagnons Yuchanglou dans le village de Xiaban, un des plus anciens Tulou datant de 1308, suivi du village Taxia, encore différent et tout aussi charmant, pour finir par un coin secret, chéri par notre guide Karen, le village de Shiqiao.

Plusieurs maisons de styles variés surplombent une paisible rivière, et la bonne surprise fut que nous sommes arrivés en pleins préparatifs d’une fête de toute la communauté, pour célébrer un jeune ingénieur fraîchement diplômé de l’université de Xiamen. Dans la cour centrale d’un Tulou, de nombreuses femmes s’activent à concocter un véritable banquet digne d’Astérix et Obélix, poissons, viandes et même homards sont au menu ! Les hommes attendent tranquillement que tout soit prêt, jouant au mahjong, fumant des cigarettes ou surveillant d’un coin de l’oeil les dons des fameuses hongbao, ces petites enveloppes rouges dans lesquelles sont glissés quelques billets à l’attention du héros du jour…

Si les femmes Hakkas sont réputées pour être ferventes au labeur, les hommes se laisseraient plus aller à l’oisiveté, tiens, tiens…

DE XIAMEN LA DOUCE À GULANGYU LA COLONIALE

En quittant ces villages, nous traversons les inévitables bourgades sans charme et bétonnées, les routes en travaux interminables, avant de regagner la ville de Xiamen (ou Amoy en dialecte local). Xiamen est en réalité une île de 157 km2, souvent qualifiée d’une des villes les plus agréables à vivre en Chine. Climat doux, pas de pollution, ville portuaire hébergeant aussi l’industrie de l’électronique, dotée d’une université renommée au niveau national, pas de doute, il fait bon vivre à Xiamen ! (Il ne manque plus que l’aménagement version station balnéaire, mais cela n’est pas dans la culture chinoise).

On en fait malgré tout vite le tour : visite du temple de Nan Putuo (en rénovation partielle actuellement), balade dans le vieux quartier sud avec sa cat street, ses bars de rues, l’ambiance y est décontractée.

Nous terminerons notre séjour par la visite de l’incontournable île de Gulangyu (aussi appelée Kulangsu), petit îlot de 2 km2, habité par 19.000 personnes, mais accueillant en moyenne 19 millions de visiteurs par an ! Toujours grâce à notre formidable guide Karen, après une rapide traversée en ferry, nous évitons habilement les groupes de touristes chinois qui arpentent le parcours classique bien commercial et peu intéressant, pour remonter le temps, à l’ère des premiers consulats étrangers en Chine.

Entièrement piétonne, Gulangyu, elle aussi classée au patrimoine historique mondial de l’UNESCO, arbore une riche architecture assez variée. Dès le milieu du XIXème siècle, après la première guerre de l’Opium et le traité de Nankin, de riches étrangers s’y sont installés (Grande-Bretagne, États-Unis, Pays-Bas, Danemark, France, Allemagne, Japon…). Maisons bourgeoises, écoles, hôpitaux, églises, consulats y ont été construits, dans un style plutôt colonial.

Certaines bâtisses encore habitées par de riches locaux sont entretenues avec soin, côtoyant d’autres tristement laissées à l’abandon, dans lesquelles la végétation a repris tous ses droits. On y trouve aussi un musée du piano, instrument qui fit la réputation de l’île, puisque celle-ci abrite environ 200 exemplaires de cet instrument. Il n’est d’ailleurs pas rare d’y entendre des notes s’égrener élégamment au fil de la balade.

Fin de notre escapade culturelle, seuls au monde ou presque, une jolie partition entre terre et mer, une belle rencontre avec notre guide, et de précieux moments hors du sujet COVID… Nous mesurons notre chance. On repart quand ?…

UN ETE EN CHINE

Nous voilà déjà fin août ou presque. « D’habitude », nous sommes en France, en pente douce, profitant des derniers quelques jours auprès de la famille et des amis, en bord de mer, avant de rentrer vers la fournaise estivale shanghaienne. Mais cette année, pas question de faire « comme d’habitude », la fermeture des frontières chinoises le 28 mars dernier ayant considérablement réduit le champ des possibles pour nous. N’ayant donc pas pu sortir de Chine cet été (et donc pas pu voir notre cher fils, nos familles, nos amis – depuis le 3 janvier, ça commence à faire long…), au risque de ne plus pouvoir y revenir, nos vacances estivales 2020 furent donc chinoises.

Résilience, patience, inspirez, expirez…

Même si, soyons honnêtes, cela ne nous enchantait pas des masses au départ de rester ici, il faut avouer qu’il y a pire, et que nous les avons drôlement savourées ces vacances, au beau milieu de l’Empire du Milieu ! Pour attaquer la rentrée le mieux possible, petite cure de bonnes ondes avec ces quelques extraits et photos de notre été en Chine, c’est cadeau !

PLUS HAUT, MOINS CHAUD !

L’été à Shanghai, et dans de nombreux endroits en Chine, est très chaud. Et très humide. Les températures ressenties dépassent allègrement les 40 degrés. Sans parler des quelques semaines de saison des pluies et inondations.  Je ne sais même pas si le mot canicule existe en mandarin, tellement c’est normal ici… L’objectif était donc pour nous de perdre quelques degrés, voir l’horizon, le ciel bleu, les nuages, de la nature, du vert, bref, tout ce qui commence à nous manquer sérieusement ! Et pour cela, la meilleure solution c’est de grimper en altitude. Direction donc le Yunnan ! Notre ami Xavier, de Xavier Adventure, nous avait concocté un sacré programme, avec un groupe d’amis, histoire de nous dégourdir les jambes, de nous aérer la tête et de découvrir des paysages à couper le souffle (dans tous les sens du terme…). Le projet dans la région du Sichuan, dont je parlais il y a quelques semaines ici, dut se transformer en séjour Yunnan, en raison de quelques nouvelles « difficultés administratives » – décidément, on ne s’ennuie jamais dans ce pays…

LE YUNNAN DE Y À N

Le Yunnan (« Sud des nuages ») est une province située au sud-ouest de la Chine. Encadrée notamment par le Tibet au nord, par la Birmanie, le Vietnam et le Laos au sud, elle bénéficie d’un climat très varié de haut en bas. Pour les raisons thermiques évoquées ci-dessus, nous faisons donc cap vers sa partie nord, aussi appelée « le petit Tibet ». De nombreuses minorités ethniques y vivent (environ 25), beaucoup parlent à peine le mandarin d’ailleurs, dépaysement assuré ! Cette province vit essentiellement de la culture du riz, du thé, du café et du tourisme. Ses montagnes du nord y sont réputées pour leur beauté et leurs très hauts sommets, narguant leurs voisins de l’Himalaya.

Au programme pour nous, deux treks : le premier autour, et sur, le mont Haba (5.400m), non loin de la ville de Lijiang, puis après deux jours de pause, deuxième trek dans la région des Mille Lacs, près de la ville de Shangri-la (non cela n’est pas qu’une chaine d’hôtels de luxe…).

AMBIANCE COLONIE DE VACANCES…

Lijiang

Notre test COVID en poche, nous prenons donc l’avion direction Lijiang. Nous y retrouvons notre fille Tiphaine et son amie Vic, qui ont déjà passé une semaine dans la région (et sous la tente), à aider à l’encadrement d’un summer camp pour enfants. Du niveau de la mer shanghaien, nous arrivons directement à 2.400m d’altitude. Petit mal de crâne le lendemain matin…

Après 24h de visite de Lijiang, nous retrouvons nos amis, un bon petit groupe de 12, et embarquons tous avec notre guide Qin vers le village de Haba (2.800m), la colo baptisée « la Baraka » (car grand soleil depuis quelques jours) se met en route…

La colo Baraka

PLEINE CONSCIENCE DE SON SOUFFLE

Après une nuit dans une toute simple et charmante maison d’hôtes (et encore un léger mal de tête au réveil), armés de nos chaussures de randonnée, sacs à dos et bâtons de marche, nous partons enfin à l’assaut. Nous marchons deux jours, à travers forêts et prairies, le long du magnifique lac, le Black Sea Lake, puis sur des montagnes mêlant verdure et roches minérales, sous le soleil puis rafraîchis par quelques averses, ambiance brumeuse et mystérieuse digne des Highlands écossais garantie… Le deuxième soir, nous sommes des pros du montage de tente en express (surtout quand il pleut, ça pousse à l’efficacité) ! Campement à 3.600m puis à 4.100m, ça commence à être sérieux, et respirer ne se fait plus aussi naturellement que d’habitude…

LE MONT HABA, ÇA SE MÉRITE !

Notre 2ème veillée sera courte et dans une ambiance un peu spéciale, et pour cause. Dans la nuit, huit d’entre nous se lèveront à 1h du matin, pour partir à 2h et attaquer l’ascension du fameux mont Haba autour duquel nous tournons depuis deux jours… Objectif 5.400m, un truc de fou ! Crampons (en acier donc assez lourds) dans le sac à dos, baudrier à la taille, un piolet, des litres d’eau, barres de céréales, bâtons de marche, bonnet, gants de ski, polaire, doudoune, nous sommes bien chargés ! Notre équipée se met en marche, accompagnée d’autant de guides que de randonneurs, telle un long serpentin silencieux éclairé par la lueur de nos lampes frontales. Sacrée atmosphère qui me rappelle notre ascension du mont Fuji au Japon… Mais la comparaison s’arrêtera là pour moi !

Après un chemin rocailleux en lacets, nous attaquons de face une grande plaque de roche calcaire. Il fait nuit noire, c’est vraiment très raide, et on n’en voit pas le bout ! Au bout d’une heure environ, je cherche mon souffle à chaque pas, et je sens une forte nausée monter. Je peine, mon guide tibétain avance tranquillement devant moi, fumant une cigarette et de l’autre main regardant des vidéos TikTok sur son téléphone, nous ne sommes vraiment pas faits pareil ! Lorsque Xavier nous annonce à environ 4.600m qu’en durée, nous en avons fait un tiers, je suis dans le rouge, je suis incapable d’en faire encore deux tiers ! Je décide donc de faire demi-tour. Notre Tiphaine, qui était presque dans le même état que moi, fait le même choix. Il est 5h30, nous redescendons donc vers notre campement. C’est la dure loi de la montagne, mais j’ai appris à connaitre mes limites avec le temps… Le reste de l’équipée poursuit courageusement. Grosse épreuve physique pour tous, même les plus sportifs, mais les photos à l’arrivée montrent leur joie et fierté, même si le soleil n’est pas de la partie. Un grand bravo à tous !

La descente n’en fut pas moins épique, longue, mais longue…mes genoux ont affreusement souffert lors de ces -1.800m, mais quel bonheur que cette arrivée au village Haba, même si la douche était à l’eau froide !

TIGRE EN FURIE !

Après toutes ces émotions et cette fatigue, petite pause « aquatique » le jour suivant avec un des points d’orgue de la région : les Gorges du Saut du Tigre (Tiger Leaping Gorge) ! C’est bien le seul endroit où nous avons croisé quelques touristes (chinois forcément) – les gorges venant tout juste d’être de nouveau accessibles -, mais tellement peu… Cette région va encore souffrir longtemps des ravages du COVID… Ces gorges sont une sorte de canyon sur le célèbre fleuve Yangze, situé dans une vallée très encaissée (mais à 2.000m tout de même), ce qui provoque des remous très impressionnants, surtout en pleines crues ! Et cette année, la saison des pluies a battu des records en Chine !

MILLE ET UN LACS… ET YACKS

Cap ensuite vers la région des Mille lacs, et là, changement de décor ! Toujours autour de 4.000m, nous découvrons de vastes pâturages bordés de forêts et de montagnes au loin. Très vert, fleuri aussi, le panorama a un petit air des montagnes d’Heidi, avec des cochons sauvages, des chèvres mais aussi d’impressionnants yacks, qui aiment à roder autour de nos tentes la nuit, bouses fraîches au réveil comme preuve à l’appui !

Deux moments forts ont marqué ce second trek : la veillée et la « jungle tibétaine ». Pour cette veillée, nous étions deux groupes, une trentaine en tout, et ce fut tout simplement mémorable : un grand feu, le vieux chapeau d’Olivier symboliquement sacrifié au bûcher, des heures de chants scouts et paillards, le fameux show de l’homme de Cro-Magnon de Xavier qui a ravi petits et grands, une pleine lune incroyable, la magie a opéré ! Le lendemain, après avoir découvert tous ensemble quelques-uns de ces mille lacs, sacrés pour la population locale (interdit d’y mettre un orteil ou d’y jeter un caillou !), nos deux groupes se séparent. Le nôtre a au programme quelques heures de traversée de forêt. Dit comme ça, ça parait plutôt tranquille… mais pas à la sauce Xavier Adventure !

Armé de son téléphone lui indiquant la trace GPS, nous suivons donc Xavier et nous laissons littéralement happer par une sorte de jungle de grands conifères. On aurait dit qu’un ouragan s’y était abattu la veille. D’énormes troncs couchés, des torrents, de la boue bien profonde, une densité de végétation incroyable, il aurait fallu une serpe ! Et toujours cette pente… L’ambiance est magique, on guette une apparition animale ou mythologique à tout instant ! Après plusieurs heures, nous gagnons enfin un chemin à la sortie de ce bois vierge de toute trace humaine. Après une bonne pause – nous espérions secrètement que c’était fini – mais non, l’aventure continue avec une deuxième forêt à traverser, mais…de bambous cette fois ! Et pour pimenter les choses, une nouvelle bonne averse se déclenche. Nous entamons un véritable corps à corps avec la végétation tropicale et la boue pour se frayer un passage et toujours en pente bien entendu ! Une sacrée journée, aux mille visages, 100% hors des sentiers battus dont nous sortons fatigués, tout crottés, mais heu-reux !

SHANGRI-LA, NOUS VOILÀ !

Ambiance plutôt calme dans le minibus qui nous ramène ensuite à Shangri-la (ou Xianggelila en mandarin, 3.200m). Mais la sieste fut courte avant une tant attendue soirée de clôture de nos aventures au fameux restaurant The Flying Tigers. Retrouvant d’autres amis shanghaiens (oui, tout Shanghai était dans le Yunnan, ou presque !), nous y avons fêté un anniversaire et le début de nos quelques jours de repos de guerriers. Flâneries dans la vieille ville, visite de ce magnifique et majestueux monastère de Songzanlin (ou Sumtseling), aussi appelé « le petit Potala », virée en scooter et retrouvailles avec notre ami Matthieu, qui avait malheureusement dû interrompre le trek pour passer par la case hôpital (grosse mauvaise réaction à l’altitude).

Fin de nos vacances estivales, si différentes, sportives, exigeantes, tellement riches en partages humains, et pendant lesquelles nous avons fait un réel plein de nature, d’air pur et de fraicheur. Nous les garderons en mémoire pour toujours, c’est certain !

Et mission accomplie pour aborder avec courage et énergie les prochains mois, et toujours caresser l’espoir d’une réouverture des frontières, pour retrouver les nôtres au plus vite. Un immense merci à Xavier, sa famille, son équipe, nous allons vous regretter amèrement puisque votre prochain « trek » se dirige vers la France de façon anticipée…

Toujours plus haut et droit devant !

Merci à Vic, Emma, Gwen, JEG, Xavier, Olivier, Guilhem pour leurs photos.

EN DIRECT DE SINGAPOUR

Singapour, la ville-jardin…

Puisque depuis la Chine, nous ne pouvons à ce jour toujours pas sortir du pays pour rentrer voir nos proches en France cet été, continuons notre petit voyage virtuel. Après New-York et Tokyo, faisons donc escale cette semaine à Singapour ! Mon amie Alexia (rencontrée à Tokyo) est ce que l’on pourrait appeler une experte de l’expatriation, et Singapour, elle connait bien ! Elle a aussi vécu la catastrophe de Fukushima au Japon, donc du recul, elle en a… C’est parti pour « Vis ma vie covidienne à Singap’ » !

MÊME MADAME IRMA N’AURAIT PAS SU…

La République de Singapour est une cité-état située au sud de la Malaisie. Elle est composée de 65 îles et compte environ 6 millions d’habitants pour 700 km2. La ville de Singapour est majoritairement habitée par des Chinois (à plus de 70%), et sa densité de population est très importante (plus de 7.000 hab./km2, une des plus élevées en Asie). Son climat est équatorial, bien chaud et humide 12 mois/an, mais l’air conditionné règne en maître partout. Propreté digne de la Suisse, lois de comportement social très strictes, sécurité maximale, économie prospère, c’est aussi un pays où les inégalités sont importantes et se creusent au fil du temps. Rappelons par ailleurs que le pays a connu l’épidémie du SRAS en 2003. Impossible donc de prévoir comment le virus COVID-19 allait évoluer et être géré à Singapour…

MacRichie Reservoir

LE CALME AVANT LA TEMPETE

Une prise de conscience assez tardive

« Ici à Singapour, nous avons entendu parler du virus en tout début d’année 2020, un peu avant Chinese New Year*. Aucune mesure particulière n’a été imposée à ce stade. Le port du masque n’était d’ailleurs recommandé qu’en cas de rhume, toux ou état fébrile. Il était alors impensable d’imaginer le confinement. Et nous pensions surtout qu’en quelques semaines le virus serait enraillé ! ».

(* Le Nouvel An Chinois a eu lieu cette année du 24 au 30 janvier 2020)

Et tout à coup, c’est le choc !

« Nous avons personnellement compris l’importance de l’épidémie début mars lors de nos vacances au Japon. Nous avons rencontré des Anglais vivant à Hong-Kong, et qui étaient bloqués sur l’archipel nippon. Les frontières de Hong-Kong étant fermées, impossible de rentrer chez eux. Nous avons alors réellement pris conscience de ce qui se passait dans le monde et nous avons surtout découvert les réactions des pays déjà massivement contaminés, bien avant Singapour. »

Un respect des consignes immédiat

Le Merlion vidé de ses touristes

« Les autorités singapouriennes ont annoncé le premier cas le 23 janvier. Le 7 février, le niveau d’alerte a été relevé du niveau jaune au niveau orange (3ème niveau sur 4) impliquant des mesures de précautions et contrôles plus stricts dans les hôpitaux, les écoles et les lieux de travail notamment. Nous étions partagés entre le sentiment de sécurité, qui a toujours été la grande force du pays, et celui de crainte avec le nombre de cas dans le monde qui ne faisait que grandir. Nous savions que Singapour ne serait pas épargné. Nous sommes entrés en confinement le mercredi 8 avril.  Les Singapouriens, ainsi que toutes les nationalités vivant sur l’archipel, ont écouté les vives recommandations du premier ministre Mr Lee Hsien Loong. Les habitants, très résilients et respectueux de leur pays, sont restés chez eux, sauf pour faire un peu d’exercice et aller au supermarché. Le confinement a été suivi à la lettre, comme en témoigne le vide des lieux très touristiques, toujours envahis de monde en temps normal, c’est le cas du Merlion par exemple. »

Les rues vides de Singapour

CONFINEMENT A LA SINGAPOURIENNE

Réorganisation familiale nécessaire

« Le gouvernement singapourien nous a demandé d’éviter toute sorte de socialisation, entre amis ou avec toutes autres personnes extérieures à notre foyer. Nous ne pensions alors pas rester tous les six, mon mari Olivier et nos trois enfants, Aldric, Auguste et Joséphine, ainsi que Gina, avec nous depuis cinq ans, confinés dans notre maison pour au moins 10 semaines…

La veille du confinement, le mardi 7 avril, nous avons réorganisé la maison afin que chacun puisse avoir son propre « espace bureau » et ainsi de bonnes conditions pour démarrer l’enseignement à distance avec le lycée français, via Zoom. Olivier était déjà en télétravail depuis plusieurs jours, le gouvernement l’avait déjà largement suggéré à toute personne exerçant des activités « non essentielles » à la survie du pays. Quant à moi, j’avais deux RV Zoom par jour avec mes élèves de Petite et Moyenne Sections, ainsi que des vidéos à préparer pour alimenter la plateforme de support destinée aux parents pour suivre les activités du jour de leur enfant. »

Un début de confinement sportif…

Joséphine à vélo et en masque !

« Les premiers jours, dans notre entourage, chaque foyer était centré sur sa propre organisation interne, nous n’éprouvions pas encore de « manque » et personnellement nous avons peu communiqué avec nos amis. A la maison, la charge de travail quotidienne pour les enfants était assez intense, chacun était bien occupé. En revanche, nous nous retrouvions tous les midis pour le déjeuner, même si parfois les plages horaires étaient courtes. Les fins de journée étaient l’occasion de faire du sport ensemble. Nous avons découvert la marche notamment à la Bukit Timah Nature Reserve ou au MacRitchie Reservoir. Les sorties en vélo, de route ou VTT, ont été une très belle expérience également, dans notre quartier comme dans de superbes endroits de l’ile méconnus pour nous jusqu’alors. »

Le moral est au fond de la gamelle…

« Puis, la routine s’installant, nous avons alors pris le temps pour échanger et organiser des Zooms apéro/café avec les copains des quatre coins du monde et nos familles, de manière plus récurrente.  Nos repas à cinq étaient aussi l’occasion de s’écouter, d’échanger, de prendre le temps (enfin ?). Nous choisissions nos menus tous ensemble de manière réfléchie, nous nous inventions le chef d’un jour pour sublimer nos assiettes. Cela a été pour nous l’un des temps forts de cette malheureuse situation. Je pense également aux 18 ans de notre ainé, ce fut un autre moment important pour notre famille. Nous voulions marquer le jour J à défaut de pouvoir le fêter entre amis. Cette fin d’année scolaire 2019-2020 a été rude pour tous les bacheliers, pas de bac, pas de graduation, certains bons plans festifs annulés… Je suis triste pour tous ces jeunes si résilients ! C’est ça, mon coup dur du confinement ! »

LE BOUT DU TUNNEL ?

Un déconfinement sous très haute surveillance…

Esprit nationaliste

« La phase 2 de sortie du confinement (appelé Circuit Breaker ici) a débuté le 19 juin dernier et voit la reprise quasi totale des activités économiques. Mais elle reste toujours soumise à des règles strictes comme celles de distanciation, ou encore comme le scan obligatoire de QR code (comme en Chine !) pour chaque entrée dans un lieu public. Les écoles accueilleront tous les niveaux à compter du 29 juin, d’autres activités que celles reprises en phase 1 peuvent à nouveau redémarrer. En revanche, les grands événements, les bibliothèques, cinémas, bars, boites de nuit, parcs d’attractions restent fermés. Le port du masque reste obligatoire, les rassemblements à l’extérieur sont autorisés mais limités à cinq personnes, et chaque foyer ne peut recevoir que cinq personnes à la fois ! Ces mesures sont très contrôlées, voire dénoncées et assorties de sanctions pénales telles que 10.000SG$ (soit environ 6.300 euros) d’amende et six mois d’emprisonnement, voire une annulation du permis de travail. »

Apprendre à vivre avec le virus

« La vie reprend donc doucement, ce qui était nécessaire pour le bon moral de tous. Côté sanitaire, la moyenne des nouveaux cas quotidiens dans la communauté est passée de 9 à 7, puis à 4, sur les trois dernières semaines. La situation dans la communauté des travailleurs émigrés est en nette amélioration avec moins de 200 nouveaux cas en moyenne recensés par jour. Le gouvernement continue à tester toute la communauté, avec environ 10.000 tests par jour. Le pays ne prendra pas le risque d’une deuxième vague, nous devons donc apprendre à vivre avec ce virus. Ce que je n’espère pas ! »

(Info COVID : au 28/06/2020, Singapour a déclaré 37.508 cas dont 5.925 encore actifs et 26 morts. Source :  https://www.gov.sg/features/covid-19)

Vers une réouverture des frontières ?

« Nous ne sommes qu’en phase 2. Les frontières rouvrent petit à petit, mais pas pour tout le monde ni pour tout type de voyage… Les visiteurs en court séjour (tourisme ou voyage d’affaires) restent interdits d’entrée à Singapour. Depuis le 18 juin, toute personne autorisée par le gouvernement singapourien à entrer sur le territoire (les résidents jusqu’alors bloqués à l’extérieur par exemple) doit subir un test de dépistage, à ses frais, au cours de sa quarantaine (Stay-home notice) dans un hôtel ou lieu spécifique dont la liste est établie par le gouvernement.

Notre été sera singapourien je pense, pas de traditionnel retour en France en juillet-août pour retrouver nos familles et nos amis.  Secrètement, nous espérons encore une fenêtre pour « changer d’air » dans la zone Asie du sud-est… »

LE MOT DE LA FIN

« C’est loin d’être fini ! »

Marina Bay Sands by night

Un immense merci Alexia pour ce précieux témoignage et ces magnifiques photos pleines de couleurs ! Crédit photos : Alexia Malpel. Ces propos datant du 28 juin 2020, toutes ces mesures sont sujettes à des changements du jour au lendemain.

Au fil de ces partages d’expériences dans différents pays, je crois que nous réalisons chacun à quel point la nature humaine est spontanément « autocentrée ». Par habitude, nous regardons essentiellement ce qu’il se passe dans le pays où nous vivons, qu’il soit petit ou grand, de notre culture ou pas. Et puis un jour, les fenêtres s’ouvrent sur le reste du monde ! Un des plus beaux enseignements de cette pandémie selon moi est que nous avons tout à gagner si nous essayons d’observer et de respecter les réactions de chacun, individus et pays. Une sacrée leçon d’humilité, mais pas toujours facile. Un apprentissage quotidien, à poursuivre toute sa vie…

EN DIRECT DE TOKYO

Le mont Fuji-san (Crédit Emma L.)

Après New-York la semaine dernière avec Carine et Tina, je vous embarque aujourd’hui pour Tokyo ! Emma, arrivée au Japon courant 2012, nous raconte comment elle a vécu cette entrée dans l’ère COVID-19. Ou comment faire cohabiter nuances et subtilités nippones avec urgence sanitaire…

LE CHOC DIAMOND PRINCESS

Emma et sa famille ont tout d’abord entendu parler de ce virus en France après les fêtes de fin d’année, puis au Japon à partir de février/mars. « Pour nous à Tokyo, le virus COVID-19 était bien loin de nos préoccupations, et au début uniquement circonscrit à la Chine. Nous ne nous sentions pas particulièrement concernés par le sujet. 

Et pourtant, le virus était potentiellement déjà bien là…

Tokyo, 37 millions d’habitants (Crédit : Emma L.)
  • Le 4 février 2020, le bateau de croisière Diamond Princess est maintenu en quarantaine à quai à Yokohama (port de Tokyo) pendant plus de deux semaines, avec 3711 personnes à bord, dont 2600 passagers confinés dans leurs cabines 24h/24. Il y aura 630 personnes contaminées.
  • Nouvel An Chinois oblige, et malgré l’interdiction des voyages organisés par les autorités chinoises pour ses ressortissants, plus de 2 millions de Chinois débarquent sur l’archipel japonais pour les festivités à la fin du mois de janvier 2020. Ils proviennent de toutes les provinces chinoises, dont la région de Wuhan…
  • La préfecture d’Hokkaido, dans le nord du Japon, a été la première à être touchée de façon significative par le virus fin février. Ce qui a poussé son gouverneur à déclarer l’état d’urgence finalement très tôt : la gestion de crise a été exemplaire et a permis de maitriser très vite la situation.

ENTRE ECHEANCE OLYMPIQUE ET CERISIERS EN FLEURS

Nous avons pris conscience de l’importance de ce virus dès que la France, l’Italie et l’Espagne ont enregistré des situations alarmantes. Et bien sûr, au moment où les USA ont été massivement impactés.

Au Japon, les choses ont mis beaucoup de temps à se mettre en place…

Tout d’abord, personne ne comprenait pourquoi les autorités ne prenaient aucune mesure en février et mars. A l’époque, le gouvernement japonais et la gouverneure de Tokyo (Mme Koike) étaient focalisés sur le sujet brûlant des Jeux Olympiques d’été Tokyo 2020. Ils essayaient autant que possible de maintenir ces JO, et par conséquent, d’être le plus rassurants possible sur l’état sanitaire du pays. Résultat, très peu de communications sur le sujet COVID-19 à cette époque, et une campagne de dépistage très mesurée et encadrée : il fallait deux avis médicaux et présenter de lourds symptômes pour pouvoir être testé et se faire dépister !

Les sakuras en fleurs (Crédit : Emma L.)

Mais dès lors que le Comité Olympique a confirmé le report des JO sur 2021, Mme Koike et Mr Abe (le premier ministre japonais) ont demandé dans un premier temps aux Tokyoïtes d’éviter les rassemblements au maximum, et surtout de ne pas sortir dans les parcs pour Hanami. Hanami, c’est la fête des sakuras, ces fameux cerisiers en fleurs, une tradition très symbolique au Japon où tous les habitants vont pique-niquer sous les arbres pour fêter le printemps. Cette consigne n’a pas été vraiment respectée…

…les parcs de la capitale japonaise étaient bondés pour suivre cette tradition.

A cette époque, nous avons commencé à voir revenir des Français, qui étaient soumis à une « quatorzaine volontaire ».  Celle-ci n’a pas toujours été suivie, et le niveau de prise de conscience de la gravité de la situation dans la communauté expatriée restait plutôt très faible. A titre personnel, nous nous sommes mis en confinement total à partir du 27 mars. Nous étions préoccupés par la rapidité de la diffusion du virus. Nous voulions aussi respecter scrupuleusement les consignes du gouvernement, et étions aussi très sensibilisés sur le sujet, ayant eu des proches lourdement touchés par le COVID-19 en France.

LE LENT CONFINEMENT À LA JAPONAISE

La constitution du Japon ne permet pas d’interdire. Les autorités « recommandent » selon trois niveaux définis (le 3ème niveau étant proche de l’obligation…). Ici, les consignes strictes ont été longues à se mettre en place. Il y a eu une grande période de confusion, chacun étant laissé seul dans l’interprétation de ce qu’il convenait de faire et dans l’exercice de son propre libre arbitre.

La barrière de la langue et la force des non-dits bien connus dans la culture japonaise ne facilitaient bien sûr pas les choses pour nous, les expatriés français. Certains allaient travailler, d’autres étaient déjà en télétravail depuis plusieurs semaines. Les métros, parcs et restaurants restaient ouverts. Les écoles étaient fermées, mais les garderies ouvertes ! Il était recommandé de porter systématiquement un masque, mais la pénurie de masques dans les commerces s’est vite faite ressentir. Et les annonces tardaient à venir. Bref, beaucoup d’incohérence et de flou, entre ceux qui n’avaient pas pris la mesure de la gravité et les autres qui étaient très inquiets. Ne parlant pas bien la langue, nous n’avions pas accès aux informations locales, seulement par bribes et de façon sporadique…

…Nous nous sentions encore plus gaijin (étranger) dans notre pays.

Les magasins de Tokyo équipés de bâches de protection (Crédit : Emma L.)

Le 7 avril, les autorités japonaises publient (enfin) la déclaration d’état d’urgence nationale. L’arsenal de mesures prises était toujours très peu contraignant, mais avait surtout une portée symbolique : c’était le message clair et attendu pour sensibiliser toute la population à la gravité de la situation, et la mobiliser dans la maitrise du développement du virus. Les restaurants ne pouvaient plus ouvrir que jusqu’à 19h00. Les bars et les night clubs ne pouvaient plus recevoir de clients. Les rassemblements n’étaient plus autorisés. Tous les magasins se sont équipés de bâches plastiques de protection, de distributeurs de gel hydro-alcoolique et la prise de température à l’entrée s’est systématisée. Dans les restaurants et hôtels aussi.

Le Japon était enfin mobilisé.

Les Japonais ont alors totalement respecté les consignes. Aujourd’hui, 95 % des gens portent le masque. A ma grande déception, ce sont les gayjins qui restent souvent les moins disciplinés, ce que je déplore car les Japonais n’aimant déjà pas beaucoup les étrangers, cette attitude creuse le fossé entre les deux populations. Nous avions tout de même toujours le droit de sortir, de se recevoir. Il y avait ce sentiment de liberté que d’autres pays n’avaient pas. Mais qui pouvait parfois créer quelques tensions quand certains restaient cloitrés chez eux, alors que d’autres continuaient à se recevoir…

La foule masquée (Crédit : Emma L.)

SITUATION ECONOMIQUE TENDUE

Jean-Côme, mon mari, avait très rapidement démarré le télétravail et l’alternance des équipes au bureau un jour sur deux. Dès que la gouverneure a suggéré le télétravail, toute sa société s’y est mise. Ce qui n’était pas forcément évident car le Japon travaille encore énormément sur support papier, la mise en place rapide du digital a été très déroutante pour certains. D’autre part, les Japonais vivant pour la plupart dans de tout petits appartements, parfois avec parents, grands-parents et enfants, se concentrer et faire des Zoom dans de bonnes conditions était difficile. Le mode de confinement souple lui a permis de maintenir une activité minimum, mais évidemment la situation économique est tendue pour de très nombreux secteurs.

Et pour moi également… J’ai créé il y a peu mon entreprise, EVENTS & ART, et à présent tous les événements sont gelés. Sur cette partie, je pense que nous allons devoir ré-imaginer un moyen de fédérer et de surprendre, et comment rassembler tout en rassurant. Sur la partie « art », je constate agréablement que mes collectionneurs ont toujours l’envie d’acquérir des œuvres. Et nous sentons que les envies de consommation sont différentes et peut-être moins superficielles, une bonne nouvelle !

www.eventsandart.com, Instagram : @eventsandart_official.

OUT OF THE BOX ET…HEUREUX…

Emma, Jean-Côme et leurs deux filles (Crédit : Emma L.)

Côté personnel, nous avons beaucoup profité de ce recentrage avec notre propre famille (couple, enfants), mais aussi nos amis, nos familles à distance que nous n’avions pas toujours le temps de joindre « en tant normal ». Beaucoup de partage, d’écoute, d’échanges. Nous avons appris de nouvelles choses (cuisine, jeux, jardinage…). Nous avons été plus disponibles. Nos deux filles Ève et Élisa, âgées de 10 et 15 ans, ont eu une remarquable intelligence de la situation et se sont parfaitement adaptées aux nouvelles règles et contraintes. Le fait d’être totalement confinés, nous a donné un sentiment de protection. Bien sûr, il y a eu des jours de d’inquiétude, de solitude, d’agacement, de fatigue, de manque de champagne entre amis ! Mais la majeure partie du temps, nous étions dans le plaisir d’être ensemble. Cette communion nous a permis de traverser cette crise sans trop de heurts. Cela pourrait presque paraître déplacé de dire que nous étions heureux car bien d’être ensemble.

Nous avons cassé les codes, changé nos modes de communication.

Avec nos amis du Japon, c’était moins simple… Nous qui étions dès le début très stricts sur les mesures sanitaires et de confinement, nous étions parfois agacés voire inquiets par le manque de respect des consignes de nos amis et relations locales. Et un jour, nous avons décidé de nous préserver, d’arrêter de regarder chez les autres et de ne pas juger car finalement chacun vit cette crise à sa manière.  Nous avons changé notre état d’esprit et nous nous sommes sentis mieux. Même si nous avons perçu parfois de l’incompréhension de la part des autres, nous savions que nous prenions les bonnes décisions et avons gardé le cap en assumant nos choix. Au total, nous sommes restés confinés 9 semaines !

Déconfinés ! (Crédit : Emma L.)

LE BOUT DU TUNNEL ?

L’évolution au Japon est très compliquée. Il y a eu finalement peu de décès avec 930 morts pour 138 millions d’habitants, soit un peu plus de 1/200 000. Nous ironisons ici en disant que nous avons plus de chances de gagner au Loto que d’attraper le coronavirus au Japon… Cependant, le pays a fermé totalement ses frontières, n’a pas du tout l’intention de les rouvrir avant octobre prochain, date de la décision du Comité Olympique sur le maintien ou non des JO de Tokyo en 2021. Rentrer en France pour l’été est désormais un vieux rêve… Mais, à titre personnel, même si la famille, nos racines et nos amis français vont terriblement nous manquer, nous nous sentons en sécurité sanitaire ici et c’est précieux. De plus le Japon est un pays magnifique et riche en paysages variés, nous allons en profiter pour visiter.

Sur les routes de Nakasendo (Crédit : Emma L.)

LE MOT DE LA FIN

La Tokyo tower (Crédit : Emma L.)

Cette période extrêmement particulière nous a, à titre personnel, fait du bien. Nous étions heureux de cette slow life imposée et de n’avoir à se concentrer sur que sur l’essentiel. Il faut maintenant remonter la pente sur le plan professionnel, en espérant que le monde changera vers le meilleur !.

GAMBATTE ! (Courage !)

Un grand merci à Emma pour son riche témoignage et ses magnifiques photos.

EN DIRECT DE NEW-YORK

Le Réservoir de Central Park (Crédit : Tina R.)

Le fameux small world des expatriés nous donne la chance d’avoir des amis aux quatre coins du monde. On ne se voit pas très souvent certes, mais on se parle au fil du temps, ces derniers mois encore plus, et c’est très précieux ! J’ai pu recueillir les témoignages de Carine et Tina, deux amies de Shanghai, qui ont migré vers New-York en août 2019. Entre COVID-19 et mouvement Black Lives Matter, voici leurs ressentis personnels de ces derniers mois historiques…

CHRONIQUE D’UN VIRUS ANNONCÉ

Manhattan (Crédit : Tina R.)

« Nous avons commencé à entendre parler du virus Covid-19 relativement tôt. Ayant vécu à Shanghai et ayant encore famille et amis sur place, nous avons été alertés dès la fin du mois de janvier. Nous avons tout de suite été relativement inquiets et avons pris conscience de la gravité de la situation, dès lors que le gouvernement chinois a pris les décisions drastiques qui s’imposaient. Néanmoins, et malgré notre inquiétude pour nos proches, nous vivions cela à des milliers de kilomètres, sans se sentir véritablement concernés directement. »

« Ça paraissait très lointain, là-bas en Asie, et d’une certaine façon on se disait « ça va rester un virus asiatique comme le SRAS… ». Et puis, de par notre attachement encore assez fort avec Shanghai, nous avons pu suivre de près les péripéties des copains et le sale tour qu’a très rapidement pris ce virus, alors que nous disposions de peu d’infos dans les médias occidentaux. »

Conscients, inquiets, concernés mais non exposés.

UN VIRUS, 50 AMBIANCES

« Les États-Unis ont réellement pris la mesure de la situation à peu près en même temps qu’en France.  Les rumeurs commençaient à circuler sur l’annulation d’événements rassemblant un certain nombre de personnes. Puis certaines écoles internationales, dont le Lycée Français de NY, ont pris la décision de fermer leurs portes, provisoirement d’abord (le 11 mars pour le LFNY).  Les autres écoles de NY ont suivi le 12, le home office a été instauré dans toutes les entreprises, et les commerces ont baissé leur rideau, sauf ceux dits nécessaires. »

Retail for lease (Crédit : Tina R.)

En l’espace de quelques jours, la ville qui ne dort jamais s’est éteinte.

« Les 50 états du pays n’ont pas pris la mesure de la même façon, certains ont été très touchés (Californie, NY, Washington…), sans doute car plus touristiques, d’autres beaucoup moins. Quand c’est devenu une pandémie, le pays a vraiment réagi. Mi-février alors que le virus battait son plein en Chine, aux US la vie était encore entièrement normale. Début mars, on commençait à entendre de plus en plus parler du virus. Très vite la psychose était lancée et le 13 mars, le pays fermait ses frontières.

Broadway (Crédit : Tina R.)

Pendant que NY était en shut-down complet, la fête battait son plein en Floride (plages, bars, restos ouverts), les springbreakers comptant bien s’éclater coûte que coûte ! Des avions ont continué de déverser chaque jour à Miami des centaines d’étudiants pendant plusieurs semaines, alors même que plusieurs états étaient déjà passés en confinement. Le gouverneur de Floride a résisté très longtemps avant de plier sous la pression. Globalement, le confinement n’a pas été le même que celui imposé par certains pays d’Europe dont la France : les avions ont continué de voler dans le pays, pas besoin d’autorisation écrite pour justifier ses sorties, les parcs publics ou nationaux sont restés presque tous ouverts, pas de limite kilométrique en voiture, etc… Néanmoins, les rues sont devenues totalement désertes et fantomatiques, les gens se sont terrés chez eux, Manhattan s’est littéralement vidé au profit des Hamptons et autres destinations de weekend. »

Le métro de NY (Crédit : Carine B.)

AMBIANCE DE FIN DU MONDE

« Les premières semaines de confinement ont été assez anxiogènes : explosion du nombre de contaminations et du nombre d’hospitalisations (particulièrement à NYC), défaillance du système de santé (morgues improvisées dans des camions réfrigérés en plein Manhattan), pénuries de masques, de gels hydro-alcooliques, de désinfectants ménagers, de papier toilette, de riz, de pâtes etc. ! »

Gel hydro-alcoolique et masque, les deux accessoires indispensables de l’année… (Crédit : à gauche : Caroline V., à droite : Tina R.)

« Côté courses, c’est vite devenu un enfer… beaucoup de ruptures de stock et les délais de livraisons à domicile ont explosé. On s’appelait avec les copines pour se prévenir quand le drugstore du quartier avait reçu une nouvelle livraison, le camion était encore en train de décharger.  Le temps qu’on accoure, c’était déjà trop tard, rupture à nouveau… Et après des années de stockage de médicaments en Asie, à NY, je n’avais même pas une boite de paracétamol sous la main au cas où ! J’ai finalement réussi à en trouver en sachet individuel dans un kiosque à journaux devant la station de métro… En revanche j’avais eu l’excellente idée de conserver nos masques anti-pollution de Chine, ce qui nous a permis de continuer à sortir en sécurité, les masques en tous genres sont restés introuvables comme en France pendant très longtemps. »

« Le plus marquant ? Des rues désertées, un calme totalement inhabituel, des New-Yorkais qui avaient quitté la ville, des boutiques qui fermaient tous les jours, laissant place à des locaux vides avec des panneaux retail for lease/commerce à louer… »

La 5ème Avenue (Crédit : Carine B.)

Bref une ambiance de fin du monde, assez angoissante, dans cette ville habituellement si vivante, bruyante et énergisante.

HOME SWEET HOME

« La situation s’est finalement peu à peu apaisée et nous avons appris à apprivoiser cette nouvelle vie, avec la chance inestimable de pouvoir sortir à notre guise. Le gouverneur de l’état de New York a privilégié les deux mesures phares : distanciation sociale et port du masque. Central Park est devenu notre bouffée d’oxygène quotidienne.

Les cerisiers en fleurs de Central Park déserté (Crédit : Tina R.)

A contrario de l’ambiance du dehors, notre appartement n’a jamais été aussi vivant ! Les filles ont fait preuve d’une résilience incroyable. Déjà très sensibilisées par le sujet à travers ce que vivaient leurs amies et cousins en Chine depuis plusieurs semaines, elles ont, je pense, mieux compris et appréhendé ce qui se passait. Mon homme est lui aussi resté à la maison du matin au soir, mais pourtant on s’est rarement aussi peu vus, car il était en « gestion de crise » durant les premières semaines. Petite période d’ajustement familial nécessaire… Pour les enfants, le home schooling a été mis en place très rapidement et efficacement par le Lycée français de NY. »

« En effet, le lycée qui avait anticipé cette fermeture – car il avait un peu plus de temps pour se préparer que les lycées français d’Asie notamment – a mis en place un enseignement à distance sur Zoom sans faille dès le début. Les emplois du temps sont demeurés les mêmes qu’en présentiel. Avec la famille, une routine très agréable s’est vite installée. Puzzles ou séries TV après les cours, séances de sport sur YouTube, préparation des repas ensemble, jeux de cartes… Le rituel des applaudissements à 19h pour remercier le personnel soignant ponctue encore toutes les soirées. Et les parcs nationaux sont demeurés ouverts, ce qui nous a permis, les weekends, de sortir un peu de la ville. »

CE QUI COMPTE VRAIMENT…

Retrouvailles masquées à Central Park (Crédit : Tina R.)

« Quant aux amis sur place, au début, personne, rien. Puis on a commencé à se retrouver entre copines au square après l’école, 2-3 fois par semaine, avec masques et à 2 mètres de distance, ça faisait du bien de parler à quelqu’un d’extérieur au cocon familial. Pour les hommes en revanche, zéro social pendant très longtemps. En famille, les repas et les longues balades au parc étaient propices aux discussions, même si le virus a beaucoup occupé les sujets pendant un moment, trop même… et puis bien sûr les appels et apéros virtuels avec les amis. Les groupes WeChat familiaux n’ont jamais été aussi actifs qu’à cette période ! »

« Ces longues semaines ont clairement œuvré dans le sens d’un recentrage familial prioritairement, mais également amical. S’inquiéter et prendre des nouvelles plus fréquemment des personnes que l’on aime, avoir et prendre ce temps de vraiment discuter…

…et se rendre compte que c’est cela qui compte vraiment…

LE PLUS DIFFICILE À VIVRE

Le top 3 de ce qui est le plus difficile à vivre chez les uns et chez les autres :

  • « L’éloignement avec la famille et ce sentiment d’impuissance totale s’il devait arriver quelque chose à l’un d’entre nous.
  • Une frustration énorme pour notre première année d’expatriation à NYC : tout ce que nous avions engagé en termes de lien social, ou de découverte de la ville ou du pays a été stoppé net.
  • Le dernier point difficile à vivre est celui que nous vivons actuellement. Comme en Chine, les frontières des États-Unis sont fermées (carte verte et citoyens américains exclus), nous sommes donc privés de retour en France cet été, avec le risque de ne pas pouvoir revenir. »
Cérémonie de graduation via Zoom (Crédit : Tina R.)
  • « Le plus difficile à vivre c’est de ne pas pouvoir se projeter du tout. Tous les projets qui rythmaient le quotidien à court/moyen/long terme ont été stoppés net.
  • Pas évident non plus pour notre ainée qui passait son Bac : plus d’examen certes, mais la graduation des Terminales qui est habituellement une belle fête, a eu lieu sur Zoom…
  • La fermeture des frontières aussi est oppressante. On prie pour qu’il n’arrive rien en France à la famille… Grâce à nos deux enfants qui ont le passeport américain, nous allons pouvoir rentrer en France et revenir aux US, même si le pays ne rouvre pas les frontières. Tous nos amis n’ont pas cette chance… »

LE BON CÔTÉ DES CHOSES…

Coney Island (Crédit : Carine B.) et Park Avenue (Crédit : Tina R.)

  • « Les grandes promenades que nous avons faites en famille dans un NYC déserté et inédit.
  • Voir évoluer les membres de sa famille, que l’on croit connaitre parfaitement, dans des univers auxquels nous n’avons en temps normal pas accès (travail, école) a été pour moi l’occasion de découvrir une autre facette de leur caractère.

J’ai aujourd’hui le sentiment de les connaitre encore mieux et de les aimer encore plus.

  • « Mon homme dirait sans hésiter : plus de voyages d’affaires, d’avion, de décalage horaire !
  • L’entre-aide aussi. Au moment où la pénurie de masques battait de plein fouet ici, nous avons reçu de Chine plusieurs cartons de masques. J’ai pu faire des colis pour toute la famille en France, distribuer aux amis ici et au personnel dans notre immeuble qui n’en avait même pas !
  •  Le calme dans les rues, plus de sirènes… »

VIRUS RACIAL

Manifestations Black lives matter à New-York (Crédits : photos de gauche et de droite : Marta A., photos du centre : Carine B.)

« La très légitime vague de contestation qui a suivi le meurtre de George Floyd n’a évidemment pas épargné NYC. De très nombreuses manifestations ont eu lieu dans les rues de Manhattan, dégénérant souvent en émeutes, pillages. Nos nuits ont été rythmées la première semaine de juin par le ballet incessant des hélicoptères et des sirènes de police et pompiers. Certaines manifestations pacifiques sont passées en bas de chez nous, de très impressionnants flots humains descendant depuis le nord de l’ile ces immenses avenues à la perspective vertigineuse.

Sentiments mêlés entre une envie d’aller manifester et la peur de la violence d’une partie de la population minoritaire certes, mais bien réelle.

De Stay at Home à Safer at Home (Crédit : Caroline V.)

Le problème d’égalité raciale est majeur aux États-Unis. Il est flagrant et palpable dans la vie quotidienne. Il faudra plus que des manifestations (qui néanmoins sont totalement légitimes pour dénoncer et qui apportent tout de même une lueur d’espoir) pour faire évoluer les mentalités… À commencer par un changement de gouvernance dont le mantra ne serait pas « diviser pour mieux régner »!

« Il y aura un avant et un après. Toutes les enseignes et marques communiquent aux US sur Black Lives Matter. Une déferlante. Le mouvement n’est pas près de se calmer avec une année d’élection en vue. Les Démocrates y voient une opportunité en or… »

LE BOUT DU TUNNEL ?

« La situation se détend un peu à Manhattan, suite à la baisse du nombre de contaminés/décès. Manhattan est entré en phase 2 de déconfinement le 8 juin mais les événements autour du meurtre de George Floyd ont refroidi la plupart des commerçants. Pour ceux qui n’avait pas fermé boutique, des échafaudages ont été installés pour échapper à la colère des casseurs. »

Magasins barricadés (Crédit : Tina R.) / La vie reprend peu à peu (Crédit : Carine B.)

Néanmoins la vie reprend doucement, on constate que le trafic humain et automobile augmente progressivement dans les rues…

« Les chiffres à New-York sont nettement meilleurs mais ce n’est pas le cas dans tous les états, qui ont été gérés de manière très différente par chaque gouverneur. Les chiffres des hospitalisations augmentent dans certains états qui ont peut-être rouvert trop tôt… (Texas, Floride, Utah, Arizona notamment). Le temps sera long avant que ce pays sorte de la crise. »

LE MOT DE LA FIN

WHAT A YEAR!!! / REBOOT 2020 / #NYTOUGH

ON SE SOUVIENDRA DE NOTRE PREMIÈRE ANNÉE À NY !

Un immense merci à mes chères amies Carine et Tina pour leurs photos et précieux témoignages, ainsi qu’à Marta et Caroline pour leurs photos.

Hudson River Pier (Crédit : Carine B.)

ENTRE LES LIGNES

Aujourd’hui, faisons fi de tout ce brouhaha sanitaire et géopolitique !  Et ayons l’audace d’envisager le monde sous un angle artistique et poétique… Je vous embarque à la rencontre de deux univers aériens, intemporels et symboliques : IN ILLO TEMPORE (en ce temps-là)…

Photo de couverture : Embrace, par Dai Mouyu, 52 x 138 cm, 2020

LIGNE NOIRE

J’aime la simplicité, l’épuré, le gris, le noir, le blanc… J’aime aussi quand il y a de la chaleur, des vibrations, quand l’imagination est sollicitée, pour lire entre les lignes, prolonger le trait, se raconter une histoire…

De gauche à droite : Free 1, 138 x 34 cm / Free 6, 136 x 34 cm / Wander, 115 x 34 cm / 2020

Du papier de lin brut, de l’encre noir profond, un large pinceau, et Dai Mouyu peint la liberté. Avec une multitude de nuances de gris, noirs, beiges, un trait de pinceau majeur, accompagné de ces éclaboussures, ces imperfections, qui justement tendent vers la beauté, il crée un style calligraphique unique. Il s’arroge le droit de se faire abstrait, ou figuratif selon l’œil qui le regarde. Certains verront des bambous, des roseaux, une algue marine, d’autres distingueront la skyline de Shanghai, ou le signe de l’infini. Le trait noir est affirmé, puissant mais sait aussi se faire léger, comme flottant ou en pointillé. Les lignes se croisent et peuvent déborder du cadre, comme animées d’une énergie, d’une tension, pour finir leur envol en légèreté.

De gauche à droite : Free 3, Free 4, Free 5 / 118 x 34 cm chacun, 2020

De haut en bas : Observe, Encounter, Joy, Teasing, Free 2 (gauche), Wander (droite) / 2020

Dai Mouyu signe là une toute nouvelle série. Après un début de carrière dans la photographie, puis dans la peinture, il a aussi réalisé de nombreux croquis et dessins. Sans être maitre en calligraphie, il ose réinterpréter cet art avec une grande modernité. Bref, j’ai adoré !

De gauche à droite : Teasing (détail), Embrace (détail) / 2020

COCON

De gauche à droite : Cocoon XVI, 120 x 80 cm / The pass of time series, 30 x 25 cm chaque pièce / 2020

Au début était le cocon. C’est notre socle, notre histoire, nos racines. Puis le temps fait son travail, ajoute une couche, en déchire une autre. Les céramiques de Wan Qiong partent d’un canevas, d’une pièce de tissu, d’une chemise même, sur laquelle se mêlent et s’entrelacent matières, fils et autres fibres, parfois en harmonie, parfois totalement éclatées, comme explosées ou brûlées ! Le froid et le chaud, la brillance du vernis et le brut des aspérités…

En bas, de gauche à droite : Cocoon IV, Cocoon XVII, 505 x 50 cm, 2020

Certaines pièces sont intrigantes, fascinantes, mais d’autres m’ont comme un peu angoissée, je dois l’avouer… Il reste que les majestueuses colonnes de bambous, toujours en céramique, sur lesquelles s’enroulent les prémices du maillage d’un cocon de ver à soie, sont assez impressionnantes. Celles-ci furent d’ailleurs le point de départ de cette série Cocoon (茧 Jian) .

Un grand bravo à Anne-Cécile de la galerie ArtCN, qui a provoqué cette belle rencontre entre ces deux artistes et ce joli dialogue entre leurs univers respectifs. Les sobres encadrements en aluminium, l’éclairage recherché et le charme fou de la galerie contribuent à parfaire la mise en scène des oeuvres. On en sort à la fois apaisé et vivifié ! Une exposition à ne pas manquer pour bien démarrer l’été…

Exposition IN ILLO TEMPORE (jusqu’au 5 juillet 2020) : Galerie ArtCN, 876 Jiangsu Road (près de Huashan Road), Shanghai. Du mardi au dimanche, 11h-19h. www.artcn-sh.com, www.artsy.net/artcn, contact@artcn-sh.com

Compte officiel WeChat : ArtCN

TUTOYER LES CIEUX

Crédits photos : Xavier Adventure et Delphine Gourgues

Après la balade shanghaienne de la semaine dernière, je vous embarque un peu plus loin, en Chine, histoire de vous mettre l’eau à la bouche, de faire frétiller vos godillots, de vous donner envie de voir plus grand, plus haut, plus large, bref, d’ôter les oeillères, d’élargir les horizons et de tutoyer les cieux…

QU’EST-CE-QUE TU FAIS POUR LES VACANCES ?…

C’est LA question du moment dans notre entourage à Shanghai… Petit résumé de la situation à l’attention de mes lecteurs (d’ailleurs) qui ne sont pas au fait : depuis le 28 mars dernier, les frontières de l’empire du Milieu sont donc fermées aux étrangers. Ce qui signifie que pour ceux qui réussiraient à s’échapper jusqu’en France ou Europe – sachant qu’il y a très peu de vols et à des tarifs qui eux, justement, se sont envolés -, le retour en Chine à la fin de l’été est impossible…jusqu’à nouvel ordre. Sans aucune visibilité (en jours/semaines/mois…). Et en cas d’ouverture, nul ne sait sous quelles conditions les retours seraient autorisés (selon le pays de provenance, avec certainement quarantaine en hôtel ou à domicile etc.). Nous ne sommes que fin mai, l’espoir fait vivre, mais…

MÉTHODE COUÉ

Puisqu’une des choses qui nous fait à tous le plus cruellement défaut dans ce monde coronaviral est la possibilité de se projeter dans le futur, même proche, nous avons décidé de le faire quand même et d’organiser nos vacances estivales en Chine ! Histoire de quitter quelques temps la chaleur humide et étouffante de Shanghai.

Avec un peu de courage et beaucoup de résilience, et si nous essayions de faire abstraction de la tristesse de ne pas pouvoir voir nos familles, nos parents, nos grands enfants, nos amis de toujours, mais aussi notre Océan Atlantique, nos Alpes, notre Méditerranée, notre Bretagne, notre campagne…- ce lien si important avec nos racines. Et si nous envisagions comme une chance cette opportunité de découvrir quelques-unes de ces nombreuses terres méconnues de Chine… Allez, méthode Coué, pour nous, cet été sera chinois ou ne sera pas !

SICHUAN, NOUS VOILÀ !

Les possibilités sont multiples, même si la météo n’est pas partout clémente en été ici… Envolons-nous donc vers une grande province située à peu près au centre-ouest de la Chine, le Sichuan, ce qui signifie les quatre rivières. Sa capitale est Chengdu, plus connue comme le berceau des pandas. Outre sa production majeure de blé et de riz, cette région est réputée dans le monde entier pour son fameux (et puissant) poivre du Sichuan, qui existe en trois couleurs, noir, vert et rouge. Avec ses multiples grottes, cascades, plaines, lacs et monastères, cette région possède plusieurs sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco.  Et surtout, le très montagneux Sichuan est orné de sommets tutoyant les cieux, jusqu’à 6.000 voire 7.000 mètres, voisins du majestueux Himalaya…

“La route du Sichuan est plus ardue que celle qui monte au ciel” (proverbe chinois – Li Bai)

Voila, le décor est planté ! C’est parti…

Il faut bien avouer que ce pays est magnifique n’est-ce-pas ? Sauter dans ses chaussures de randonnée et découvrir la vallée de Qizanggou, approcher les yacks des plaines de Ruoergai, partir à l’ascension du mont Genyen (6.200 m), s’immerger dans la culture tibétaine, méditer dans le monastère de Lenggu, acclamer les cavaliers du festival équestre de Litang, fondre devant les bébés pandas, tremper ses orteils dans le lac de Changhai ou celui de L’œil de Genyen, partager le folklore de la vie locale, dormir sous la tente… Moi ça me donne des frissons !

Alors, puisqu’on n’a qu’une vie, puisque notre belle planète s’est vertement rappelée à nous ces derniers mois, pourquoi ne pas se lancer pour voir en vrai cette pure beauté ?

A vous les amis qui êtes en Chine comme nous, parmi les divers contacts, options et autres agences de voyage, je me permets de vous suggérer (et sans aucun intérêt publicitaire de ma part:) de vous adresser à Xavier Adventure, qui a créé des programmes spéciaux « été 2020 en Chine ». Ses treks s’adressent aux familles avec enfants à partir de 10 ou 14 ans selon les formules. Pour les familles avec enfants plus jeunes (à partir de 6 ans), d’autres séjours se préparent dans la région du Gangsu et sa mythique route de la soie…

Et pour les (castors) juniors, il existe aussi une formule de Summer Camp basé à Shangri-la (dans le Yunnan nord, aux frontières du Sichuan), co-organisé avec notre ami Constantin de Caravane Liotard. Le plein de nature, de montagne, de vie à la ferme, de nuits sous la tente et de feux de camp, de courses d’orientation…, le rêve quand on a entre 10 et 14 ans !

CONTACTS :

Compte officiel WeChat : Xavier Adventure

Caravane Liotard : http://www.caravane-liotard.com/

BALADE SHANGHAIENNE

Ces derniers temps, le temps semble parfois suspendu, et j’ai l’impression de flotter… Comme une attente qui s’étiiiiiire sans fin annoncée. Mais puisque nous ne sommes pas confinés à Shanghai (et nous ne l’avons jamais vraiment été en mode « occidental »), il faut bien rester en mouvement !

QUESTIONS EN RAFALES

Pas très inspirée par les mots aujourd’hui, trop d’incertitudes se bousculent dans mon crâne. On a beau être au pays de la résilience, elle est rudement mise à l’épreuve ces jours/semaines/mois-ci.

Le sac de noeuds

Quand la Chine va-t-elle rouvrir ses frontières ? Quand les familles séparées depuis des mois se retrouveront-elles (y compris la nôtre…) ? Quand pourrons-nous envisager de nous embrasser, nous prendre dans les bras sereinement, sans arrière-pensée ? Quand l’économie (mais quelle économie d’ailleurs) va-t-elle vraiment repartir, ici en Chine tout d’abord, puis ailleurs ?  Et le fameux monde d’après, une utopie ? Pouvons-nous espérer quelques changements vers du mieux ? Ou bien la mémoire de l’être humain se montrera-t-elle définitivement courte et sa vision « bas du casque » ? Je ne peux m’y résoudre, impossible d’oublier, on apprend tous les jours, cet « épisode » pourrait être LA leçon de notre vie ! Alors, à chacun de nous d’apporter sa goutte d’eau à l’océan de nos désirs profonds… (c’était la minute poésie !).

CLIC-CLAC !

Puisqu’il nous faudra sans doute encore attendre avant de pouvoir inspirer à pleins poumons et s’émerveiller devant l’immensité de la mer, la majesté d’une falaise, l’infini d’une plaine, d’un désert, ou encore la fougue d’un torrent de montagne, je marche… Mon cher père a pour habitude de dire à tout va « Avançons ! ». Sujet de raillerie familiale d’habitude, ce tic de langage résonne autrement en moi à présent…

J’ai la chance d’en avoir le temps, alors je me balade, à la recherche d’un autre émerveillement, dans ce Shanghai du mois de mai, ensoleillé, pas encore trop étouffant ni pluvieux. Je me laisse charmer par un platane tortueux, une grille entrouverte, un piaf qui vocalise, même enfermé dans sa cage, un rayon de soleil qui chatouille le linge qui sèche dans la rue. Et je rentre regonflée à bloc !

Clic-clac, je dégaine et je mitraille. J’aime ces photos souvenirs qui encombrent la mémoire de mon smartphone et de mon ordinateur. Je les regarde souvent, encore et encore, ces photos insolites, ces clichés 100% touriste ébahi, ces petites pépites et ces grandes banalités. Zéro technique, juste la simplicité du plaisir de l’œil. Aujourd’hui c’est cadeau, je vous livre un petit florilège de mes dernières flâneries. Souriez, c’est pour mon album !

Ce billet est dédié à mes amis Karine et Xavier, qui ont chacun perdu un parent tout récemment, sans pouvoir franchir les frontières pour un dernier au-revoir. De tout là-haut, ils savent… Amour et résilience.

La citation du jour / de l’année…
Shooting de rue
Le masque dans la rue, plus obligatoire, mais porté par presque tous….
En suspension… (la tortue est à vendre !)
De l’ordre avant toute chose…
Columbia Circle et sa piscine (décorative)

RETOUR À WUHAN !

Wuhan vue du lac de Macang

La vie parfois vous envoie des signes. Et le plus souvent, de façon inattendue ou lors de périodes délicates. Ce satané virus a beau nous séparer de notre fils (entre autres) pour une durée indéterminée, il m’a offert le bonheur de faire une belle rencontre ! Après le retour à l’école à Shanghai (lire ici Back to school), zoom sur un certain retour à Wuhan…

CHIC, DES NOUVEAUX À SHANGHAI !

Crédit : DG

Fin février/début mars, ma très chère amie Karine, avec qui j’ai notamment partagé notre aventure à Tokyo, m’envoie le message suivant : « Une amie rencontrée à Manille est en transit à Shanghai, elle attend de pouvoir rentrer chez elle, à Wuhan… Elle ne connait pas grand-chose ici, tu pourrais lui donner 2/3 idées de distractions pour ses enfants ? ». Ça alors ! Une nouvelle tête à rencontrer, une histoire pas très simple en plus, elle a sûrement besoin d’aide, je ne me pose aucune question, je fonce ! Et voilà comment, après quelques échanges de messages WeChat et autres conseils de sorties pour les W-E, nous nous retrouvons, Françoise et moi, sur la terrasse d’un charmant petit resto de l’Ancienne Concession Française. Le contact passe bien tout de suite, nous nous reverrons c’est certain !

PARTIS JUSTE À TEMPS…

Auparavant expatriés à Manille donc, Françoise, Nicolas et leurs deux enfants Tom et Mila, ont emménagé à Wuhan fin août 2019. A priori, même avant le COVID, Wuhan n’était pas la destination dont tout le monde rêvait (mais qui connait vraiment quelque chose de Wuhan avant d’y être allé ?…). Cependant, l’expérience est tentante professionnellement – Nicolas travaille dans LE grand groupe d’équipements sportifs tant apprécié des Français -, et le couple est plutôt du genre à aimer les challenges et la nouveauté.

Wuhan sur les rives du Changjiang

Comme de nombreux résidents de Chine, ils projettent de partir en vacances à l’occasion du Nouvel An Chinois fin janvier-début février. Depuis Noël, le bruit de fond d’un mystérieux virus prend de plus en plus d’ampleur en Chine et plus particulièrement à Wuhan. La rumeur enfle, les informations s’en mêlent, et même si elle ne connait personne de malade autour d’elle, Françoise sent que la situation se dégrade rapidement. Elle part le 22 janvier avec ses enfants, dès le début de leurs vacances, à Manille, chez des amis. Et poussée par je-ne-sais-quelle intuition, elle convainc Nicolas de prendre l’avion 24h plus tôt que prévu, le 23, pour les rejoindre. Le jour même, la ville et la région du Hubei sont mises sous cloche, c’est le fameux Wuhan lockdown. Nicolas a donc pris l’un des derniers vols…

DES VACANCES PAS COMME LES AUTRES

Départ en vacances le 22 janvier…

C’est dans cette ambiance un peu particulière que la famille est accueillie chez leurs amis aux Philippines. Ils profitent de ces quelques jours pour revoir d’autres proches, les enfants retrouvent leurs copains, bref, ils respirent un peu, tout en surveillant non sans inquiétude les nouvelles quotidiennes de Chine. Puis, catastrophe, leur fille Mila tombe malade… De la fièvre uniquement, mais assez forte… Ne voulant prendre aucun risque, direction l’hôpital de Manille. Là, quand on leur demande d’où ils viennent, c’est la panique.

Séjour dans un hôpital reculé de Manille…

Ils sont très vite transférés dans un autre hôpital soi-disant « spécialisé en épidémiologie ». Il s’agit en fait d’un dispensaire pourri voire insalubre. Ils sont parqués dans une même chambre, les draps sont sales et un cafard sort du robinet quand on l’ouvre ! Nicolas et Françoise font alors appel à SOS International pour expliquer leur situation et après une nuit, ils sont de nouveau transférés, dans un hôpital international digne de ce nom cette fois et bien plus sûr. Pendant ce temps, Mila est testée au COVID-19 et soignée pour sa fièvre. Les résultats tombent, ouf, elle n’est pas positive et a sans doute attrapé un bon coup de froid dans la piscine des copains. Avec un certificat de non-contamination à l’appui, la famille retourne, soulagée, chez leurs amis, qui les ont toujours accueillis à bras ouverts (ce qui ne fut pas le cas de tous parmi la communauté de connaissances expat’  de Manille après cet épisode…). Puis les vacances se poursuivent sur une île philippine, avec toujours cette angoisse qui monte, sur cette épidémie qui répand son ombre meurtrière sur la région de Wuhan…

LE DÉBUT D’UN EXIL DE PLUS DE TROIS MOIS

L’école américaine des enfants annonce assez rapidement la fermeture de ses portes et la mise en place de l’enseignement à distance dès la rentrée le 3 février. Pour combien de temps, nul ne le sait… Françoise et Nicolas ne savent pas trop que faire, ils ne peuvent pas rentrer chez eux en Chine, toutes les entreprises ferment une à une. Ils prolongent donc leurs vacances aux Philippines d’une semaine, « y a pire comme endroit pour patienter ! », tout en pressentant qu’ils ne sont pas près de revenir dans leur maison…

La Bretagne sous un ciel mouvementé

Une fois ces deux semaines écoulées hors de Chine (qui correspondent à la fameuse quatorzaine sanitaire, malin ça !), ils s’envolent vers la France le 7 février (en shorts et tongs !), n’ayant de toute façon nulle part ailleurs où aller. Alors que rien ne les y oblige en France, ils s’imposent par sécurité une autre période de quinze jours de semi-confinement, se limitant à un périmètre restreint avec la famille, avant de retrouver proches et amis en Bretagne, leur région d’origine. Nous sommes alors le 26 février.

BACK TO CHINA !

Mais Nicolas a maintenant besoin de revenir dans le même fuseau horaire que celui de la Chine, car le travail à distance depuis la France est compliqué. Il repart donc sur Manille dans un premier temps, puis à Shanghai, où sa société a des bureaux assez importants. Françoise, Tom et Mila le rejoignent très vite le 10 mars, pressentant qu’une forte dégradation s’annonce en France, et surtout que la politique des frontières va se durcir de plus en plus… Encore une bonne intuition ! A Shanghai, ils se louent un appartement, et se remettent, par choix personnel, en confinement pendant deux semaines, pour être sûrs de ne contaminer personne. A cette époque, la Chine n’avait pas encore mis en place de tests ni de quarantaines systématiques à l’arrivée aux aéroports.

WELCOME TO SHANGHAI !

Françoise, Mila, Tom et Nicolas à Shanghai

Entre travail et e-learning, la famille découvre donc la Perle de l’Orient, en mode touriste ! Et c’est à cette période que nos routes se croisent ! Un déjeuner, un diner, puis un autre, la découverte de connaissances et d’amis communs… Nous sortons nous-mêmes encore engourdis de cet hiver semi-confiné où tout était fermé, avec le plaisir de cette nouvelle rencontre. Je partage mes bons plans, je joue les guides touristiques (un peu), culturels (forcément), et sous la pression de Françoise, je pousse même les portes du fameux marché de Lujiabang, spécialisé en confection de costumes, robes et autres blousons en cuir sur-mesure… Pour ceux qui connaissent mon aversion pour le shopping, c’est un exploit ! Quel bonheur de jouer à l’experte en friperie l’espace de quelques jours !!!

L’APPEL DE WUHAN

Si le temps semble suspendu par moments, là il est passé très/trop vite ! Car Françoise et sa famille parlent bientôt d’un retour imminent sur Wuhan. La ville se rouvre peu à peu depuis le 8 avril, les entreprises se remettent doucement en activité, Nicolas veut retrouver ses équipes, et le reste de la famille a envie de rentrer à la maison, même si on ne parle pas du tout de reprise de l’école… Les démarches administratives ne sont pas simples. Il leur faut faire un test COVID-19 à deux reprises, et cela n’est pas une partie de plaisir ce prélèvement nasal et guttural, surtout quand l’infirmière a une délicatesse de boucher-charcutier…  Divers formulaires sont exigés et on leur annonce qu’ils auront une quarantaine obligatoire à faire, mais à leur domicile, ouf ! Une fois les derniers souvenirs de Shanghai emballés (il a quand même fallu acheter une valise supplémentaire !), ils prennent le train le 8 mai, avec la sensation très étrange de ne pas savoir du tout ce qui les attend dans leur ville d’adoption…

Un accueil rassurant

A l’arrivée, une fois les formalités administratives passées (pas si longues que cela), ils sont attendus avec chaleur (à bonne distance quand même) par le management de leur résidence : vous vous rendez compte, des étrangers qui reviennent à Wuhan, ils sont forcément exceptionnels !

ET DEMAIN ?…

La vue de leur maison à leur retour (un peu pollué ce jour-ci…)

Depuis, chacun reprend ses marques. Tom a fêté son anniversaire (mais sans copains), Mila a retrouvé sa chambre avec bonheur, bref cela fait du bien à chacun de se poser à la maison, quittée le 22 janvier, soit exactement 107 jours (au lieu des 10 initialement prévus !), après un simple départ en vacances d’hiver. Les quelques amis sur Wuhan sont tous absents, une seule famille était restée pendant le lockdown et les autres n’ont pas pu revenir sur le territoire chinois avant la fermeture des frontières le 28 mars dernier. Reviendront-ils d’ailleurs… L’’incertitude est de mise quant aux prochains mois, mais Françoise et Nicolas ont pour habitude d’aller jusqu’au bout de leurs aventures, et de donner toutes ses chances à chacune de leurs tranches de vie. C’est donc avec positivisme et courage qu’ils envisagent la poursuite de leur expérience en Chine, et prévoient déjà de revenir à Shanghai, rendre visite à tous ceux qu’ils ont rencontrés pendant cette parenthèse improvisée. Nous les attendons avec impatience !

Et pour ceux qui ont manqué ou qui veulent relire mon premier article sur Wuhan, rendez-vous ici.

Jia You* !

*Soyez fort / Courage / Tenez bon / Yes we can !

Merci à Françoise pour toutes ces belles photos !

BACK TO SCHOOL !

Le campus de Qingpu (CP : Lycée Français de Shanghai)

Cette semaine, le Lycée Français de Shanghai a expérimenté sa première rentrée « en vrai » de l’ère covidienne !

Rappelons qu’ici, le dernier jour de classe en présentiel était le 23 janvier, soit il y a plus de 3 mois… Entre le 5 et le 6 mai, les élèves de Terminale, Première, Troisième et Quatrième ont donc retrouvé le chemin de l’école. D’autres niveaux suivront le 18 mai, jusqu’au CM1. Pas de dates pour les plus jeunes. Ce qui est certain, c’est que cela n’est plus comme avant…

NOUVEAUX AUTOMATISMES À ACQUÉRIR

Une fois le feu vert donné par les autorités locales après inspection, le personnel du lycée a dû mettre en place toute une batterie de nouvelles procédures obligatoires. En voici quelques extraits qui font maintenant partie du quotidien.

Tous les matins, à la maison, nous devons remplir un petit formulaire indiquant la température de l’élève, attestant qu’il n’a pas de symptômes et que son QR code est bien vert. Départ de la maison avec masque obligatoire, du gel hydro-alcoolique, et ce fameux sésame en main pour pouvoir monter dans le bus.

Mon amie professeur de mathématiques au LFS dans le bus… (CP : TM)
Les barrières à l’entrée (CP : TM)

A l’arrivée à l’école, barrières de contrôle des flux (un peu comme chez Disney finalement !) et caméra thermique sont les nouveaux accessoires déco de l’entrée… Les élèves déposent leur formulaire, et leur température est enregistrée informatiquement. Ils doivent ensuite, sans attendre les copains, se diriger dans les classes. Les tables y sont espacées en mode examen (ils ont la chance d’être moins nombreux qu’en France), et le port du masque est obligatoire pour TOUS, durant TOUTE la journée… La clim’ ne peut pas encore être remise en marche, et les températures bien humides grimpant rapidement en ce moment, cela risque de devenir compliqué…

Passage devant la caméra thermique obligatoire (CP : Lycée Français de Shanghai)
(CP : Lycée Français de Shanghai)

Fort heureusement, nos élèves ne sont pas obligés de porter ces couvre-chefs plutôt originaux, vus dans la presse chinoise, pour favoriser le maintien de la distanciation sociale. Mais cela reste une idée ludique d’activité manuelle pour les plus petits ! Sachez que l’origine de ces drôles de chapeaux remontent au Moyen-Âge, pour éviter les conspirations ! (source : That’s Shanghai). La mode est bel et bien cyclique, même en temps de crise…

(Image via @China Daily/Twitter)
L’empereur Shenzong, dynastie Song. Image via Wikimedia Commons

NO KISSING, NO HUGGING !

(CP : TM)

A l’heure de la sacro-sainte heure de cantine, c’est, comment dire, légèrement différent… Troisième contrôle des températures, et hop on jette son masque du matin pour le remplacer par le masque neuf fourni par l’école. Des parois de séparation en plexiglas ont été installées sur les tables, et chacun dispose d’un créneau horaire de 30 mn maximum pour déjeuner. Le choix exceptionnel de plats et menus (salad bar, chinese bar, paninis, pizzas etc.) – qui faisait la réputation gastronomique régionale du lycée de Shanghai au guide Michelin des restaurants scolaires – est à présent limité à quelques plats imposés.

Les 30 minutes restantes restent un moment libre où les élèves peuvent se retrouver en petits groupes, s’aérer la tête dehors, mais bien sûr en gardant le masque et un minimum de distance. Comme il est précisé dans la présentation très complète des consignes : No kissing, no hugging ! (pas de bisous, pas de câlins !). On comprend pourquoi les canapés du CDI ont été retirés et le foyer des lycéens fermé… De même, les travaux de groupe vont sans doute être repoussés à plus tard.

Les consignes de lavage de mains (CP : TM)

UN SEUL ÊTRE VOUS MANQUE…

Certains élèves et professeurs manquent à l’appel, restés en France ou ailleurs, lors de la fermeture des frontières chinoises à tous les étrangers le 28 mars dernier. Pour ceux-ci, tout a été prévu. Poursuite de l’enseignement à distance pour les élèves (et oui les professeurs qui ont repris les cours doivent AUSSI continuer à assurer du e-learning, RES-PECT !). Et cours en visio-conférence pour les enseignants loin de Shanghai (on n’a pas fini d’entendre parler de ZOOM, cf mon article précèdent ici…), ou remplacement par des collègues si nécessaire. Les amis, on pense bien à vous tous !

(CP : Lycée Français de Shanghai)

ON CROISE LES DOIGTS…

Comme vous le voyez, cette organisation titanesque est assez incroyable, et je ne peux que saluer et remercier toutes les équipes impliquées au lycée ! Même si l’ambiance est un peu particulière en ces premiers jours de reprise, je reste persuadée que c’est important, pour tous ceux qui le peuvent, de retrouver le chemin de l’école – puisque la situation sanitaire le permet ici à Shanghai. Pour reprendre ses marques, pour retrouver quelques repères, pour finir l’année. C’est sûr, le réveil de 6h30 le matin, les longs trajets en bus, les cours de 8h à 18h ou 18h30, les activités sportives annulées et ce masque toute la journée, « ça me déprime ! » dit-on chez nous… Mais le e-learning n’est pas la vocation de nos lycées, donc voyons cela comme une chance !

A présent, nous croisons les doigts pour qu’il n’y ait pas de cas de COVID-19 qui se déclare à l’école, et nous attendons avec fébrilité « le-début-d’une-hypothèse-de-date-potentielle », pour la réouverture des frontières chinoises. Après un hiver bien particulier, l’été 2020 s’annonce ici tout aussi différent qu’à l’habitude !

Jia You* !

*Soyez fort / Courage / Tenez bon / Yes we can !

Petit schéma récapitulatif des procédures d’entrée… (CP : Lycée Français de Shanghai)

Et pour conclure en toute légèreté…

TROIS P’TITS TOURS ET LE REVOILÀ !

Je vous avais déjà parlé de Nicolas, alias Nicoco, ce « champion des quarantaines » (Quarantaine, le début de la fin), qui avait enfin pu rejoindre son domicile shanghaien après moult péripéties. Magicien pendant ses heures libres, Nicolas est parti en mission à Kunming, recruté par un grand parc de loisirs, le Colorful Yunnan Paradise, tout un programme ! Il envoûte les spectateurs avec ses numéros de magie, lors d’un show proposé plusieurs fois par jour et pendant un mois non-stop ! Go, go, go Nico !

(CP : NL)

ZOOM !

Génotype de Jackson Pollock par Darell.P.Hanniah

Allo, Gaëlle ? Tu m’entends ? Attends je monte le volume.

Amélie demande le code d’accès, vous l’avez ?

Et Hélène est dans la salle d’attente !

Cédric, on ne t’entend pas, mets le son !

Sophie, on ne voit que tes cheveux….

Bon, parlez pas tous en même temps, on ne s’entend plus !

Hé dis donc Stéphane, t’as oublié de t’habiller ou quoi ?

Guillaume, on dirait que t’es fâché avec ton rasoir !

Édouard, pas mal ta nouvelle coupe de cheveux faite maison !

Xavier, coupe ta vidéo quan