EN DIRECT DE SINGAPOUR

Singapour, la ville-jardin…

Puisque depuis la Chine, nous ne pouvons à ce jour toujours pas sortir du pays pour rentrer voir nos proches en France cet été, continuons notre petit voyage virtuel. Après New-York et Tokyo, faisons donc escale cette semaine à Singapour ! Mon amie Alexia (rencontrée à Tokyo) est ce que l’on pourrait appeler une experte de l’expatriation, et Singapour, elle connait bien ! Elle a aussi vécu la catastrophe de Fukushima au Japon, donc du recul, elle en a… C’est parti pour « Vis ma vie covidienne à Singap’ » !

MÊME MADAME IRMA N’AURAIT PAS SU…

La République de Singapour est une cité-état située au sud de la Malaisie. Elle est composée de 65 îles et compte environ 6 millions d’habitants pour 700 km2. La ville de Singapour est majoritairement habitée par des Chinois (à plus de 70%), et sa densité de population est très importante (plus de 7.000 hab./km2, une des plus élevées en Asie). Son climat est équatorial, bien chaud et humide 12 mois/an, mais l’air conditionné règne en maître partout. Propreté digne de la Suisse, lois de comportement social très strictes, sécurité maximale, économie prospère, c’est aussi un pays où les inégalités sont importantes et se creusent au fil du temps. Rappelons par ailleurs que le pays a connu l’épidémie du SRAS en 2003. Impossible donc de prévoir comment le virus COVID-19 allait évoluer et être géré à Singapour…

MacRichie Reservoir

LE CALME AVANT LA TEMPETE

Une prise de conscience assez tardive

« Ici à Singapour, nous avons entendu parler du virus en tout début d’année 2020, un peu avant Chinese New Year*. Aucune mesure particulière n’a été imposée à ce stade. Le port du masque n’était d’ailleurs recommandé qu’en cas de rhume, toux ou état fébrile. Il était alors impensable d’imaginer le confinement. Et nous pensions surtout qu’en quelques semaines le virus serait enraillé ! ».

(* Le Nouvel An Chinois a eu lieu cette année du 24 au 30 janvier 2020)

Et tout à coup, c’est le choc !

« Nous avons personnellement compris l’importance de l’épidémie début mars lors de nos vacances au Japon. Nous avons rencontré des Anglais vivant à Hong-Kong, et qui étaient bloqués sur l’archipel nippon. Les frontières de Hong-Kong étant fermées, impossible de rentrer chez eux. Nous avons alors réellement pris conscience de ce qui se passait dans le monde et nous avons surtout découvert les réactions des pays déjà massivement contaminés, bien avant Singapour. »

Un respect des consignes immédiat

Le Merlion vidé de ses touristes

« Les autorités singapouriennes ont annoncé le premier cas le 23 janvier. Le 7 février, le niveau d’alerte a été relevé du niveau jaune au niveau orange (3ème niveau sur 4) impliquant des mesures de précautions et contrôles plus stricts dans les hôpitaux, les écoles et les lieux de travail notamment. Nous étions partagés entre le sentiment de sécurité, qui a toujours été la grande force du pays, et celui de crainte avec le nombre de cas dans le monde qui ne faisait que grandir. Nous savions que Singapour ne serait pas épargné. Nous sommes entrés en confinement le mercredi 8 avril.  Les Singapouriens, ainsi que toutes les nationalités vivant sur l’archipel, ont écouté les vives recommandations du premier ministre Mr Lee Hsien Loong. Les habitants, très résilients et respectueux de leur pays, sont restés chez eux, sauf pour faire un peu d’exercice et aller au supermarché. Le confinement a été suivi à la lettre, comme en témoigne le vide des lieux très touristiques, toujours envahis de monde en temps normal, c’est le cas du Merlion par exemple. »

Les rues vides de Singapour

CONFINEMENT A LA SINGAPOURIENNE

Réorganisation familiale nécessaire

« Le gouvernement singapourien nous a demandé d’éviter toute sorte de socialisation, entre amis ou avec toutes autres personnes extérieures à notre foyer. Nous ne pensions alors pas rester tous les six, mon mari Olivier et nos trois enfants, Aldric, Auguste et Joséphine, ainsi que Gina, avec nous depuis cinq ans, confinés dans notre maison pour au moins 10 semaines…

La veille du confinement, le mardi 7 avril, nous avons réorganisé la maison afin que chacun puisse avoir son propre « espace bureau » et ainsi de bonnes conditions pour démarrer l’enseignement à distance avec le lycée français, via Zoom. Olivier était déjà en télétravail depuis plusieurs jours, le gouvernement l’avait déjà largement suggéré à toute personne exerçant des activités « non essentielles » à la survie du pays. Quant à moi, j’avais deux RV Zoom par jour avec mes élèves de Petite et Moyenne Sections, ainsi que des vidéos à préparer pour alimenter la plateforme de support destinée aux parents pour suivre les activités du jour de leur enfant. »

Un début de confinement sportif…

Joséphine à vélo et en masque !

« Les premiers jours, dans notre entourage, chaque foyer était centré sur sa propre organisation interne, nous n’éprouvions pas encore de « manque » et personnellement nous avons peu communiqué avec nos amis. A la maison, la charge de travail quotidienne pour les enfants était assez intense, chacun était bien occupé. En revanche, nous nous retrouvions tous les midis pour le déjeuner, même si parfois les plages horaires étaient courtes. Les fins de journée étaient l’occasion de faire du sport ensemble. Nous avons découvert la marche notamment à la Bukit Timah Nature Reserve ou au MacRitchie Reservoir. Les sorties en vélo, de route ou VTT, ont été une très belle expérience également, dans notre quartier comme dans de superbes endroits de l’ile méconnus pour nous jusqu’alors. »

Le moral est au fond de la gamelle…

« Puis, la routine s’installant, nous avons alors pris le temps pour échanger et organiser des Zooms apéro/café avec les copains des quatre coins du monde et nos familles, de manière plus récurrente.  Nos repas à cinq étaient aussi l’occasion de s’écouter, d’échanger, de prendre le temps (enfin ?). Nous choisissions nos menus tous ensemble de manière réfléchie, nous nous inventions le chef d’un jour pour sublimer nos assiettes. Cela a été pour nous l’un des temps forts de cette malheureuse situation. Je pense également aux 18 ans de notre ainé, ce fut un autre moment important pour notre famille. Nous voulions marquer le jour J à défaut de pouvoir le fêter entre amis. Cette fin d’année scolaire 2019-2020 a été rude pour tous les bacheliers, pas de bac, pas de graduation, certains bons plans festifs annulés… Je suis triste pour tous ces jeunes si résilients ! C’est ça, mon coup dur du confinement ! »

LE BOUT DU TUNNEL ?

Un déconfinement sous très haute surveillance…

Esprit nationaliste

« La phase 2 de sortie du confinement (appelé Circuit Breaker ici) a débuté le 19 juin dernier et voit la reprise quasi totale des activités économiques. Mais elle reste toujours soumise à des règles strictes comme celles de distanciation, ou encore comme le scan obligatoire de QR code (comme en Chine !) pour chaque entrée dans un lieu public. Les écoles accueilleront tous les niveaux à compter du 29 juin, d’autres activités que celles reprises en phase 1 peuvent à nouveau redémarrer. En revanche, les grands événements, les bibliothèques, cinémas, bars, boites de nuit, parcs d’attractions restent fermés. Le port du masque reste obligatoire, les rassemblements à l’extérieur sont autorisés mais limités à cinq personnes, et chaque foyer ne peut recevoir que cinq personnes à la fois ! Ces mesures sont très contrôlées, voire dénoncées et assorties de sanctions pénales telles que 10.000SG$ (soit environ 6.300 euros) d’amende et six mois d’emprisonnement, voire une annulation du permis de travail. »

Apprendre à vivre avec le virus

« La vie reprend donc doucement, ce qui était nécessaire pour le bon moral de tous. Côté sanitaire, la moyenne des nouveaux cas quotidiens dans la communauté est passée de 9 à 7, puis à 4, sur les trois dernières semaines. La situation dans la communauté des travailleurs émigrés est en nette amélioration avec moins de 200 nouveaux cas en moyenne recensés par jour. Le gouvernement continue à tester toute la communauté, avec environ 10.000 tests par jour. Le pays ne prendra pas le risque d’une deuxième vague, nous devons donc apprendre à vivre avec ce virus. Ce que je n’espère pas ! »

(Info COVID : au 28/06/2020, Singapour a déclaré 37.508 cas dont 5.925 encore actifs et 26 morts. Source :  https://www.gov.sg/features/covid-19)

Vers une réouverture des frontières ?

« Nous ne sommes qu’en phase 2. Les frontières rouvrent petit à petit, mais pas pour tout le monde ni pour tout type de voyage… Les visiteurs en court séjour (tourisme ou voyage d’affaires) restent interdits d’entrée à Singapour. Depuis le 18 juin, toute personne autorisée par le gouvernement singapourien à entrer sur le territoire (les résidents jusqu’alors bloqués à l’extérieur par exemple) doit subir un test de dépistage, à ses frais, au cours de sa quarantaine (Stay-home notice) dans un hôtel ou lieu spécifique dont la liste est établie par le gouvernement.

Notre été sera singapourien je pense, pas de traditionnel retour en France en juillet-août pour retrouver nos familles et nos amis.  Secrètement, nous espérons encore une fenêtre pour « changer d’air » dans la zone Asie du sud-est… »

LE MOT DE LA FIN

« C’est loin d’être fini ! »

Marina Bay Sands by night

Un immense merci Alexia pour ce précieux témoignage et ces magnifiques photos pleines de couleurs ! Crédit photos : Alexia Malpel. Ces propos datant du 28 juin 2020, toutes ces mesures sont sujettes à des changements du jour au lendemain.

Au fil de ces partages d’expériences dans différents pays, je crois que nous réalisons chacun à quel point la nature humaine est spontanément « autocentrée ». Par habitude, nous regardons essentiellement ce qu’il se passe dans le pays où nous vivons, qu’il soit petit ou grand, de notre culture ou pas. Et puis un jour, les fenêtres s’ouvrent sur le reste du monde ! Un des plus beaux enseignements de cette pandémie selon moi est que nous avons tout à gagner si nous essayons d’observer et de respecter les réactions de chacun, individus et pays. Une sacrée leçon d’humilité, mais pas toujours facile. Un apprentissage quotidien, à poursuivre toute sa vie…

EN DIRECT DE TOKYO

Le mont Fuji-san (Crédit Emma L.)

Après New-York la semaine dernière avec Carine et Tina, je vous embarque aujourd’hui pour Tokyo ! Emma, arrivée au Japon courant 2012, nous raconte comment elle a vécu cette entrée dans l’ère COVID-19. Ou comment faire cohabiter nuances et subtilités nippones avec urgence sanitaire…

LE CHOC DIAMOND PRINCESS

Emma et sa famille ont tout d’abord entendu parler de ce virus en France après les fêtes de fin d’année, puis au Japon à partir de février/mars. « Pour nous à Tokyo, le virus COVID-19 était bien loin de nos préoccupations, et au début uniquement circonscrit à la Chine. Nous ne nous sentions pas particulièrement concernés par le sujet. 

Et pourtant, le virus était potentiellement déjà bien là…

Tokyo, 37 millions d’habitants (Crédit : Emma L.)
  • Le 4 février 2020, le bateau de croisière Diamond Princess est maintenu en quarantaine à quai à Yokohama (port de Tokyo) pendant plus de deux semaines, avec 3711 personnes à bord, dont 2600 passagers confinés dans leurs cabines 24h/24. Il y aura 630 personnes contaminées.
  • Nouvel An Chinois oblige, et malgré l’interdiction des voyages organisés par les autorités chinoises pour ses ressortissants, plus de 2 millions de Chinois débarquent sur l’archipel japonais pour les festivités à la fin du mois de janvier 2020. Ils proviennent de toutes les provinces chinoises, dont la région de Wuhan…
  • La préfecture d’Hokkaido, dans le nord du Japon, a été la première à être touchée de façon significative par le virus fin février. Ce qui a poussé son gouverneur à déclarer l’état d’urgence finalement très tôt : la gestion de crise a été exemplaire et a permis de maitriser très vite la situation.

ENTRE ECHEANCE OLYMPIQUE ET CERISIERS EN FLEURS

Nous avons pris conscience de l’importance de ce virus dès que la France, l’Italie et l’Espagne ont enregistré des situations alarmantes. Et bien sûr, au moment où les USA ont été massivement impactés.

Au Japon, les choses ont mis beaucoup de temps à se mettre en place…

Tout d’abord, personne ne comprenait pourquoi les autorités ne prenaient aucune mesure en février et mars. A l’époque, le gouvernement japonais et la gouverneure de Tokyo (Mme Koike) étaient focalisés sur le sujet brûlant des Jeux Olympiques d’été Tokyo 2020. Ils essayaient autant que possible de maintenir ces JO, et par conséquent, d’être le plus rassurants possible sur l’état sanitaire du pays. Résultat, très peu de communications sur le sujet COVID-19 à cette époque, et une campagne de dépistage très mesurée et encadrée : il fallait deux avis médicaux et présenter de lourds symptômes pour pouvoir être testé et se faire dépister !

Les sakuras en fleurs (Crédit : Emma L.)

Mais dès lors que le Comité Olympique a confirmé le report des JO sur 2021, Mme Koike et Mr Abe (le premier ministre japonais) ont demandé dans un premier temps aux Tokyoïtes d’éviter les rassemblements au maximum, et surtout de ne pas sortir dans les parcs pour Hanami. Hanami, c’est la fête des sakuras, ces fameux cerisiers en fleurs, une tradition très symbolique au Japon où tous les habitants vont pique-niquer sous les arbres pour fêter le printemps. Cette consigne n’a pas été vraiment respectée…

…les parcs de la capitale japonaise étaient bondés pour suivre cette tradition.

A cette époque, nous avons commencé à voir revenir des Français, qui étaient soumis à une « quatorzaine volontaire ».  Celle-ci n’a pas toujours été suivie, et le niveau de prise de conscience de la gravité de la situation dans la communauté expatriée restait plutôt très faible. A titre personnel, nous nous sommes mis en confinement total à partir du 27 mars. Nous étions préoccupés par la rapidité de la diffusion du virus. Nous voulions aussi respecter scrupuleusement les consignes du gouvernement, et étions aussi très sensibilisés sur le sujet, ayant eu des proches lourdement touchés par le COVID-19 en France.

LE LENT CONFINEMENT À LA JAPONAISE

La constitution du Japon ne permet pas d’interdire. Les autorités « recommandent » selon trois niveaux définis (le 3ème niveau étant proche de l’obligation…). Ici, les consignes strictes ont été longues à se mettre en place. Il y a eu une grande période de confusion, chacun étant laissé seul dans l’interprétation de ce qu’il convenait de faire et dans l’exercice de son propre libre arbitre.

La barrière de la langue et la force des non-dits bien connus dans la culture japonaise ne facilitaient bien sûr pas les choses pour nous, les expatriés français. Certains allaient travailler, d’autres étaient déjà en télétravail depuis plusieurs semaines. Les métros, parcs et restaurants restaient ouverts. Les écoles étaient fermées, mais les garderies ouvertes ! Il était recommandé de porter systématiquement un masque, mais la pénurie de masques dans les commerces s’est vite faite ressentir. Et les annonces tardaient à venir. Bref, beaucoup d’incohérence et de flou, entre ceux qui n’avaient pas pris la mesure de la gravité et les autres qui étaient très inquiets. Ne parlant pas bien la langue, nous n’avions pas accès aux informations locales, seulement par bribes et de façon sporadique…

…Nous nous sentions encore plus gaijin (étranger) dans notre pays.

Les magasins de Tokyo équipés de bâches de protection (Crédit : Emma L.)

Le 7 avril, les autorités japonaises publient (enfin) la déclaration d’état d’urgence nationale. L’arsenal de mesures prises était toujours très peu contraignant, mais avait surtout une portée symbolique : c’était le message clair et attendu pour sensibiliser toute la population à la gravité de la situation, et la mobiliser dans la maitrise du développement du virus. Les restaurants ne pouvaient plus ouvrir que jusqu’à 19h00. Les bars et les night clubs ne pouvaient plus recevoir de clients. Les rassemblements n’étaient plus autorisés. Tous les magasins se sont équipés de bâches plastiques de protection, de distributeurs de gel hydro-alcoolique et la prise de température à l’entrée s’est systématisée. Dans les restaurants et hôtels aussi.

Le Japon était enfin mobilisé.

Les Japonais ont alors totalement respecté les consignes. Aujourd’hui, 95 % des gens portent le masque. A ma grande déception, ce sont les gayjins qui restent souvent les moins disciplinés, ce que je déplore car les Japonais n’aimant déjà pas beaucoup les étrangers, cette attitude creuse le fossé entre les deux populations. Nous avions tout de même toujours le droit de sortir, de se recevoir. Il y avait ce sentiment de liberté que d’autres pays n’avaient pas. Mais qui pouvait parfois créer quelques tensions quand certains restaient cloitrés chez eux, alors que d’autres continuaient à se recevoir…

La foule masquée (Crédit : Emma L.)

SITUATION ECONOMIQUE TENDUE

Jean-Côme, mon mari, avait très rapidement démarré le télétravail et l’alternance des équipes au bureau un jour sur deux. Dès que la gouverneure a suggéré le télétravail, toute sa société s’y est mise. Ce qui n’était pas forcément évident car le Japon travaille encore énormément sur support papier, la mise en place rapide du digital a été très déroutante pour certains. D’autre part, les Japonais vivant pour la plupart dans de tout petits appartements, parfois avec parents, grands-parents et enfants, se concentrer et faire des Zoom dans de bonnes conditions était difficile. Le mode de confinement souple lui a permis de maintenir une activité minimum, mais évidemment la situation économique est tendue pour de très nombreux secteurs.

Et pour moi également… J’ai créé il y a peu mon entreprise, EVENTS & ART, et à présent tous les événements sont gelés. Sur cette partie, je pense que nous allons devoir ré-imaginer un moyen de fédérer et de surprendre, et comment rassembler tout en rassurant. Sur la partie « art », je constate agréablement que mes collectionneurs ont toujours l’envie d’acquérir des œuvres. Et nous sentons que les envies de consommation sont différentes et peut-être moins superficielles, une bonne nouvelle !

www.eventsandart.com, Instagram : @eventsandart_official.

OUT OF THE BOX ET…HEUREUX…

Emma, Jean-Côme et leurs deux filles (Crédit : Emma L.)

Côté personnel, nous avons beaucoup profité de ce recentrage avec notre propre famille (couple, enfants), mais aussi nos amis, nos familles à distance que nous n’avions pas toujours le temps de joindre « en tant normal ». Beaucoup de partage, d’écoute, d’échanges. Nous avons appris de nouvelles choses (cuisine, jeux, jardinage…). Nous avons été plus disponibles. Nos deux filles Ève et Élisa, âgées de 10 et 15 ans, ont eu une remarquable intelligence de la situation et se sont parfaitement adaptées aux nouvelles règles et contraintes. Le fait d’être totalement confinés, nous a donné un sentiment de protection. Bien sûr, il y a eu des jours de d’inquiétude, de solitude, d’agacement, de fatigue, de manque de champagne entre amis ! Mais la majeure partie du temps, nous étions dans le plaisir d’être ensemble. Cette communion nous a permis de traverser cette crise sans trop de heurts. Cela pourrait presque paraître déplacé de dire que nous étions heureux car bien d’être ensemble.

Nous avons cassé les codes, changé nos modes de communication.

Avec nos amis du Japon, c’était moins simple… Nous qui étions dès le début très stricts sur les mesures sanitaires et de confinement, nous étions parfois agacés voire inquiets par le manque de respect des consignes de nos amis et relations locales. Et un jour, nous avons décidé de nous préserver, d’arrêter de regarder chez les autres et de ne pas juger car finalement chacun vit cette crise à sa manière.  Nous avons changé notre état d’esprit et nous nous sommes sentis mieux. Même si nous avons perçu parfois de l’incompréhension de la part des autres, nous savions que nous prenions les bonnes décisions et avons gardé le cap en assumant nos choix. Au total, nous sommes restés confinés 9 semaines !

Déconfinés ! (Crédit : Emma L.)

LE BOUT DU TUNNEL ?

L’évolution au Japon est très compliquée. Il y a eu finalement peu de décès avec 930 morts pour 138 millions d’habitants, soit un peu plus de 1/200 000. Nous ironisons ici en disant que nous avons plus de chances de gagner au Loto que d’attraper le coronavirus au Japon… Cependant, le pays a fermé totalement ses frontières, n’a pas du tout l’intention de les rouvrir avant octobre prochain, date de la décision du Comité Olympique sur le maintien ou non des JO de Tokyo en 2021. Rentrer en France pour l’été est désormais un vieux rêve… Mais, à titre personnel, même si la famille, nos racines et nos amis français vont terriblement nous manquer, nous nous sentons en sécurité sanitaire ici et c’est précieux. De plus le Japon est un pays magnifique et riche en paysages variés, nous allons en profiter pour visiter.

Sur les routes de Nakasendo (Crédit : Emma L.)

LE MOT DE LA FIN

La Tokyo tower (Crédit : Emma L.)

Cette période extrêmement particulière nous a, à titre personnel, fait du bien. Nous étions heureux de cette slow life imposée et de n’avoir à se concentrer sur que sur l’essentiel. Il faut maintenant remonter la pente sur le plan professionnel, en espérant que le monde changera vers le meilleur !.

GAMBATTE ! (Courage !)

Un grand merci à Emma pour son riche témoignage et ses magnifiques photos.

EN DIRECT DE NEW-YORK

Le Réservoir de Central Park (Crédit : Tina R.)

Le fameux small world des expatriés nous donne la chance d’avoir des amis aux quatre coins du monde. On ne se voit pas très souvent certes, mais on se parle au fil du temps, ces derniers mois encore plus, et c’est très précieux ! J’ai pu recueillir les témoignages de Carine et Tina, deux amies de Shanghai, qui ont migré vers New-York en août 2019. Entre COVID-19 et mouvement Black Lives Matter, voici leurs ressentis personnels de ces derniers mois historiques…

CHRONIQUE D’UN VIRUS ANNONCÉ

Manhattan (Crédit : Tina R.)

« Nous avons commencé à entendre parler du virus Covid-19 relativement tôt. Ayant vécu à Shanghai et ayant encore famille et amis sur place, nous avons été alertés dès la fin du mois de janvier. Nous avons tout de suite été relativement inquiets et avons pris conscience de la gravité de la situation, dès lors que le gouvernement chinois a pris les décisions drastiques qui s’imposaient. Néanmoins, et malgré notre inquiétude pour nos proches, nous vivions cela à des milliers de kilomètres, sans se sentir véritablement concernés directement. »

« Ça paraissait très lointain, là-bas en Asie, et d’une certaine façon on se disait « ça va rester un virus asiatique comme le SRAS… ». Et puis, de par notre attachement encore assez fort avec Shanghai, nous avons pu suivre de près les péripéties des copains et le sale tour qu’a très rapidement pris ce virus, alors que nous disposions de peu d’infos dans les médias occidentaux. »

Conscients, inquiets, concernés mais non exposés.

UN VIRUS, 50 AMBIANCES

« Les États-Unis ont réellement pris la mesure de la situation à peu près en même temps qu’en France.  Les rumeurs commençaient à circuler sur l’annulation d’événements rassemblant un certain nombre de personnes. Puis certaines écoles internationales, dont le Lycée Français de NY, ont pris la décision de fermer leurs portes, provisoirement d’abord (le 11 mars pour le LFNY).  Les autres écoles de NY ont suivi le 12, le home office a été instauré dans toutes les entreprises, et les commerces ont baissé leur rideau, sauf ceux dits nécessaires. »

Retail for lease (Crédit : Tina R.)

En l’espace de quelques jours, la ville qui ne dort jamais s’est éteinte.

« Les 50 états du pays n’ont pas pris la mesure de la même façon, certains ont été très touchés (Californie, NY, Washington…), sans doute car plus touristiques, d’autres beaucoup moins. Quand c’est devenu une pandémie, le pays a vraiment réagi. Mi-février alors que le virus battait son plein en Chine, aux US la vie était encore entièrement normale. Début mars, on commençait à entendre de plus en plus parler du virus. Très vite la psychose était lancée et le 13 mars, le pays fermait ses frontières.

Broadway (Crédit : Tina R.)

Pendant que NY était en shut-down complet, la fête battait son plein en Floride (plages, bars, restos ouverts), les springbreakers comptant bien s’éclater coûte que coûte ! Des avions ont continué de déverser chaque jour à Miami des centaines d’étudiants pendant plusieurs semaines, alors même que plusieurs états étaient déjà passés en confinement. Le gouverneur de Floride a résisté très longtemps avant de plier sous la pression. Globalement, le confinement n’a pas été le même que celui imposé par certains pays d’Europe dont la France : les avions ont continué de voler dans le pays, pas besoin d’autorisation écrite pour justifier ses sorties, les parcs publics ou nationaux sont restés presque tous ouverts, pas de limite kilométrique en voiture, etc… Néanmoins, les rues sont devenues totalement désertes et fantomatiques, les gens se sont terrés chez eux, Manhattan s’est littéralement vidé au profit des Hamptons et autres destinations de weekend. »

Le métro de NY (Crédit : Carine B.)

AMBIANCE DE FIN DU MONDE

« Les premières semaines de confinement ont été assez anxiogènes : explosion du nombre de contaminations et du nombre d’hospitalisations (particulièrement à NYC), défaillance du système de santé (morgues improvisées dans des camions réfrigérés en plein Manhattan), pénuries de masques, de gels hydro-alcooliques, de désinfectants ménagers, de papier toilette, de riz, de pâtes etc. ! »

Gel hydro-alcoolique et masque, les deux accessoires indispensables de l’année… (Crédit : à gauche : Caroline V., à droite : Tina R.)

« Côté courses, c’est vite devenu un enfer… beaucoup de ruptures de stock et les délais de livraisons à domicile ont explosé. On s’appelait avec les copines pour se prévenir quand le drugstore du quartier avait reçu une nouvelle livraison, le camion était encore en train de décharger.  Le temps qu’on accoure, c’était déjà trop tard, rupture à nouveau… Et après des années de stockage de médicaments en Asie, à NY, je n’avais même pas une boite de paracétamol sous la main au cas où ! J’ai finalement réussi à en trouver en sachet individuel dans un kiosque à journaux devant la station de métro… En revanche j’avais eu l’excellente idée de conserver nos masques anti-pollution de Chine, ce qui nous a permis de continuer à sortir en sécurité, les masques en tous genres sont restés introuvables comme en France pendant très longtemps. »

« Le plus marquant ? Des rues désertées, un calme totalement inhabituel, des New-Yorkais qui avaient quitté la ville, des boutiques qui fermaient tous les jours, laissant place à des locaux vides avec des panneaux retail for lease/commerce à louer… »

La 5ème Avenue (Crédit : Carine B.)

Bref une ambiance de fin du monde, assez angoissante, dans cette ville habituellement si vivante, bruyante et énergisante.

HOME SWEET HOME

« La situation s’est finalement peu à peu apaisée et nous avons appris à apprivoiser cette nouvelle vie, avec la chance inestimable de pouvoir sortir à notre guise. Le gouverneur de l’état de New York a privilégié les deux mesures phares : distanciation sociale et port du masque. Central Park est devenu notre bouffée d’oxygène quotidienne.

Les cerisiers en fleurs de Central Park déserté (Crédit : Tina R.)

A contrario de l’ambiance du dehors, notre appartement n’a jamais été aussi vivant ! Les filles ont fait preuve d’une résilience incroyable. Déjà très sensibilisées par le sujet à travers ce que vivaient leurs amies et cousins en Chine depuis plusieurs semaines, elles ont, je pense, mieux compris et appréhendé ce qui se passait. Mon homme est lui aussi resté à la maison du matin au soir, mais pourtant on s’est rarement aussi peu vus, car il était en « gestion de crise » durant les premières semaines. Petite période d’ajustement familial nécessaire… Pour les enfants, le home schooling a été mis en place très rapidement et efficacement par le Lycée français de NY. »

« En effet, le lycée qui avait anticipé cette fermeture – car il avait un peu plus de temps pour se préparer que les lycées français d’Asie notamment – a mis en place un enseignement à distance sur Zoom sans faille dès le début. Les emplois du temps sont demeurés les mêmes qu’en présentiel. Avec la famille, une routine très agréable s’est vite installée. Puzzles ou séries TV après les cours, séances de sport sur YouTube, préparation des repas ensemble, jeux de cartes… Le rituel des applaudissements à 19h pour remercier le personnel soignant ponctue encore toutes les soirées. Et les parcs nationaux sont demeurés ouverts, ce qui nous a permis, les weekends, de sortir un peu de la ville. »

CE QUI COMPTE VRAIMENT…

Retrouvailles masquées à Central Park (Crédit : Tina R.)

« Quant aux amis sur place, au début, personne, rien. Puis on a commencé à se retrouver entre copines au square après l’école, 2-3 fois par semaine, avec masques et à 2 mètres de distance, ça faisait du bien de parler à quelqu’un d’extérieur au cocon familial. Pour les hommes en revanche, zéro social pendant très longtemps. En famille, les repas et les longues balades au parc étaient propices aux discussions, même si le virus a beaucoup occupé les sujets pendant un moment, trop même… et puis bien sûr les appels et apéros virtuels avec les amis. Les groupes WeChat familiaux n’ont jamais été aussi actifs qu’à cette période ! »

« Ces longues semaines ont clairement œuvré dans le sens d’un recentrage familial prioritairement, mais également amical. S’inquiéter et prendre des nouvelles plus fréquemment des personnes que l’on aime, avoir et prendre ce temps de vraiment discuter…

…et se rendre compte que c’est cela qui compte vraiment…

LE PLUS DIFFICILE À VIVRE

Le top 3 de ce qui est le plus difficile à vivre chez les uns et chez les autres :

  • « L’éloignement avec la famille et ce sentiment d’impuissance totale s’il devait arriver quelque chose à l’un d’entre nous.
  • Une frustration énorme pour notre première année d’expatriation à NYC : tout ce que nous avions engagé en termes de lien social, ou de découverte de la ville ou du pays a été stoppé net.
  • Le dernier point difficile à vivre est celui que nous vivons actuellement. Comme en Chine, les frontières des États-Unis sont fermées (carte verte et citoyens américains exclus), nous sommes donc privés de retour en France cet été, avec le risque de ne pas pouvoir revenir. »
Cérémonie de graduation via Zoom (Crédit : Tina R.)
  • « Le plus difficile à vivre c’est de ne pas pouvoir se projeter du tout. Tous les projets qui rythmaient le quotidien à court/moyen/long terme ont été stoppés net.
  • Pas évident non plus pour notre ainée qui passait son Bac : plus d’examen certes, mais la graduation des Terminales qui est habituellement une belle fête, a eu lieu sur Zoom…
  • La fermeture des frontières aussi est oppressante. On prie pour qu’il n’arrive rien en France à la famille… Grâce à nos deux enfants qui ont le passeport américain, nous allons pouvoir rentrer en France et revenir aux US, même si le pays ne rouvre pas les frontières. Tous nos amis n’ont pas cette chance… »

LE BON CÔTÉ DES CHOSES…

Coney Island (Crédit : Carine B.) et Park Avenue (Crédit : Tina R.)

  • « Les grandes promenades que nous avons faites en famille dans un NYC déserté et inédit.
  • Voir évoluer les membres de sa famille, que l’on croit connaitre parfaitement, dans des univers auxquels nous n’avons en temps normal pas accès (travail, école) a été pour moi l’occasion de découvrir une autre facette de leur caractère.

J’ai aujourd’hui le sentiment de les connaitre encore mieux et de les aimer encore plus.

  • « Mon homme dirait sans hésiter : plus de voyages d’affaires, d’avion, de décalage horaire !
  • L’entre-aide aussi. Au moment où la pénurie de masques battait de plein fouet ici, nous avons reçu de Chine plusieurs cartons de masques. J’ai pu faire des colis pour toute la famille en France, distribuer aux amis ici et au personnel dans notre immeuble qui n’en avait même pas !
  •  Le calme dans les rues, plus de sirènes… »

VIRUS RACIAL

Manifestations Black lives matter à New-York (Crédits : photos de gauche et de droite : Marta A., photos du centre : Carine B.)

« La très légitime vague de contestation qui a suivi le meurtre de George Floyd n’a évidemment pas épargné NYC. De très nombreuses manifestations ont eu lieu dans les rues de Manhattan, dégénérant souvent en émeutes, pillages. Nos nuits ont été rythmées la première semaine de juin par le ballet incessant des hélicoptères et des sirènes de police et pompiers. Certaines manifestations pacifiques sont passées en bas de chez nous, de très impressionnants flots humains descendant depuis le nord de l’ile ces immenses avenues à la perspective vertigineuse.

Sentiments mêlés entre une envie d’aller manifester et la peur de la violence d’une partie de la population minoritaire certes, mais bien réelle.

De Stay at Home à Safer at Home (Crédit : Caroline V.)

Le problème d’égalité raciale est majeur aux États-Unis. Il est flagrant et palpable dans la vie quotidienne. Il faudra plus que des manifestations (qui néanmoins sont totalement légitimes pour dénoncer et qui apportent tout de même une lueur d’espoir) pour faire évoluer les mentalités… À commencer par un changement de gouvernance dont le mantra ne serait pas « diviser pour mieux régner »!

« Il y aura un avant et un après. Toutes les enseignes et marques communiquent aux US sur Black Lives Matter. Une déferlante. Le mouvement n’est pas près de se calmer avec une année d’élection en vue. Les Démocrates y voient une opportunité en or… »

LE BOUT DU TUNNEL ?

« La situation se détend un peu à Manhattan, suite à la baisse du nombre de contaminés/décès. Manhattan est entré en phase 2 de déconfinement le 8 juin mais les événements autour du meurtre de George Floyd ont refroidi la plupart des commerçants. Pour ceux qui n’avait pas fermé boutique, des échafaudages ont été installés pour échapper à la colère des casseurs. »

Magasins barricadés (Crédit : Tina R.) / La vie reprend peu à peu (Crédit : Carine B.)

Néanmoins la vie reprend doucement, on constate que le trafic humain et automobile augmente progressivement dans les rues…

« Les chiffres à New-York sont nettement meilleurs mais ce n’est pas le cas dans tous les états, qui ont été gérés de manière très différente par chaque gouverneur. Les chiffres des hospitalisations augmentent dans certains états qui ont peut-être rouvert trop tôt… (Texas, Floride, Utah, Arizona notamment). Le temps sera long avant que ce pays sorte de la crise. »

LE MOT DE LA FIN

WHAT A YEAR!!! / REBOOT 2020 / #NYTOUGH

ON SE SOUVIENDRA DE NOTRE PREMIÈRE ANNÉE À NY !

Un immense merci à mes chères amies Carine et Tina pour leurs photos et précieux témoignages, ainsi qu’à Marta et Caroline pour leurs photos.

Hudson River Pier (Crédit : Carine B.)

ENTRE LES LIGNES

Aujourd’hui, faisons fi de tout ce brouhaha sanitaire et géopolitique !  Et ayons l’audace d’envisager le monde sous un angle artistique et poétique… Je vous embarque à la rencontre de deux univers aériens, intemporels et symboliques : IN ILLO TEMPORE (en ce temps-là)…

Photo de couverture : Embrace, par Dai Mouyu, 52 x 138 cm, 2020

LIGNE NOIRE

J’aime la simplicité, l’épuré, le gris, le noir, le blanc… J’aime aussi quand il y a de la chaleur, des vibrations, quand l’imagination est sollicitée, pour lire entre les lignes, prolonger le trait, se raconter une histoire…

De gauche à droite : Free 1, 138 x 34 cm / Free 6, 136 x 34 cm / Wander, 115 x 34 cm / 2020

Du papier de lin brut, de l’encre noir profond, un large pinceau, et Dai Mouyu peint la liberté. Avec une multitude de nuances de gris, noirs, beiges, un trait de pinceau majeur, accompagné de ces éclaboussures, ces imperfections, qui justement tendent vers la beauté, il crée un style calligraphique unique. Il s’arroge le droit de se faire abstrait, ou figuratif selon l’œil qui le regarde. Certains verront des bambous, des roseaux, une algue marine, d’autres distingueront la skyline de Shanghai, ou le signe de l’infini. Le trait noir est affirmé, puissant mais sait aussi se faire léger, comme flottant ou en pointillé. Les lignes se croisent et peuvent déborder du cadre, comme animées d’une énergie, d’une tension, pour finir leur envol en légèreté.

De gauche à droite : Free 3, Free 4, Free 5 / 118 x 34 cm chacun, 2020

De haut en bas : Observe, Encounter, Joy, Teasing, Free 2 (gauche), Wander (droite) / 2020

Dai Mouyu signe là une toute nouvelle série. Après un début de carrière dans la photographie, puis dans la peinture, il a aussi réalisé de nombreux croquis et dessins. Sans être maitre en calligraphie, il ose réinterpréter cet art avec une grande modernité. Bref, j’ai adoré !

De gauche à droite : Teasing (détail), Embrace (détail) / 2020

COCON

De gauche à droite : Cocoon XVI, 120 x 80 cm / The pass of time series, 30 x 25 cm chaque pièce / 2020

Au début était le cocon. C’est notre socle, notre histoire, nos racines. Puis le temps fait son travail, ajoute une couche, en déchire une autre. Les céramiques de Wan Qiong partent d’un canevas, d’une pièce de tissu, d’une chemise même, sur laquelle se mêlent et s’entrelacent matières, fils et autres fibres, parfois en harmonie, parfois totalement éclatées, comme explosées ou brûlées ! Le froid et le chaud, la brillance du vernis et le brut des aspérités…

En bas, de gauche à droite : Cocoon IV, Cocoon XVII, 505 x 50 cm, 2020

Certaines pièces sont intrigantes, fascinantes, mais d’autres m’ont comme un peu angoissée, je dois l’avouer… Il reste que les majestueuses colonnes de bambous, toujours en céramique, sur lesquelles s’enroulent les prémices du maillage d’un cocon de ver à soie, sont assez impressionnantes. Celles-ci furent d’ailleurs le point de départ de cette série Cocoon (茧 Jian) .

Un grand bravo à Anne-Cécile de la galerie ArtCN, qui a provoqué cette belle rencontre entre ces deux artistes et ce joli dialogue entre leurs univers respectifs. Les sobres encadrements en aluminium, l’éclairage recherché et le charme fou de la galerie contribuent à parfaire la mise en scène des oeuvres. On en sort à la fois apaisé et vivifié ! Une exposition à ne pas manquer pour bien démarrer l’été…

Exposition IN ILLO TEMPORE (jusqu’au 5 juillet 2020) : Galerie ArtCN, 876 Jiangsu Road (près de Huashan Road), Shanghai. Du mardi au dimanche, 11h-19h. www.artcn-sh.com, www.artsy.net/artcn, contact@artcn-sh.com

Compte officiel WeChat : ArtCN

TUTOYER LES CIEUX

Crédits photos : Xavier Adventure et Delphine Gourgues

Après la balade shanghaienne de la semaine dernière, je vous embarque un peu plus loin, en Chine, histoire de vous mettre l’eau à la bouche, de faire frétiller vos godillots, de vous donner envie de voir plus grand, plus haut, plus large, bref, d’ôter les oeillères, d’élargir les horizons et de tutoyer les cieux…

QU’EST-CE-QUE TU FAIS POUR LES VACANCES ?…

C’est LA question du moment dans notre entourage à Shanghai… Petit résumé de la situation à l’attention de mes lecteurs (d’ailleurs) qui ne sont pas au fait : depuis le 28 mars dernier, les frontières de l’empire du Milieu sont donc fermées aux étrangers. Ce qui signifie que pour ceux qui réussiraient à s’échapper jusqu’en France ou Europe – sachant qu’il y a très peu de vols et à des tarifs qui eux, justement, se sont envolés -, le retour en Chine à la fin de l’été est impossible…jusqu’à nouvel ordre. Sans aucune visibilité (en jours/semaines/mois…). Et en cas d’ouverture, nul ne sait sous quelles conditions les retours seraient autorisés (selon le pays de provenance, avec certainement quarantaine en hôtel ou à domicile etc.). Nous ne sommes que fin mai, l’espoir fait vivre, mais…

MÉTHODE COUÉ

Puisqu’une des choses qui nous fait à tous le plus cruellement défaut dans ce monde coronaviral est la possibilité de se projeter dans le futur, même proche, nous avons décidé de le faire quand même et d’organiser nos vacances estivales en Chine ! Histoire de quitter quelques temps la chaleur humide et étouffante de Shanghai.

Avec un peu de courage et beaucoup de résilience, et si nous essayions de faire abstraction de la tristesse de ne pas pouvoir voir nos familles, nos parents, nos grands enfants, nos amis de toujours, mais aussi notre Océan Atlantique, nos Alpes, notre Méditerranée, notre Bretagne, notre campagne…- ce lien si important avec nos racines. Et si nous envisagions comme une chance cette opportunité de découvrir quelques-unes de ces nombreuses terres méconnues de Chine… Allez, méthode Coué, pour nous, cet été sera chinois ou ne sera pas !

SICHUAN, NOUS VOILÀ !

Les possibilités sont multiples, même si la météo n’est pas partout clémente en été ici… Envolons-nous donc vers une grande province située à peu près au centre-ouest de la Chine, le Sichuan, ce qui signifie les quatre rivières. Sa capitale est Chengdu, plus connue comme le berceau des pandas. Outre sa production majeure de blé et de riz, cette région est réputée dans le monde entier pour son fameux (et puissant) poivre du Sichuan, qui existe en trois couleurs, noir, vert et rouge. Avec ses multiples grottes, cascades, plaines, lacs et monastères, cette région possède plusieurs sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco.  Et surtout, le très montagneux Sichuan est orné de sommets tutoyant les cieux, jusqu’à 6.000 voire 7.000 mètres, voisins du majestueux Himalaya…

“La route du Sichuan est plus ardue que celle qui monte au ciel” (proverbe chinois – Li Bai)

Voila, le décor est planté ! C’est parti…

Il faut bien avouer que ce pays est magnifique n’est-ce-pas ? Sauter dans ses chaussures de randonnée et découvrir la vallée de Qizanggou, approcher les yacks des plaines de Ruoergai, partir à l’ascension du mont Genyen (6.200 m), s’immerger dans la culture tibétaine, méditer dans le monastère de Lenggu, acclamer les cavaliers du festival équestre de Litang, fondre devant les bébés pandas, tremper ses orteils dans le lac de Changhai ou celui de L’œil de Genyen, partager le folklore de la vie locale, dormir sous la tente… Moi ça me donne des frissons !

Alors, puisqu’on n’a qu’une vie, puisque notre belle planète s’est vertement rappelée à nous ces derniers mois, pourquoi ne pas se lancer pour voir en vrai cette pure beauté ?

A vous les amis qui êtes en Chine comme nous, parmi les divers contacts, options et autres agences de voyage, je me permets de vous suggérer (et sans aucun intérêt publicitaire de ma part:) de vous adresser à Xavier Adventure, qui a créé des programmes spéciaux « été 2020 en Chine ». Ses treks s’adressent aux familles avec enfants à partir de 10 ou 14 ans selon les formules. Pour les familles avec enfants plus jeunes (à partir de 6 ans), d’autres séjours se préparent dans la région du Gangsu et sa mythique route de la soie…

Et pour les (castors) juniors, il existe aussi une formule de Summer Camp basé à Shangri-la (dans le Yunnan nord, aux frontières du Sichuan), co-organisé avec notre ami Constantin de Caravane Liotard. Le plein de nature, de montagne, de vie à la ferme, de nuits sous la tente et de feux de camp, de courses d’orientation…, le rêve quand on a entre 10 et 14 ans !

CONTACTS :

Compte officiel WeChat : Xavier Adventure

Caravane Liotard : http://www.caravane-liotard.com/

BALADE SHANGHAIENNE

Ces derniers temps, le temps semble parfois suspendu, et j’ai l’impression de flotter… Comme une attente qui s’étiiiiiire sans fin annoncée. Mais puisque nous ne sommes pas confinés à Shanghai (et nous ne l’avons jamais vraiment été en mode « occidental »), il faut bien rester en mouvement !

QUESTIONS EN RAFALES

Pas très inspirée par les mots aujourd’hui, trop d’incertitudes se bousculent dans mon crâne. On a beau être au pays de la résilience, elle est rudement mise à l’épreuve ces jours/semaines/mois-ci.

Le sac de noeuds

Quand la Chine va-t-elle rouvrir ses frontières ? Quand les familles séparées depuis des mois se retrouveront-elles (y compris la nôtre…) ? Quand pourrons-nous envisager de nous embrasser, nous prendre dans les bras sereinement, sans arrière-pensée ? Quand l’économie (mais quelle économie d’ailleurs) va-t-elle vraiment repartir, ici en Chine tout d’abord, puis ailleurs ?  Et le fameux monde d’après, une utopie ? Pouvons-nous espérer quelques changements vers du mieux ? Ou bien la mémoire de l’être humain se montrera-t-elle définitivement courte et sa vision « bas du casque » ? Je ne peux m’y résoudre, impossible d’oublier, on apprend tous les jours, cet « épisode » pourrait être LA leçon de notre vie ! Alors, à chacun de nous d’apporter sa goutte d’eau à l’océan de nos désirs profonds… (c’était la minute poésie !).

CLIC-CLAC !

Puisqu’il nous faudra sans doute encore attendre avant de pouvoir inspirer à pleins poumons et s’émerveiller devant l’immensité de la mer, la majesté d’une falaise, l’infini d’une plaine, d’un désert, ou encore la fougue d’un torrent de montagne, je marche… Mon cher père a pour habitude de dire à tout va « Avançons ! ». Sujet de raillerie familiale d’habitude, ce tic de langage résonne autrement en moi à présent…

J’ai la chance d’en avoir le temps, alors je me balade, à la recherche d’un autre émerveillement, dans ce Shanghai du mois de mai, ensoleillé, pas encore trop étouffant ni pluvieux. Je me laisse charmer par un platane tortueux, une grille entrouverte, un piaf qui vocalise, même enfermé dans sa cage, un rayon de soleil qui chatouille le linge qui sèche dans la rue. Et je rentre regonflée à bloc !

Clic-clac, je dégaine et je mitraille. J’aime ces photos souvenirs qui encombrent la mémoire de mon smartphone et de mon ordinateur. Je les regarde souvent, encore et encore, ces photos insolites, ces clichés 100% touriste ébahi, ces petites pépites et ces grandes banalités. Zéro technique, juste la simplicité du plaisir de l’œil. Aujourd’hui c’est cadeau, je vous livre un petit florilège de mes dernières flâneries. Souriez, c’est pour mon album !

Ce billet est dédié à mes amis Karine et Xavier, qui ont chacun perdu un parent tout récemment, sans pouvoir franchir les frontières pour un dernier au-revoir. De tout là-haut, ils savent… Amour et résilience.

La citation du jour / de l’année…
Shooting de rue
Le masque dans la rue, plus obligatoire, mais porté par presque tous….
En suspension… (la tortue est à vendre !)
De l’ordre avant toute chose…
Columbia Circle et sa piscine (décorative)

RETOUR À WUHAN !

Wuhan vue du lac de Macang

La vie parfois vous envoie des signes. Et le plus souvent, de façon inattendue ou lors de périodes délicates. Ce satané virus a beau nous séparer de notre fils (entre autres) pour une durée indéterminée, il m’a offert le bonheur de faire une belle rencontre ! Après le retour à l’école à Shanghai (lire ici Back to school), zoom sur un certain retour à Wuhan…

CHIC, DES NOUVEAUX À SHANGHAI !

Crédit : DG

Fin février/début mars, ma très chère amie Karine, avec qui j’ai notamment partagé notre aventure à Tokyo, m’envoie le message suivant : « Une amie rencontrée à Manille est en transit à Shanghai, elle attend de pouvoir rentrer chez elle, à Wuhan… Elle ne connait pas grand-chose ici, tu pourrais lui donner 2/3 idées de distractions pour ses enfants ? ». Ça alors ! Une nouvelle tête à rencontrer, une histoire pas très simple en plus, elle a sûrement besoin d’aide, je ne me pose aucune question, je fonce ! Et voilà comment, après quelques échanges de messages WeChat et autres conseils de sorties pour les W-E, nous nous retrouvons, Françoise et moi, sur la terrasse d’un charmant petit resto de l’Ancienne Concession Française. Le contact passe bien tout de suite, nous nous reverrons c’est certain !

PARTIS JUSTE À TEMPS…

Auparavant expatriés à Manille donc, Françoise, Nicolas et leurs deux enfants Tom et Mila, ont emménagé à Wuhan fin août 2019. A priori, même avant le COVID, Wuhan n’était pas la destination dont tout le monde rêvait (mais qui connait vraiment quelque chose de Wuhan avant d’y être allé ?…). Cependant, l’expérience est tentante professionnellement – Nicolas travaille dans LE grand groupe d’équipements sportifs tant apprécié des Français -, et le couple est plutôt du genre à aimer les challenges et la nouveauté.

Wuhan sur les rives du Changjiang

Comme de nombreux résidents de Chine, ils projettent de partir en vacances à l’occasion du Nouvel An Chinois fin janvier-début février. Depuis Noël, le bruit de fond d’un mystérieux virus prend de plus en plus d’ampleur en Chine et plus particulièrement à Wuhan. La rumeur enfle, les informations s’en mêlent, et même si elle ne connait personne de malade autour d’elle, Françoise sent que la situation se dégrade rapidement. Elle part le 22 janvier avec ses enfants, dès le début de leurs vacances, à Manille, chez des amis. Et poussée par je-ne-sais-quelle intuition, elle convainc Nicolas de prendre l’avion 24h plus tôt que prévu, le 23, pour les rejoindre. Le jour même, la ville et la région du Hubei sont mises sous cloche, c’est le fameux Wuhan lockdown. Nicolas a donc pris l’un des derniers vols…

DES VACANCES PAS COMME LES AUTRES

Départ en vacances le 22 janvier…

C’est dans cette ambiance un peu particulière que la famille est accueillie chez leurs amis aux Philippines. Ils profitent de ces quelques jours pour revoir d’autres proches, les enfants retrouvent leurs copains, bref, ils respirent un peu, tout en surveillant non sans inquiétude les nouvelles quotidiennes de Chine. Puis, catastrophe, leur fille Mila tombe malade… De la fièvre uniquement, mais assez forte… Ne voulant prendre aucun risque, direction l’hôpital de Manille. Là, quand on leur demande d’où ils viennent, c’est la panique.

Séjour dans un hôpital reculé de Manille…

Ils sont très vite transférés dans un autre hôpital soi-disant « spécialisé en épidémiologie ». Il s’agit en fait d’un dispensaire pourri voire insalubre. Ils sont parqués dans une même chambre, les draps sont sales et un cafard sort du robinet quand on l’ouvre ! Nicolas et Françoise font alors appel à SOS International pour expliquer leur situation et après une nuit, ils sont de nouveau transférés, dans un hôpital international digne de ce nom cette fois et bien plus sûr. Pendant ce temps, Mila est testée au COVID-19 et soignée pour sa fièvre. Les résultats tombent, ouf, elle n’est pas positive et a sans doute attrapé un bon coup de froid dans la piscine des copains. Avec un certificat de non-contamination à l’appui, la famille retourne, soulagée, chez leurs amis, qui les ont toujours accueillis à bras ouverts (ce qui ne fut pas le cas de tous parmi la communauté de connaissances expat’  de Manille après cet épisode…). Puis les vacances se poursuivent sur une île philippine, avec toujours cette angoisse qui monte, sur cette épidémie qui répand son ombre meurtrière sur la région de Wuhan…

LE DÉBUT D’UN EXIL DE PLUS DE TROIS MOIS

L’école américaine des enfants annonce assez rapidement la fermeture de ses portes et la mise en place de l’enseignement à distance dès la rentrée le 3 février. Pour combien de temps, nul ne le sait… Françoise et Nicolas ne savent pas trop que faire, ils ne peuvent pas rentrer chez eux en Chine, toutes les entreprises ferment une à une. Ils prolongent donc leurs vacances aux Philippines d’une semaine, « y a pire comme endroit pour patienter ! », tout en pressentant qu’ils ne sont pas près de revenir dans leur maison…

La Bretagne sous un ciel mouvementé

Une fois ces deux semaines écoulées hors de Chine (qui correspondent à la fameuse quatorzaine sanitaire, malin ça !), ils s’envolent vers la France le 7 février (en shorts et tongs !), n’ayant de toute façon nulle part ailleurs où aller. Alors que rien ne les y oblige en France, ils s’imposent par sécurité une autre période de quinze jours de semi-confinement, se limitant à un périmètre restreint avec la famille, avant de retrouver proches et amis en Bretagne, leur région d’origine. Nous sommes alors le 26 février.

BACK TO CHINA !

Mais Nicolas a maintenant besoin de revenir dans le même fuseau horaire que celui de la Chine, car le travail à distance depuis la France est compliqué. Il repart donc sur Manille dans un premier temps, puis à Shanghai, où sa société a des bureaux assez importants. Françoise, Tom et Mila le rejoignent très vite le 10 mars, pressentant qu’une forte dégradation s’annonce en France, et surtout que la politique des frontières va se durcir de plus en plus… Encore une bonne intuition ! A Shanghai, ils se louent un appartement, et se remettent, par choix personnel, en confinement pendant deux semaines, pour être sûrs de ne contaminer personne. A cette époque, la Chine n’avait pas encore mis en place de tests ni de quarantaines systématiques à l’arrivée aux aéroports.

WELCOME TO SHANGHAI !

Françoise, Mila, Tom et Nicolas à Shanghai

Entre travail et e-learning, la famille découvre donc la Perle de l’Orient, en mode touriste ! Et c’est à cette période que nos routes se croisent ! Un déjeuner, un diner, puis un autre, la découverte de connaissances et d’amis communs… Nous sortons nous-mêmes encore engourdis de cet hiver semi-confiné où tout était fermé, avec le plaisir de cette nouvelle rencontre. Je partage mes bons plans, je joue les guides touristiques (un peu), culturels (forcément), et sous la pression de Françoise, je pousse même les portes du fameux marché de Lujiabang, spécialisé en confection de costumes, robes et autres blousons en cuir sur-mesure… Pour ceux qui connaissent mon aversion pour le shopping, c’est un exploit ! Quel bonheur de jouer à l’experte en friperie l’espace de quelques jours !!!

L’APPEL DE WUHAN

Si le temps semble suspendu par moments, là il est passé très/trop vite ! Car Françoise et sa famille parlent bientôt d’un retour imminent sur Wuhan. La ville se rouvre peu à peu depuis le 8 avril, les entreprises se remettent doucement en activité, Nicolas veut retrouver ses équipes, et le reste de la famille a envie de rentrer à la maison, même si on ne parle pas du tout de reprise de l’école… Les démarches administratives ne sont pas simples. Il leur faut faire un test COVID-19 à deux reprises, et cela n’est pas une partie de plaisir ce prélèvement nasal et guttural, surtout quand l’infirmière a une délicatesse de boucher-charcutier…  Divers formulaires sont exigés et on leur annonce qu’ils auront une quarantaine obligatoire à faire, mais à leur domicile, ouf ! Une fois les derniers souvenirs de Shanghai emballés (il a quand même fallu acheter une valise supplémentaire !), ils prennent le train le 8 mai, avec la sensation très étrange de ne pas savoir du tout ce qui les attend dans leur ville d’adoption…

Un accueil rassurant

A l’arrivée, une fois les formalités administratives passées (pas si longues que cela), ils sont attendus avec chaleur (à bonne distance quand même) par le management de leur résidence : vous vous rendez compte, des étrangers qui reviennent à Wuhan, ils sont forcément exceptionnels !

ET DEMAIN ?…

La vue de leur maison à leur retour (un peu pollué ce jour-ci…)

Depuis, chacun reprend ses marques. Tom a fêté son anniversaire (mais sans copains), Mila a retrouvé sa chambre avec bonheur, bref cela fait du bien à chacun de se poser à la maison, quittée le 22 janvier, soit exactement 107 jours (au lieu des 10 initialement prévus !), après un simple départ en vacances d’hiver. Les quelques amis sur Wuhan sont tous absents, une seule famille était restée pendant le lockdown et les autres n’ont pas pu revenir sur le territoire chinois avant la fermeture des frontières le 28 mars dernier. Reviendront-ils d’ailleurs… L’’incertitude est de mise quant aux prochains mois, mais Françoise et Nicolas ont pour habitude d’aller jusqu’au bout de leurs aventures, et de donner toutes ses chances à chacune de leurs tranches de vie. C’est donc avec positivisme et courage qu’ils envisagent la poursuite de leur expérience en Chine, et prévoient déjà de revenir à Shanghai, rendre visite à tous ceux qu’ils ont rencontrés pendant cette parenthèse improvisée. Nous les attendons avec impatience !

Et pour ceux qui ont manqué ou qui veulent relire mon premier article sur Wuhan, rendez-vous ici.

Jia You* !

*Soyez fort / Courage / Tenez bon / Yes we can !

Merci à Françoise pour toutes ces belles photos !

BACK TO SCHOOL !

Le campus de Qingpu (CP : Lycée Français de Shanghai)

Cette semaine, le Lycée Français de Shanghai a expérimenté sa première rentrée « en vrai » de l’ère covidienne !

Rappelons qu’ici, le dernier jour de classe en présentiel était le 23 janvier, soit il y a plus de 3 mois… Entre le 5 et le 6 mai, les élèves de Terminale, Première, Troisième et Quatrième ont donc retrouvé le chemin de l’école. D’autres niveaux suivront le 18 mai, jusqu’au CM1. Pas de dates pour les plus jeunes. Ce qui est certain, c’est que cela n’est plus comme avant…

NOUVEAUX AUTOMATISMES À ACQUÉRIR

Une fois le feu vert donné par les autorités locales après inspection, le personnel du lycée a dû mettre en place toute une batterie de nouvelles procédures obligatoires. En voici quelques extraits qui font maintenant partie du quotidien.

Tous les matins, à la maison, nous devons remplir un petit formulaire indiquant la température de l’élève, attestant qu’il n’a pas de symptômes et que son QR code est bien vert. Départ de la maison avec masque obligatoire, du gel hydro-alcoolique, et ce fameux sésame en main pour pouvoir monter dans le bus.

Mon amie professeur de mathématiques au LFS dans le bus… (CP : TM)
Les barrières à l’entrée (CP : TM)

A l’arrivée à l’école, barrières de contrôle des flux (un peu comme chez Disney finalement !) et caméra thermique sont les nouveaux accessoires déco de l’entrée… Les élèves déposent leur formulaire, et leur température est enregistrée informatiquement. Ils doivent ensuite, sans attendre les copains, se diriger dans les classes. Les tables y sont espacées en mode examen (ils ont la chance d’être moins nombreux qu’en France), et le port du masque est obligatoire pour TOUS, durant TOUTE la journée… La clim’ ne peut pas encore être remise en marche, et les températures bien humides grimpant rapidement en ce moment, cela risque de devenir compliqué…

Passage devant la caméra thermique obligatoire (CP : Lycée Français de Shanghai)
(CP : Lycée Français de Shanghai)

Fort heureusement, nos élèves ne sont pas obligés de porter ces couvre-chefs plutôt originaux, vus dans la presse chinoise, pour favoriser le maintien de la distanciation sociale. Mais cela reste une idée ludique d’activité manuelle pour les plus petits ! Sachez que l’origine de ces drôles de chapeaux remontent au Moyen-Âge, pour éviter les conspirations ! (source : That’s Shanghai). La mode est bel et bien cyclique, même en temps de crise…

(Image via @China Daily/Twitter)
L’empereur Shenzong, dynastie Song. Image via Wikimedia Commons

NO KISSING, NO HUGGING !

(CP : TM)

A l’heure de la sacro-sainte heure de cantine, c’est, comment dire, légèrement différent… Troisième contrôle des températures, et hop on jette son masque du matin pour le remplacer par le masque neuf fourni par l’école. Des parois de séparation en plexiglas ont été installées sur les tables, et chacun dispose d’un créneau horaire de 30 mn maximum pour déjeuner. Le choix exceptionnel de plats et menus (salad bar, chinese bar, paninis, pizzas etc.) – qui faisait la réputation gastronomique régionale du lycée de Shanghai au guide Michelin des restaurants scolaires – est à présent limité à quelques plats imposés.

Les 30 minutes restantes restent un moment libre où les élèves peuvent se retrouver en petits groupes, s’aérer la tête dehors, mais bien sûr en gardant le masque et un minimum de distance. Comme il est précisé dans la présentation très complète des consignes : No kissing, no hugging ! (pas de bisous, pas de câlins !). On comprend pourquoi les canapés du CDI ont été retirés et le foyer des lycéens fermé… De même, les travaux de groupe vont sans doute être repoussés à plus tard.

Les consignes de lavage de mains (CP : TM)

UN SEUL ÊTRE VOUS MANQUE…

Certains élèves et professeurs manquent à l’appel, restés en France ou ailleurs, lors de la fermeture des frontières chinoises à tous les étrangers le 28 mars dernier. Pour ceux-ci, tout a été prévu. Poursuite de l’enseignement à distance pour les élèves (et oui les professeurs qui ont repris les cours doivent AUSSI continuer à assurer du e-learning, RES-PECT !). Et cours en visio-conférence pour les enseignants loin de Shanghai (on n’a pas fini d’entendre parler de ZOOM, cf mon article précèdent ici…), ou remplacement par des collègues si nécessaire. Les amis, on pense bien à vous tous !

(CP : Lycée Français de Shanghai)

ON CROISE LES DOIGTS…

Comme vous le voyez, cette organisation titanesque est assez incroyable, et je ne peux que saluer et remercier toutes les équipes impliquées au lycée ! Même si l’ambiance est un peu particulière en ces premiers jours de reprise, je reste persuadée que c’est important, pour tous ceux qui le peuvent, de retrouver le chemin de l’école – puisque la situation sanitaire le permet ici à Shanghai. Pour reprendre ses marques, pour retrouver quelques repères, pour finir l’année. C’est sûr, le réveil de 6h30 le matin, les longs trajets en bus, les cours de 8h à 18h ou 18h30, les activités sportives annulées et ce masque toute la journée, « ça me déprime ! » dit-on chez nous… Mais le e-learning n’est pas la vocation de nos lycées, donc voyons cela comme une chance !

A présent, nous croisons les doigts pour qu’il n’y ait pas de cas de COVID-19 qui se déclare à l’école, et nous attendons avec fébrilité « le-début-d’une-hypothèse-de-date-potentielle », pour la réouverture des frontières chinoises. Après un hiver bien particulier, l’été 2020 s’annonce ici tout aussi différent qu’à l’habitude !

Jia You* !

*Soyez fort / Courage / Tenez bon / Yes we can !

Petit schéma récapitulatif des procédures d’entrée… (CP : Lycée Français de Shanghai)

Et pour conclure en toute légèreté…

TROIS P’TITS TOURS ET LE REVOILÀ !

Je vous avais déjà parlé de Nicolas, alias Nicoco, ce « champion des quarantaines » (Quarantaine, le début de la fin), qui avait enfin pu rejoindre son domicile shanghaien après moult péripéties. Magicien pendant ses heures libres, Nicolas est parti en mission à Kunming, recruté par un grand parc de loisirs, le Colorful Yunnan Paradise, tout un programme ! Il envoûte les spectateurs avec ses numéros de magie, lors d’un show proposé plusieurs fois par jour et pendant un mois non-stop ! Go, go, go Nico !

(CP : NL)

ZOOM !

Génotype de Jackson Pollock par Darell.P.Hanniah

Allo, Gaëlle ? Tu m’entends ? Attends je monte le volume.

Amélie demande le code d’accès, vous l’avez ?

Et Hélène est dans la salle d’attente !

Cédric, on ne t’entend pas, mets le son !

Sophie, on ne voit que tes cheveux….

Bon, parlez pas tous en même temps, on ne s’entend plus !

Hé dis donc Stéphane, t’as oublié de t’habiller ou quoi ?

Guillaume, on dirait que t’es fâché avec ton rasoir !

Édouard, pas mal ta nouvelle coupe de cheveux faite maison !

Xavier, coupe ta vidéo quand tu vas aux toilettes STP…

Franck, arrête de nous narguer avec ta piscine…

Et au fait, il est quelle heure chez vous ?

Il a l’air sympa votre apéro…

On se déguise comment la semaine prochaine ?

Ces petites phrases vous évoquent quelque chose peut-être ? La cacophonie des groupes de plus de 6 personnes qui tentent de faire comme si elles étaient dans la même pièce, ça vous parle ? Le décalage du retour de son, l’image gelée, le wifi qui plante le dimanche soir… mais le bonheur inégalable de retrouver les proches, de se parler en se voyant, de faire comme si…

Crédit : BG

Bienvenue dans le nouveau monde des vidéo-conférences, e-apéros et autres cours de e-yoga en live !

Depuis la généralisation du Covid-19 sur toute la planète, et donc du confinement mondial, les outils d‘appels vidéo se sont démultipliés pour mieux travailler, bavarder, garder le contact avec ses proches et casser la solitude imposée.

ZOOM et HOUSEPARTY, les deux nouvelles stars des appels vidéo, ont depuis quelques semaines rejoint la cohorte des SKYPE, FACETIME, WHATSAPP et autre FACEBOOK MESSENGER. Petit tour d’horizon rapide (et non exhaustif) :

-SKYPE : l’ancêtre du genre, jusqu’à 50 personnes en même temps

FACETIME : réservé aux utilisateurs d’appareils de la marque Apple, il peut accueillir jusqu’à 32 personnes en simultané

WHATSAPP et MESSENGER sont historiquement plutôt utilisées pour les messages textes et voix, en individuel ou au sein de groupes.  Pour les appels vidéo, ces deux applications, les plus téléchargées dans le monde, sont entièrement gratuites, ne nécessitent pas de compte Facebook (bien qu’elles lui appartiennent), mais se limitent respectivement à 4 et 6 personnes maximum en même temps pour les appels vidéo.

MICROSOFT TEAMS : jusqu’ici d’usage plutôt professionnel, cette app’ d’échanges de messages et documents pour favoriser le travail en équipe, offre à présent l’option appels et vidéos.

KLAXON : c’est quoi ça ? Et bien cocorico, c’est l’app’ française de la visioconf professionnelle, mais personne ne la connait…. Au cas où, je vous file le tuyau, elle est gratuite pendant 3 mois…

Logo Houseparty

HOUSEPARTY, créée en 2016, cette app’ est gratuite et limite les « parties » à 8 personnes. Elle doit son style plus festif au groupe Epic Games qui la commercialise (ainsi que le jeu vidéo Fortnite par exemple…). Ciblant plutôt les jeunes, elle propose des liens avec des jeux de société virtuels, avec Netflix pour regarder des séries ensemble-mais-chacun-chez-soi, ou encore avec des applications de rencontres…

Logo Zoom

ZOOM : créée en 2011 et star du télétravail, elle admet jusqu’à 100 personnes en simultané. Sa version gratuite autorise jusqu’à 40 mn d’appel vidéo.

HOUSEPARTY et ZOOM, toutes deux d’origine américaine, sont depuis peu assez controversées pour leur politique de confidentialité, leur gestion des données personnelles, pour des défauts de sécurisation des logiciels, un partage des mails des utilisateurs un peu facile, un transfert de données à Facebook (qui a cessé depuis), ou encore la liberté (pour HOUSEPARTY) « d’utiliser le contenu de toutes les communications passées via ses services, dont toute idée, invention, concept ou techniques ». Il est donc primordial de bien paramétrer ces applications avant tout usage, de privatiser les conversations, si vous ne voulez pas voir surgir un invité qui s’incruste, ou encore des images pornographiques ou propos racistes, comme cela a pu se produire…

En Chine, avec nos 6 à 7 heures de décalage horaire avec la France, cela n’est pas toujours évident, mais on est tellement heureux que nos proches aient enfin le temps pour ces rendez-vous qui comptent tant, et on espère bien que cela durera encore longtemps après le déconfinement (progressif, partiel, récurrent…) !

Sources : Les Échos, Les Numériques, France Inter, Capital

LA MINUTE PHILO

Le 16 avril dernier, j’ai eu l’opportunité de témoigner sur mon expérience personnelle « coronavirale » sur la station de radio française RTL, lors de l’émission On est fait pour s’entendre animée par Flavie Flament (*). Après ce bref « instant de gloire » (!), je laisse la parole à d’autres, disons moins anecdotiques… France Inter a reçu il y a quelques jours le philosophe André Comte-Sponville pour un interview haut en couleurs sur sa vision de la société de l’après-confinement. Réfléchir sur ces questions (sans forcément y trouver de réponses) fait, selon moi, le plus grand bien ! En voici quelques extraits.

LA MORT FAIT PARTIE DE LA VIE

Doors to Memory par Zoé Vayssières (Shanghai, Jing’An Sculpture Park)

« Il faut d’abord se rappeler que l’énorme majorité d’entre nous ne mourra pas du coronavirus. J’ai été très frappé par cette espèce d’affolement collectif qui a saisi les médias d’abord, mais aussi la population, comme si tout d’un coup, on découvrait que nous sommes mortels. Ce n’est pas vraiment un scoop. Nous étions mortels avant le coronavirus, nous le serons après.


Tu ne meurs pas de ce que tu es malade, tu meurs de ce que tu es vivant.”

(Montaigne, Les Essais)

Autrement dit, la mort fait partie de la vie, et si nous pensions plus souvent que nous sommes mortels, nous aimerions davantage encore la vie parce que, justement, nous estimerions que la vie est fragile, brève, limitée dans le temps et qu’elle est d’autant plus précieuse. C’est pourquoi l’épidémie doit, au contraire, nous pousser à aimer encore davantage la vie.

EST-CE LA FIN DU MONDE ?

Avant le typhon (crédit DG)

Un taux de létalité de 1 ou 2 %, sans doute moins, et les gens parlent de fin du monde. Mais c’est quand même hallucinant. Rappelons que ce n’est pas non plus la première pandémie que nous connaissons. On peut évoquer la peste, au XIVe siècle, qui a tué la moitié de la population européenne. Mais on a rappelé récemment dans les médias, à juste titre, que la grippe de Hong Kong dans les années 1960 a fait un million de morts. La grippe asiatique, dans les années 1950, a tué plus d’un million de personnes. Autant dire beaucoup plus qu’aujourd’hui dans le monde. On en est à 120 000 morts. En France, les 14 000 morts est une réalité très triste, toute mort est évidemment triste mais rappelons qu’il meurt 600 000 personnes par an en France. Rappelons que le cancer tue 150 000 personnes en France.

En quoi les 14 000 morts du Covid-19 sont-ils plus graves que les 150 000 morts du cancer ? Pourquoi devrais-je porter le deuil exclusivement des morts du coronavirus, dont la moyenne d’âge est de 81 ans ? Rappelons quand même que 95 % des morts du Covid-19 ont plus de 60 ans. Je me fais beaucoup plus de souci pour l’avenir de mes enfants que pour ma santé de septuagénaire.

LA SANTÉ, VALEUR SUPRÊME ?

Prada Rong Zhai house, Shanghai, 2018 (crédit DG)

Il fallait évidemment empêcher que nos services de réanimation soient totalement débordés. Mais attention de ne pas faire de la médecine ou de la santé, les valeurs suprêmes, les réponses à toutes les questions. Aujourd’hui, sur les écrans de télévision, on voit à peu près vingt médecins pour un économiste. C’est une crise sanitaire, ça n’est pas la fin du monde. Ce n’est pas une raison pour oublier toutes les autres dimensions de l’existence humaine.
La théorie du « pan-médicalisme », c’est une société, une civilisation qui demande tout à la médecine. En effet, la tendance existe depuis déjà longtemps à faire de la santé la valeur suprême et non plus de la liberté, de la justice, de l’amour qui sont pour moi les vraies valeurs suprêmes. L’exemple que je donne souvent c’est une boutade de Voltaire qui date du XVIIIe siècle :

« J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé »

Et bien, le jour où le bonheur n’est plus qu’un moyen au service de cette fin suprême que serait la santé, on assiste à un renversement complet par rapport à au moins vingt-cinq siècles de civilisation où l’on considérait, à l’inverse, que la santé n’était qu’un moyen, alors certes particulièrement précieux, mais un moyen pour atteindre ce but suprême qu’est le bonheur.
Attention de ne pas faire de la santé la valeur suprême. Attention de ne pas demander à la médecine de résoudre tous nos problèmes. On a raison, bien sûr, de saluer le formidable travail de nos soignants dans les hôpitaux. Mais ce n’est pas une raison pour demander à la médecine de tenir lieu de politique et de morale, de spiritualité, de civilisation.

ARRETONS DE RÊVER QUE TOUT VA ÊTRE DIFFÉRENT

Comment essayer de contrebalancer les inégalités après le confinement ? Comme hier, en se battant pour la justice, autrement dit en faisant de la politique. Personne ne sait si l’épidémie ne va pas revenir tous les ans, auquel cas je doute qu’on ferme toutes nos entreprises pendant trois mois chaque année.

The Welcoming Hands par Louise Bourgeois

Arrêtons de rêver que tout va être différent, comme si ça allait être une nouvelle humanité. Depuis 200 000 ans, les humains sont partagés entre égoïsme et altruisme. Pourquoi voulez-vous que les épidémies changent l’humanité ? Croyez-vous qu’après la pandémie, le problème du chômage ne se posera plus ? Que l’argent va devenir tout d’un coup disponible indéfiniment ? Cent milliards d’euros, disait le Ministre des Finances mais il le dit lui-même, « c’est plus de dettes pour soigner plus de gens, pour sauver plus de vies ». Très bien. Mais les vies qu’on sauve, ce sont essentiellement des vies de gens qui ont plus de 65 ans. Nos dettes, ce sont nos enfants qui vont les payer.  Le Président, pour lequel j’ai beaucoup de respect, disait « la priorité des priorités est de protéger les plus faibles ». Il avait raison, comme propos circonstanciel pendant une épidémie. Les plus faibles, en l’occurrence, ce sont les plus vieux, les septuagénaires, les octogénaires.
Ma priorité des priorités, ce sont les enfants et les jeunes en général. Et je me demande ce que c’est que cette société qui est en train de faire de ses vieux la priorité des priorités. Bien sûr que la dépendance est un problème majeur, mais nos écoles, nos banlieues, le chômage des jeunes, sont des problèmes, à mon avis encore plus grave que le coronavirus, de même que le réchauffement climatique, la planète que nous allons laisser à nos enfants. Le réchauffement climatique fera beaucoup plus de morts que n’en fera l’épidémie du Covid-19.
Ça n’est pas pour condamner le confinement, que je respecte tout à fait rigoureusement. Mais c’est pour dire qu’il n’y a pas que le Covid-19 et qu’il y a dans la vie et dans le monde beaucoup plus grave que le Covid-19« .

Source : France Inter

André Comte-Sponville est un philosophe français né en 1952. Après son agrégation, il enseigne la philosophie au lycée puis auprès de futurs instituteurs, avant de devenir maitre de conférences à l’université de la Sorbonne à Paris pendant 14 ans. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont le plus connu est Petit Traité des Grandes Vertus (1995). Il est souvent invité à participer à des émissions de télévision et de radio, et écrit pour plusieurs titres de la presse grand public. Il siègera au Comité national consultatif d’éthique de 2008 à 2016. « Il se définit comme un philosophe matérialiste (à la façon d’Épicure), rationaliste (à la façon de Spinoza) et humaniste (à la façon de Montaigne) ».

CHACUN SA CRISE

Et pour sortir au-delà des frontières (vous en rêviez, je le fais !), cet autre article me semble tout à fait à-propos sur les différences de réactions selon les cultures face à la crise du coronavirus. Retrouvez l’intégralité des propos de Yuko Deneuville pour le site femmexpat.com dans ce lien.

« Dans de nombreux pays du monde, la population est restée connectée à une certaine spiritualité. Si en Europe, elle est très souvent vécue comme une injustice, au Japon ou en Chine, la mort est perçue comme faisant partie de la vie, une sorte de fatalité qu’il ne faut absolument pas cacher ou oublier. Les ancêtres sont d’ailleurs honorés au sein même des foyers japonais. »

M50, Shanghai (crédit DG)

Respect des consignes, place de l’individu et du groupe dans la société, distance et proximité physique…d’un pays à l’autre, que de différences ! « Contourner, contester ou encore douter de la parole du pouvoir est une caractéristique bien française, qui s’explique sans doute par notre histoire. Dans certains pays, l’individu est roi. Il est bien difficile d’imposer des règles visant à protéger le groupe et la société dans son ensemble. C’est le cas notamment aux États-Unis. »

Le meilleur moyen est donc bien de travailler notre ouverture et notre tolérance pour mieux comprendre ces différentes approches (et respecter les règles de notre lieu de vie…)

Inspirez, vous êtes bien là où vous êtes !

(*) Pour ceux qui veulent ré-écouter cette émission RTL On est fait pour s’entendre, c’est par ici.

AVALANCHE DE BONNES NOUVELLES

Cette semaine, je laisse tomber les chiffres des malades, des guéris, des asymptomatiques, des cas réimportés en Chine, des morts, les dates de prolongation de confinement, de potentiel dé-confinement – partiel ou total, d’hypothétiques réouvertures des écoles (pour mémoire, le dernier jour de classe en présentiel des élèves du lycée français de Shanghai était le… 23 janvier) etc.

Après la compétition télétravail vs. e-learning, les cours de yoga en ligne, le challenge des abdos en béton, le retour sur soi, la méditation, les Zoom-apéros qui s’enchainent, ou bien le boulot ras-la-casquette, sans masque ni protections (ou si peu) pour tous ceux qui exercent une profession indispensable…, et si on passait en revue quelques bonnes nouvelles glanées de-ci, delà, au gré de nos lectures compulsives sur les sites d’informations ? Voici mon best of du moment :

INSPIRER A PLEINS POUMONS…

Après les images de la NASA de la Chine vue d’en haut en février, de magnifiques clichés nous sont parvenus d’Inde. La chaîne de l’Himalaya est à présent visible à 200 km. A Jalandhar (état du Pendjadb), on peut admirer les mythiques cimes enneigées, une première depuis 30 ans ! Et soyons fous, espérons que cela réveille les consciences de ceux qui ont les clefs de ce monde pour la suite… (Source : Sciences et Avenir)

ET SI ON POUVAIT GUERIR DU SIDA ?

Un second patient l’a fait et il est le symbole d’un immense espoir ! Adam Castillejo, 40 ans, d’origine vénézuélienne vivant à Londres, a contracté le virus du sida au début des années 2000. Puis, il apprend en 2011 être malade d’un cancer du sang, dure loi des séries… « C’est en cherchant un donneur compatible pour une greffe de moelle osseuse que ses médecins ont trouvé un Allemand porteur également d’une mutation génétique rare qui empêche le VIH de s’implanter, le CCR5. » Il est officiellement considéré comme guéri depuis mars 2020 ! Un procédé complexe et non sans risque, mais une raison d’espérer un jour meilleur pour les malades du sida.  » Je veux être un ambassadeur d’espoir  » a-t-il déclaré récemment au New York Times.

DES OTAGES LIBÉRÉS

Trois Français et un Irakien, membres de l’ONG Chrétiens d’Orient, ont été libérés le 26 mars dernier. Ils avaient été kidnappés le 20 janvier à Bagdad (Irak). Quelques jours auparavant, Roland Marchal, chercheur français du CERI (Centre de Recherches Internationales) détenu en Iran depuis juin 2019, a lui aussi été libéré, dans le cadre d’un échange de prisonniers. La chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah, enlevée en même temps que lui, est, elle, toujours en captivité. Vous avez dit confinement ?… (Source : Le Point)

DON DU SANG, DON DE VIE

En cette période de Covid-19, il est encore plus vital de donner son sang afin de maintenir les réserves à un niveau suffisant. L’EFS (Établissement Français du Sang) a donc rappelé que les collectes se poursuivaient malgré le confinement. Vous pouvez donc apporter votre goutte (de sang ou de plasma) à cet océan de besoins, en ayant pris le soin de bien remplir l’attestation dérogatoire (motif : assistance aux personnes vulnérables). Nous l’avons fait à Shanghai, alors pourquoi pas en France ? Plus d’info sur : https://dondesang.efs.sante.fr/

YOU ROCK !

SCOOP ! Le groupe de rock américain The Strokes, créé en 1998, a sorti son tant attendu sixième album The New Abnormal. Le succès est venu assez rapidement au début des années 2000 pour ceux considérés comme « les sauveurs du rock ». Leur dernier album datait de 2013. Les fans apprécieront, et les plus jeunes découvrent avec délectation ce son. Nous, on adore ! A écouter ici.

NOS ESPERANCES D’ANNA HOPE

J’en ai entendu parler dans l’émission de France Inter Le Masque et la Plume, et ce sera ma prochaine lecture ! Si vous avez aimé, n’hésitez pas à me le dire ! Voici le topo de l’éditeur :

“Hannah, Cate et Lissa sont jeunes, impétueuses, inséparables. Dans le Londres des années 1990 en pleine mutation, elles vivent ensemble et partagent leurs points de vue sur l’art, l’activisme, l’amour et leur avenir, qu’elles envisagent avec gourmandise. Le vent de rébellion qui souffle sur le monde les inspire. Leur vie est électrique et pleine de promesses, leur amitié franche et généreuse. Les années passent, et à trente-cinq ans, entre des carrières plus ou moins épanouissantes et des mariages chancelants, toutes trois sont insatisfaites et chacune convoite ce que les deux autres semblent posséder. Qu’est-il arrivé aux femmes qu’elles étaient supposées devenir ? Dans ce roman tout en nuances sur les différentes facettes de l’amitié au fil du temps, Anna Hope tisse avec élégance et délicatesse la vie de ces trois héroïnes contemporaines. Elle sonde les différentes façons de trouver son identité de femme, mais aussi de mère, de fille, d’épouse ou d’éternelle rebelle, et explore cet interstice entre les espérances et la réalité, cet espace si singulier fait de rêves, de désirs et de douleurs où se joue toute vie.” (Éditions Gallimard, mars 2020).

L’ART SAUVERA LE MONDE (Dostoïevski)

Petit portfolio de quelques expos actuellement visibles à Shanghai :

ART+SHANGHAI : Exposition multi-artistes pour plus de plaisir… (Ye Hongxing, He Jian, Pang Yun, Limg Fanglu, Tang Zhenwei, Shi Jindian).

ART+SHANGHAI gallery

WEST BUND X CENTRE POMPIDOU :

WEST BUND X CENTRE POMPIDOU

ARTCN : The Seekers Project par Autumn Lyn

ART CN gallery

Inspirez, vous êtes bien là où vous êtes !

OMBRES ET LUMIERES

Installation par Cristina Iglesias, Centre Pompidou WestBund Shanghai

Nous vivons tous de drôles de moments et nous ne sommes pas au bout de nos surprises… Jamais nous ne nous sommes sentis aussi loin de nos bases, de nos proches, mais à la fois (re)-connectés comme jamais les uns aux autres, merci la technologie ! Le retour à la normale n’est pas pour tout de suite, même du coté Est de la planète. Mais profitons de ces instants uniques, de ces liens qui se resserrent pour certains, de ce temps qui s’étire en longueur, en totale opposition avec la vitesse fulgurante de ce virus qui se joue de nous, qui met à dure épreuve le monde des soignants, des systèmes médicaux, des laboratoires et qui bouleverse les équilibres géopolitiques et économiques. Car il en restera forcément quelque chose de bien et de fort, c’est mon intime conviction !

SHANGHAI NEWS

Ce tant attendu retour à la normale se fait décidément attendre mais le temps n’en fait qu’à sa tête et choisit son rythme. A nous de nous y adapter du mieux possible. Ici à Shanghai et en Chine, comme déjà évoqué précédemment, les vitesses de changement et réadaptations sont multiples.

Le « déconfinement » est là mais est sans cesse réajusté selon les lieux, les activités, les comités de quartier et les chiffres quotidiens des infectés… Le virus réimporté continue sa valse lente et menaçante, amplifiée par le phénomène des cas asymptomatiques. Chaque jour voit son nouveau décompte de cas COVID venant de l’Europe ou des États-Unis. Ceux-ci sont à 90% des Chinois revenant au pays, puisqu’il semble être le lieu le plus sûr au monde à présent. Beaucoup sont des étudiants chinois (sur les 1,6 million répartis dans le monde), mais l’amalgame est très vite fait. Même si les étrangers ne peuvent plus franchir les frontières chinoises depuis le 28 mars.

Mais voilà, il ne fait pas bon être « blanc » ici. De nombreux exemples fleurissent autour de nous de refus d’entrée dans tel café, restaurant ou commerce, voire même dans les résidences (pas plus loin que chez nous…). Oh bien sûr, il ne faut pas généraliser, mais quand même… Si le mot racisme semble un peu fort pour certains, le terme de nationalisme exacerbé semble plus adapté. L’équilibre économique et donc social est mis à mal (et ce n’est que le début), on observe donc un vrai resserrage des rangs autour de ce sentiment si rassurant du « entre nous, soyons plus forts ». Et j’avoue que je n’avais pas prévu cela en écrivant ma publication #jenesuispasunvirus mi-février, choquée de comportements similaires en France envers les Asiatiques… La nature humaine est donc bien la même partout !

LES 10 CONSEILS EN OR

Comme beaucoup, je vois défiler de nombreuses publications diverses et variées. Laissez-moi vous partager quelques-unes d’entre-elles qui ont résonné en moi cette semaine.

Bertrand Piccard

Bertrand Piccard, explorateur avant-gardiste dont je vous ai déjà parlé la semaine dernière (Une crise qu’on accepte est une aventure), a publié quelques réflexions sur le confinement, qu’il a déjà expérimenté dans des conditions pour le moins extraordinaires…

“Bien que mes périodes de confinement dans les cockpits de Breitling Orbiter et de Solar Impulse furent volontaires, on me demande de plus en plus quels conseils je pourrais vous donner pour mieux supporter l’enfermement forcé que la crise actuelle vous impose. Voici ce qui m’a aidé à vivre plusieurs semaines de ma vie dans un ballon ou un avion solaire.

  1. Le plus important pour tenir sur la durée est de ne pas vous projeter dans le futur, ne pas vous réjouir que ce soit terminé. Compter les jours qui restent devient un supplice chinois. Il faut au contraire vous concentrer sur le moment présent, prendre conscience de ce que vous faites, pensez et ressentez, en percevant que vous existez dans votre corps tout entier. De cette façon, vous avancerez avec le temps qui passe, sans vous en rendre compte, et serez presque étonné quand ce sera terminé. Vingt jours dans une capsule peuvent passer très vite, un ou deux mois chez soi aussi.
  2. Le premier pas pour cela est d’apprendre à trouver votre « safe place », une expérience intérieure de réconfort, de sécurité. C’est une des clés de l’autohypnose : vous entrainer à plonger dans une sensation que vous construisez sous forme visuelle, auditive ou sensorielle, et qui vous ramène instantanément dans un cocon protecteur. C’est le bagage le plus utile que j’ai emporté avec moi dans mes expéditions. 
  3. Il faut aussi vous rendre compte que votre confinement est une expérience unique. L’Histoire s’en rappellera, et vous êtes tous, chacun à votre niveau, en train de l’écrire
  4. Cela devient plus facile si vous remettez votre situation personnelle dans un contexte plus grand. Des millions de gens vivent actuellement la même chose. Vous n’êtes pas seuls
  5. Vous devez percevoir le sens de ce que vous faites. Le confinement est utile, il vous protège et protège les autres. Cette notion de sens est primordiale. Des prisonniers politiques maltraités ont d’autant mieux réussi à guérir de leur traumatisme qu’ils percevaient leur captivité comme reliée à une cause à laquelle eux-mêmes et leurs partisans croyaient profondément. A un niveau plus modeste, mon but de promouvoir les énergies renouvelables pour protéger l’environnement m’aidait à supporter l’exiguïté de mon cockpit pendant plusieurs jours de vol.
  6. Quel état d’esprit décidez-vous d’adopter ? C’est un choix que vous devez rendre conscient : la vie veut-elle vous détruire ou au contraire vous offrir un défi à relever, un enseignement à intégrer ? Une crise qu’on accepte devient une aventure, avec un but à atteindre ; une aventure qu’on refuse devient une crise, avec la souffrance en plus d’avoir perdu ce que nous aimions autrefois.
  7. La souffrance augmentera dans la mesure où vous vous battrez pour refuser une situation irréversible. L’acceptation de la réalité vous aidera à baisser votre niveau de stress.
  8. Le courage ou la confiance ? Face à un problème qui vous dépasse, le courage vous permet certes de surmonter la peur, mais la confiance vous emmènera encore bien plus loin. Vous en prendrez conscience lorsque les circonstances vous forceront à sortir de vos références habituelles pour découvrir que vous avez quelque part en vous toutes les ressources pour avancer et réussir. Si j’ai tellement profité de mes vols en solitaire au-dessus des océans, c’est aussi parce que je remarquais que j’en étais capable.
  9. Seuls ? Si vous êtes confiné tout seul, réapprenez à communiquer avec vous-même. C’est quelque chose qu’on a perdu dans la société de loisirs et de distractions dans laquelle on se disperse. On vit trop à l’extérieur de soi-même plutôt qu’à l’intérieur. Se retrouver tout seul devient une révélation dès que l’on recommence à écouter sa vie intérieure.
  10. Ou avec d’autres ? Mais si vous êtes enfermés avec d’autres, la peur de la solitude fait souvent place au dérangement par le bruit, la proximité et le comportement de l’entourage. C’est l’occasion de découvrir un autre mode de communication, non pour échanger des avis qui peuvent devenir conflictuels, mais pour exprimer votre ressenti, vos émotions. Faire part de votre propre vécu et vous intéresser à celui de votre voisin, sans critiques ni reproches. Avant de décoller pour nos 20 jours de tour du monde en ballon, Brian Jones et moi nous étions entrainés à tout nous dire, jusqu’à notre mauvaise haleine. Ce type de détail peut devenir un calvaire sur la durée dans un espace clos. Je me rappelle avoir exprimé à Brian au milieu du Pacifique que je n’étais pas très rassuré. Il m’avait remercié de m’ouvrir ainsi car cela lui permettait d’avouer qu’il était mort de trouille !

En conclusion, tout ce que je vous conseille ici ne vient pas tout seul. Cela s’apprend, s’exerce, se répète. C’est l’apprentissage d’une nouvelle manière d’entrer en relation avec soi-même, les autres et la Vie. Vous avez le temps de le faire actuellement, alors pourquoi vous en priver ? Quand le confinement sera terminé, le plus triste serait de vous dire que vous n’en avez pas assez profité pour évoluer…

Dr Bertrand Piccard, Psychiatre et explorateur, Auteur de « Changer d’Altitude, quelques solutions pour mieux vivre sa vie » (Stock). Lisez cet article sur le site de Solar Impulse.

PAS ENCORE MEDECIN MAIS TANT À RACONTER

J’ai aussi lu le témoignage poignant de Nicolas, externe en médecine en Ile-de-France… En voici les principaux extraits :

 « Je ne serai médecin que dans quelques mois. […] Pas encore médecin donc, mais déjà le besoin profond de raconter […] Pour ceux qui ne nous connaissent pas, nous naviguons entre les services de jour comme de nuit, dans nos blouses un peu trop grandes, échangeons les postes encore et encore. On finit par connaître jusqu’à la personnalité des chefs, les habitudes des différents services, les liens entre les différents médecins, les ascenseurs les plus rapides, les codes des cuisines pour essayer de trouver, affamés par nos longues nuits de garde, un petit yaourt oublié […]. Chez nous, à l’hôpital, à même pas 25 ans, de nos grands yeux d’enfants, on a posé nos mains les premiers sur des bébés venus débuter toute une vie. Des vies d’amour et de tristesse, de violence et de tendresse : une vie d’Homme quoi. On a vu des plaies, du sang et on a entendu des côtes craquer sous nos paumes qui massaient un cœur. Mais on a vu aussi des gens amoureux, des gens heureux, des gens guéris, des gens mourir, des gens souffrir, des gens seuls, des gens tout sacrifier et des gens commettre des erreurs impardonnées. On a vu des gens vieux comme le monde qui s’interrogent sur leur parcours, qui nous offrent des trésors que seul le temps d’une vie leur a permis de collectionner. Car nous sommes de ceux qui avons encore du temps à leur offrir. On leur donne une petite part de notre jeunesse et eux nous donnent une grande part de leur sagesse, et pour ça je ne les remercierai jamais assez…

Je voulais écrire aujourd’hui parce que ce qui m’attriste plus encore que les hommes et les femmes qui n’arrêteront jamais de mourir, ce sont les vivants qui continuent à se déchirer, alors qu’eux ont le choix. [….] Rétrospectivement, des erreurs ont été commises, oui mais par qui ? Par un groupe d’une dizaine de personnes élues temporairement ? Par le millier d’administrateurs travaillant pour l’État et dans les hôpitaux ? Par les millions de votants qui n’écoutaient pas quand l’hôpital clamait son urgence ? Par nous, le millier de soignants qui, il y a quelques semaines encore ne s’inquiétaient pas le moins du monde, car des « fausses pandémies », nous en avions déjà connues ? Ce que je vois moi, aujourd’hui, ce ne sont pas des coupables. Ce que je vois aujourd’hui, c’est un système de santé publique dont je suis fier, car ce système C’EST les soignants qui se mobilisent face à la crise, et les non-soignants qui leur permettent tant bien que mal de le faire. Jamais je n’aurais pensé que nous pouvions être aussi organisés, jamais je n’aurais pensé ressentir autant d’union entre les corps de métier hospitalier parmi lesquels nous, les étudiants, sommes souvent d’intermittents marginaux. […]

J’aimerais que tout le monde puisse voir ce que je vois ces dernières semaines. Je vois des infectiologues qui forment des chirurgiens à la gestion d’une maladie respiratoire aux urgences. Je vois des cardiologues, gériatres, internistes qui gèrent ensemble de nouvelles unités mises en place par les réunions de crise quotidiennes. Je vois des centaines de médecins étudier des dizaines de molécules pour proposer un traitement qui marche, dans les règles de la science, dans un silence éthique et modeste loin du glamour des conférences de presse.
Je vois des étudiants qui malgré un concours incertain s’organisent pour former les plus jeunes, aider au brancardage, se mettre à jour sur des gestes infirmiers pour perfuser, piquer, soigner et décharger (un peu) ceux qui travaillent déjà tant. Je vois ces infirmier(e)s justement, ces aides-soignants, ces agents de nettoyage, qui exercent un métier déjà si dur mais qui ne se plaignent pas et continuent même à s’échanger des blagues, continuent à rendre les heures passées dans le service agréables. Je vois des équipes soignantes qui trouvent le temps, pourtant si précieux, d’appeler les familles interdites de visite. Familles pour qui le proche est le prisonnier d’un rouage encore plus inconnu que d’habitude et infiltré par un ennemi invaincu. Mais des familles qui comprennent et nous soutiennent en tenant courageusement bon.
Je vois des internes qui s’organisent pour aider là où il faut, valsant d’un étage à un autre, dans des spécialités qu’ils n’ont pas choisies. Je vois les praticiens, les chefs et les professeurs continuer à nous enseigner et à nous protéger dans la bonne humeur, alors que leur tête a mille raisons d’être ailleurs.
Je vois les restaurateurs du self-service de l’hôpital distribuer avec le plus grand des sourires des plats emballés aux blouses blanches avant même que ceux-ci n’aient à faire la queue. Jamais un cordon-bleu haricots verts ne m’aura été cuisiné avec autant d’amour par un inconnu. Je vois des jus, des viennoiseries, des boîtes de chocolats, des cookies qui sortent de je ne sais où et qui réchauffent, des dessins d’enfants qui couvrent le mur froid des réanimations et forment de longues haies d’honneur à ceux qui en sortent.
Je vois des gens qui nous applaudissent dans la rue quand on rentre du taf et des arcs-en-ciel collés aux balcons qui me font pleurer de fierté. Je vois des gens qui proposent leur appartement à des soignants et puis beaucoup de gens qui s’entraident. Je vois des amis et des familles qui se voient plus souvent qu’avant, alors même qu’un écran les sépare.

Et peut-être que je suis naïf, mais je crois également voir des centaines d’hommes et de femmes, quel que soit leur bord politique, qui ne doivent pas beaucoup fermer l’œil non plus. A l’heure actuelle, ils se battent pour que ce que nous faisons soit encore possible longtemps. Ils se battent pour obtenir du matériel depuis longtemps produit ailleurs et pour que les industries produisent plus et plus vite, tout en préparant l’après… Et quels que soient mes idéaux politiques, quelles que soient les erreurs commises par le passé, je leur en suis reconnaissant. Reconnaissant car je sais que dans cette longue chaîne qu’est le système de santé en France, chaque maillon a son importance. Surtout aujourd’hui.

Alors, oui c’est compliqué, oui ça va le devenir encore plus ces prochains jours, oui il y a des pleurs, des tragédies familiales et professionnelles, oui on aurait pu être mieux préparés. On peut toujours être mieux préparé. Attention, je ne dis pas que l’hôpital peut fonctionner à flux tendu en temps normal, que la fermeture de lits était une bonne chose, que certains métiers ne devraient pas être revalorisés, et que le nombre de personnels est adéquat. Mais demain et jusqu’à la fin de cette crise, j’aimerais tant rentrer chez moi et oublier un instant que certaines choses nous séparent. J’aimerais pouvoir puiser dans les médias et chez les confinés un tout petit peu d’optimisme, un élan collectif et moins d’angoisse, moins d’accusations, moins de conspirationnisme. Car la force d’un système c’est peut-être aussi sa capacité à s’adapter à une situation nouvelle et à rebondir. […]

Je ne crois pas que l’on pourra toujours tout prévoir. Mais on pourra toujours rester unis par cette solidarité qui, j’en ai eu la preuve ces dernières semaines, n’est pas un mirage.

Ce message est pour tous mes patients mourants, ou seuls, qui ne rêvaient que d’une seule chose, avoir quelques heures avec leurs proches, profiter avec eux des plaisirs les plus simples de la vie, appeler encore un ami peut être, pour sentir une dernière fois l’impuissance du temps face à l’amour et la beauté immortelle de notre monde.”

(Source : L’Obs, 03/04/2020)

COVIDMINUTE

Et n’oubliez pas, pour une lecture lucide, factuelle et à 360 degrés de l’évolution du virus, pensez COVIDMINUTE du docteur Zagury. Sans oublier qu’il y a forcément une lumière au bout du tunnel ! A suivre sur Facebook, LinkedIn, ou sur son site www.covidminute.com.

Vous pouvez à présent passer à autre chose…

Crédit : BG

LÂCHER DU LEST

La grande vague de Kanagawa (Hokusai)

Pour être très honnête, pas facile ces jours-ci de trouver les mots légers et positifs que je m’applique à employer. Veuillez m’en excuser, personne n’est parfait…

LA VAGUE

En effet, plusieurs événements ont ébranlé le fragile équilibre de notre planète. Tout d’abord, ce « tsunami » qui déferle sur le reste du monde (sans aucun manque de respect pour les victimes des tsunamis de décembre 2004 et mars 2011). Car moi aussi, cela m’effraie. Comme beaucoup, je pressens que ce n’est que le début et je suis bien incapable d’en prévoir ni la fin, ni les conséquences à tous points de vue. La Ptite Lu, illustratrice, graphiste, bloggeuse que nous connaissons bien à Shanghai croque parfaitement cet état d’esprit, pour nous les Français de Chine. Merci Lucie !

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Pour suivre La Ptite Lu, consulter son blog, sa page Facebook, son compte Instagram (ID : la_ptite_lu), ou encore son compte WeChat (ID : LaPtiteLu).

LA DIGUE CONTRE LA SECONDE VAGUE

Côté chinois, si tous les médias français clament haut et fort que tout s’arrange, que la situation revient à la normale, il serait prudent de nuancer. Tout d’abord, tout comme lors de la phase « dure » de confinement, les situations sont encore très différentes d’une ville à l’autre (et je ne parle même pas des zones moins citadines). Wuhan, Pékin, Shanghai etc., à chaque ville sa gestion de crise et de sortie de crise du COVID-19. Les points communs sont les fameux gestes barrière, le port du masque systématique (même si le caractère obligatoire semble se relâcher un peu), la prise de température partout, et la généralisation du fameux QR code, attestant de son historique de déplacement des dernières semaines (et donc de son état de santé supposé).

Petit sentiment de malaise et mauvais pressentiment dimanche 29 mars au soir lorsque nous avons appris que les lieux touristiques de Shanghai qui avaient rouvert récemment – signe de renaissance et de reprise – fermaient de nouveau. Pearl Tower, Shanghai Tower, bateaux-mouches, cinémas… soit 25 lieux indoor, mais aussi 37 lieux extérieurs (jardin botanique, parc animalier…) – source Shanghai Daily 29/03/2020. Pourquoi et jusqu’à quand, ça…

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Et comme déjà mentionné dans mes précédents posts, la menace principale en Chine est actuellement la réimportation du virus. Depuis le 28 mars, les autorités chinoises ont donc tout simplement fermé leurs frontières à TOUS les étrangers, même porteurs de visas ou permis de travail (à part quelques rares exceptions). Plusieurs familles se trouvent donc à présent séparées, souvent avec un parent en Chine, et un autre parent avec enfants, ailleurs quelque part dans le monde. Ceux qui avaient choisi de quitter le pays il y a deux mois, au plus fort de la crise (et après l’annonce de la fermeture des écoles) se retrouvent donc « enfermés dehors », et confinés. Et pour nous qui sommes en Chine, pas de possibilité d’en sortir, sous peine de ne plus pouvoir revenir chez nous ensuite… Pas facile à vivre mais peu surprenant si l’on se place du côté chinois. Seuls les détenteurs de passeports chinois peuvent encore revenir – souvent des étudiants en provenance d’Angleterre ou des États-Unis. Pour eux à l’arrivée, c’est test au COVID-19, puis quarantaine obligatoire (14 jours) dans un hôtel dédié, ou hôpital en cas de résultat positif. Le flot de retours va se ralentir puisque le nombre de vols est à présent très réduit (un seul vol dans chaque sens entre Shanghai et Paris par exemple).

COVIDMINUTE

Pour lutter contre les fake news, les titres accrocheurs, sensationnels et catastrophistes, pour résister à la nausée provoquée par l’overdose d’information, je me permets de recommander, – encore et toujours – cette source d’information, qui se suffit à elle-même. Un point quotidien, un angle à 360 degrés sur le monde entier, des propos sérieux, factuels, clairs, et malgré tout porteurs d’espoir. Créé et piloté par le docteur Guillaume Zagury, expert en Santé Publique et avec 20 ans de Chine dans ses bagages. A suivre sur Facebook, LinkedIn, ou sur son site www.covidminute.com.

Vous pouvez à présent passer à autre chose…

ET SI ON PRENAIT UN PEU DE HAUTEUR…

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Lever du soleil du Breitling Orbiter 3 par Bertrand Piccard

Pour cela, un pionnier visionnaire tel que Bertrand Piccard ne peut que nous aider à élargir l’horizon de nos pensées. Voici quelques morceaux choisis de son récent article que je vous recommande : Une crise qu’on accepte est une aventure.

Nous n’avons pas le choix de ce que la vie nous amène, mais nous avons le choix de ce que nous en ferons.

Il n’y a donc aujourd’hui pas davantage de place pour le fatalisme que pour le stress.

Nous ne pouvons bien sûr pas changer l’épidémie actuelle, mais nous pouvons nous changer nous-mêmes.

Il faudra donc changer d’altitude pour changer de direction, et pour ce faire, lâcher du lest.

Fructifier une crise commence donc par envisager l’inverse de ce que l’on a appris à faire et à penser, dans nos réponses, réactions, décisions.

Est-ce que pour gagner un peu d’humanité dans un monde qui dégénère, une crise ne deviendrait-elle pas même souhaitable ?

Retrouvez cet article dans son intégralité en français ici, et en anglais , sur le site Solar Impulse Foundation .

DES NEWS DE LA CASA GOURGUES

Sans transition, rien de nouveau à signaler chez nous depuis la semaine dernière, à part la reprise du e-learning pour notre fille et la poursuite de celui de Basile. Et toujours pas de date de réouverture du Lycée Français de Shanghai…

DU DIVERTISSEMENT EN CASCADES

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L’Opéra National de Paris (crédit DG)

Depuis le début du confinement en France, de nombreuses options de divertissements fleurissent sur les réseaux sociaux notamment. Bien sûr, il y a la créativité débordante des humoristes professionnels mais surtout amateurs, qui nous régalent (en général) à longueur de journée de petites phrases, vidéos et autres photos détournées, pour que plus léger soit le fardeau.  Selon moi, savoir rire de tout situation difficile est un art, une qualité, une force.

Mais je veux aussi parler de l’offre culturelle numérique gratuite qui s’est considérablement étoffée ces derniers jours. Pour s’évader, quoi de mieux que de lire, écouter, voir toutes ces pépites dont nous ne prenons que trop rarement le temps de profiter !

> Le site Google Arts & Culture est une référence en la matière. On y trouve une foule de trésors culturels du monde entier. Courez-y !

> TV France :

– Sur france.TV, vous pouvez voir et revoir toutes les émissions de France Télévision en replay : films, séries, concerts, danse, théâtre, documentaires et autres échappées belles…

– J’ai redécouvert la chaîne TV Arte dont j’avais une image un peu poussiéreuse et intello je l’avoue… Sur son site internet, entre les concerts, les séries et fictions originales, les émissions-voyage, les décryptages de l’actu sous un autre angle, les documentaires sociétaux qui percutent, et même quelques longs-métrages, le choix est riche et vaste !

– La chaîne Canal+ était exceptionnellement passée en clair pour tout le monde en France jusqu’au 31 mars, mais n’envisage pas de prolonger cette offre exceptionnelle. Business is business… Cependant, sa série cultissime Le Bureau des Légendes (saison 1 à 4) est disponible en clair. En attendant la sortie de la saison 5, le 6 avril, pour les abonnés…

> Opéra : L’Opéra de Paris a mis en ligne ses plus beaux spectacles comme Le Lac des Cygnes, Les contes d’Hoffmann, Carmen… à certaines dates seulement, soyez vigilants !

> Théâtre : la Comédie Française a créé une chaîne en ligne pour proposer des spectacles, portraits et interviews aux heures de lever de rideau, tous les soirs à 18h30 et 20h30. Un programme par semaine est prévu. A suivre sur le site internet ou la page Facebook du Français.

> Musées : les plus beaux musées du monde, sans piétiner des heures, confortablement installé dans votre canapé ! Quelques suggestions : Le château de Versailles,  Le musée d’Orsay, le musée du LouvreLe musée Van Gogh à Amsterdam, Le British Museum à Londres, Le Guggenheim à Bilbao, Le MET à New-York…

> Lecture : de nombreux sites de téléchargement légal et gratuit de livres existent, par exemple : Livres pour tous, 1001 e-books, Fnac, Cultura  

> Mais encore : un petit tour sur la plateforme #culturecheznous, et vous découvrirez toute une offre culturelle numérique et gratuite du ministère de la culture : expositions, spectacles, conférences, archives, podcasts, vidéos, cinéma, offre jeunesse, etc.

Bien sûr, cette petite liste est non-exhaustive, et je vous encourage à la compléter en commentaires !

TEAMLAB BORDERLESS

One eye sees, the other feels (Paul Klee)

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TeamLab Borderless Shanghai (crédit DG)

Amis Shanghaiens, une idée de sortie culturelle, familiale (ou pas), au top de la technologie, qui vous en mettra plein la vue, et vous rechargera les batteries en version 100% colorisée, ça vous tente ?

Si vous aviez aimé l’exposition temporaire organisée par TANK Shanghai courant 2019, vous allez adorer le tout récent musée TeamLab Borderless. Le collectif d’artistes de l’équipe TeamLab a conçu un lieu unique, labyrinthe interactif d’effets spéciaux, de lumières, de couleurs, empreint de poésie et d’énergie. Le musée TeamLab a rouvert samedi 27 mars, espérons que cela va être maintenu… Détails et tickets sur le site 247tickets.

IDEE DE LECTURE EN TECHNICOLOR

Après tout cela, vous avez sûrement envie de couleurs, de nouveaux horizons, de grandes destinées ? Je vous suggère ce roman puissant, fort en émotions, solaire et charnel, qui vous fera voyager à travers le Mexique, les États-Unis et la France, des années 30 aux années 50. Et qui pose la question de l’impossible équation amour/rivalité artistique entre deux peintres.

RIEN N’EST NOIR de Claire Berest

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Autoportrait (Frida Kahlo)

Frida Kahlo, ce nom évoque à lui seul le portrait d’un visage, une personnalité marquée, un destin hors du commun, une sensation de chaleur et des couleurs vibrantes. Claire Berest nous embarque dans le récit incroyable de la vie de cette femme peintre et aussi épouse du célèbre peintre muraliste Diego Riviera. Elle nous raconte ce couple mythique d’artistes tumultueux, qui s’engagera aveuglement dans l’histoire politique du Mexique, mais surtout dans un amour passionnel, chaotique, aux mille excès, fait d’ombre et de lumière.

À force de vouloir m’abriter en toi, j’ai perdu de vue que c’était toi, l’orage.

Suite à un terrible accident de tramway à Mexico, la jeune fille de 18 ans débute un long calvaire de souffrance physique et morale. Mais c’est à partir de ce moment qu’elle se met à peindre, depuis son lit de convalescence, pour fuir la douleur. Quelques années après, Frida rencontre Diego Riviera, ce grand peintre muraliste, à la notoriété mondiale, maitre dans l’art des immenses fresques, dévoreur de femmes, aussi fascinant que provoquant. Le coup de foudre est réciproque, ils se marient très vite.

Bleu d’acier. Bleu pénétrant, qui s’échappe vers la nuit.

Frida la fracassée et Diego l’ogre sont deux êtres hauts en couleurs dont l’association menace à tout moment d’exploser. Diego déteste simplement qu’une journée se termine sans un peu de tension, une goutte de drame. Frida, elle, rejette toute convention, s’habille sans aucun code de couleurs ou matières, elle peut se noyer dans la tequila jusqu’au bout de la nuit, jure comme un homme, s’enflamme pour la cause communiste, mais par-dessus tout, elle aime Diego d’un amour fou. Même si cela l’oblige à vivre dans son ombre.

Elle peint pour s’abriter. Pour ne pas être seule.

Ils partent à San Francisco pour une commande, puis New-York et Detroit, mais le tourbillon mondain des artistes américains les aspire peu à peu. Le retour au pays ne saura réparer les deux âmes emmurées dans leur colère et leur souffrance. Frida prend le large, mais sera bientôt rattrapée par la couleur de la couleur. Noir d’encre.

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Rien n’est noir de Claire Berest, éditions Stock (250 pages), août 2019. Disponible en e-book.

QUARANTAINE, LE DÉBUT DE LA FIN ?

Shanghai, le Bund, mars 2020

PASSAGE EN NIVEAU 2

Puisqu’à présent, le monde entier est concerné par le Coronavirus, et que nous sommes tous inondés de mauvaises nouvelles venant de l’Ouest, voici quelques bonnes ondes en provenance de la Chine, pour que malgré tout, espoir vous gardiez

N’oubliez pas les consignes…

1. Depuis le mardi 24 mars, Shanghai est passé du niveau 1 au niveau 2 concernant sa réponse d’urgence face à l’épidémie. Le niveau 1 (niveau maximum sur un total de 4) avait été activé le 24 janvier, deux mois plus tôt donc. Deux mois durant lesquels tous les résidents de Chine ont pratiqué, et pratiquent encore : le confinement (selon les villes et les voyages récents), le port du masque systématique dès que l’on sort de chez soi, les contrôles de température partout dans la ville, la présentation d’un QR code attestant de son historique de « déplacements » durant les 14 et 15-30 derniers jours (donc la surveillance de tous nos mouvements), et les tests de dépistage.

2. Aucun nouveau cas local comptabilisé à Shanghai depuis le 3 mars, mais 94 cas « importés » à ce jour, détectés grâce aux tests massifs (et à présent systématiques) effectués aux aéroports à l’arrivée dans la mégapole. Quarantaine stricte obligatoire, à la maison ou dans des lieux dédiés (des « hôtels »), pour tous ceux qui sont passés par un des 24 pays dits à haut risque (dont la France, l’Italie, les USA, l’Allemagne etc.). Une organisation titanesque, un travail de fourmis, une efficacité toute chinoise. RES-PECT !

3. Wuhan : annonce de la levée des restrictions de déplacements dans la ville pour le 8 avril.  « La population du Wuhan a fait preuve d’une remarquable résilience » (Olivier Guyonvarch, consul général de France à Wuhan). En attendant, opérations massives de désinfection du métro, on se croirait dans un film de science-fiction…

Désinfection du métro de Wuhan (crédit : O. Guyonvarch)

4. Près de 20 provinces et villes de Chine, dont Shanghai, ont rouvert leurs sites touristiques. De plus en plus de librairies rouvrent leurs portes, j’attends personnellement la réouverture de L’Arbre du Voyageur avec impatience… Pour le reste, c’est toujours très progressif, commerces en horaires réduits, prestations de services en mode minimum, idem pour les sites culturels et touristiques, restaurants ouverts mais pas le midi pour beaucoup, et très vides le soir en général. Les livreurs ne peuvent toujours pas déposer leurs paquets en mains propres mais à l’entrée des résidences ou des lanes. Mais on y croit, ça repart ! Il y a du monde (masqué) dans la rue et même des embouteillages… On a le sentiment que la ville sort lentement et toute chancelante d’une longue hibernation, bientôt le printemps et l’été lui redonneront sa vigueur !

Livreurs et contrôle de température (crédit : Vent de la Chine)

5. Plutôt que d’évoquer le chômage qui augmente et les fermetures en chaîne de commerces et petites entreprises, je préfère parler des secteurs à qui profitent cette crise sanitaire : le e-commerce (notamment alimentaire), la livraison sans contact (avec développement des casiers intelligents), le live-streaming maintenant utilisé par les agents immobiliers/cosmétiques/cuisiniers, le e-learning qui a explosé pour devenir accessible à plus de 50 millions d’étudiants, les visites virtuelles de musées, et le télétravail bien sûr. L’avenir nous dira si cette progression sera durable ou pas… Pour plus de détails, je vous conseille la lecture de cet excellent article du Vent de la Chine : Avant/après : l’héritage de cette épidémie.

COVIDMINUTE

Le coro-tableau du 24/03/2020 (source : http://www.covidminute.com)

Ceux qui ont suivi mes dernières publications ont en général apprécié ma recommandation de LA source d’informations du docteur Guillaume Zagury, expert en Santé Publique et avec 20 ans de Chine dans ses bagages. Un angle à 360 degrés sur le monde entier, des propos sérieux, factuels, clairs, et malgré tout porteurs d’espoir. A suivre sur Facebook, LinkedIn, ou sur son site www.covidminute.com

DES NEWS DE LA CASA GOURGUES

Suite à son BasilExit (cf mon post précédent), notre fils est donc bien arrivé à Paris, bichonné chez nos amis pour suivre la fin de ses cours en ligne et passer ses examens. On a hâte de se revoir, mais on ne sait pas quand… Tiphaine, quant à elle, est en semaine OFF. Lundi prochain, reprise du e-learning du lycée, jusqu’à une date toujours indéterminée. On commence même à parler de bac blanc de français en ligne ! Les écoles de Suzhou (ville d’eau non loin de Shanghai) vont rouvrir le 30 mars. Espoir, espoir… Côté parents, ça bosse dur, ça fait des budgets (aie !), ça anticipe la reprise, ça change les organisations et les plannings, ça lit, ça écrit, ça téléphone, ça zoome/facetime/skype, ça fait du sport… Sans voyages ni diners pros depuis fin janvier et qui ne reprendront pas de sitôt, la famille et la planète disent MERCI !

FIN DE LA QUARANTAINE D’ANDREA

Andrea de retour dans sa residence (crédit : AC)

Dans ma Chronique de Retours Annoncés, je vous parlais d’Andrea, ressortissant italien envoyé en quarantaine dans un hôtel de Suzhou, après un séjour en Corée du Sud. Il est à présent sorti de son confinement. Cela a tout de même été décalé, car il a de nouveau dû subir un test au coronavirus, et attendre les résultats 48h. Vendredi 20 mars, avec son certificat de non-contamination en poche, il a enfin pu rejoindre son domicile, sans même avoir à payer son séjour à l’hôtel (ce qui à présent est obligatoire). Quelques palabres furent tout de même nécessaires aux portes de sa résidence, et il doit encore signaler toutes ses entrées et sorties. A présent, Andrea est très inquiet pour ses proches en Italie, et se sent comme nous tous plus loin que jamais de sa famille…  Il traque les news et espère chaque jour voir les courbes et statistiques commencer à infléchir.

NICOLAS, CHAMPION DE LA QUARANTAINE

Dans l’idée de partager des expériences différentes, je vous présente Nicolas, dont le parcours atypique peut faire relativiser certains confinés.

Jusque-là, tout va bien

La photo de mariage (crédit : NL)

A bientôt 35 ans, Nicolas est tombé amoureux de la Chine en 2010, suite à un stage lors de ses études de commerce. Il s’y est donc installé, a appris le mandarin et travaille comme agent pour des producteurs de vins de Bourgogne et Côtes du Rhône. A ses heures perdues, il est aussi magicien, et anime de nombreux spectacles dans tout le pays. Il rencontre Dana il y a trois ans, et la demande en mariage. Les papiers sont faits en novembre 2019, il ne reste plus qu’à célébrer l’événement. Jusque-là, tout va bien…

1er confinement, dans le Hubei

Le village familial entouré de foyers infectieux (crédit NL)

La fête du mariage dans la famille de Dana est prévue pour le 27 janvier, pendant les traditionnelles vacances du Nouvel An Chinois, dans la région du Hubei, à quelques kilomètres de Wuhan… Le 21 janvier, les deux fiancés prennent donc le train, un peu inquiets, mais sans imaginer la suite. Le vol des parents de Nicolas a été annulé, ils ne seront pas de la fête. Par précaution, le jeune couple ne descend pas à la gare de Wuhan, mais à celle d’avant, et termine le trajet en voiture. Le 23 janvier, la ville et la région tombent en lock-down, tout est bouclé, la fête de mariage est annulée. Impossible pour Nicolas et Dana de repartir sur Shanghai. Ils restent donc dans la famille, où tous s’entraident au sein du village en mode troc et débrouille, on s’échange des poulets contre des légumes. -4kg sur la balance… En contact avec le consul général de France à Wuhan dès le départ du premier avion de rapatriement, Nicolas espère encore une accalmie… Mais 28 jours après leur arrivée dans le Hubei, le couple décide finalement de partir par le 3ème avion affrété par les autorités françaises.

2ème confinement, en Normandie

Avec ses compagnons de quarantaine à Branville (crédit : NL)

Direction Branville en Normandie, pour une quarantaine de 14 jours, dans un centre Pierre&Vacances, dont une partie a été mise en isolation pour pouvoir les loger. « A part la météo très pluvieuse, c’était vraiment bien, on a été très bien accueillis, les tests de dépistage étaient négatifs, on a vécu dans une bulle avec les autres de l’avion, avec qui on a tissé des liens d’amitié uniques ! ». Au bout de 14 jours, le 6 mars, adieu la Normandie, Nicolas et sa femme rejoignent Paris puis Dijon dans la famille de Nicolas. « Nous étions vraiment inquiets de l’attitude des Français, personne ne semblait réaliser le danger, personne ne portait de masque dans le métro, le train… ».

3ème confinement, à Shanghai et séjour à l’hôpital

Le 10 mars, après avoir prodigué moults conseils à la famille, ils repartent sur Shanghai via Moscou, ayant trouvé des billets au prix raisonnable sur la compagnie Aeroflot. « A Moscou, tout le monde était en masque et l’avion était plein à craquer, des Chinois, des Italiens, pleins d’étrangers ». A l’arrivée à Shanghai, il faut passer les procédures de sécurité sanitaire, questionnaires, contrôle de température, passage aux douanes et au final, pastille orange sur le passeport et envoi en quarantaine au domicile, ouf ! A cette époque, pas de dépistage systématique car la France n’est pas encore sur la liste des pays à haut risque…

Nicolas à l’hôpital (crédit : NL)

Deux jours plus tard, vendredi 13 (!), le téléphone sonne, « il y a un cas suspect qui était dans votre avion, deux rangées devant vous. Par précaution, vous devez finir votre quarantaine dans un hôtel dédié. ». Nicolas et Dana refont donc leurs bagages respectifs, car ils savent qu’ils seront dans deux chambres séparées. Mais Nicolas se sent fébrile, il tousse, a très mal à la gorge et sa température est de 37,5… Pour lui, direction l’hôpital donc. Il réalise alors qu’il n’a plus d’assurance santé depuis début janvier… Il en souscrit une en urgence, spécial Covid19. Il subit alors une batterie de tests, prise de sang, scan des poumons et dépistage au coronavirus. Bonne nouvelle, rien à signaler, à part une grosse angine ! On le soigne et son état s’améliorant, il sort de l’hôpital le 17 mars, direction l’hôtel de quarantaine. Là, il déchante rapidement, c’est assez spartiate, les repas sont « très peu à son goût », impossible de se faire livrer de la nourriture, il fait sa lessive à la main avec les moyens du bord. Nicolas occupe alors ses journées à faire des montages avec toutes les vidéos qu’il a prises depuis le début de son périple coronaviral, à jouer avec sa Playstation (qu’il avait pris soin d’embarquer dans ses bagages !), et se sèvre contraint et forcé de la cigarette (interdiction de fumer et impossible de se faire livrer du tabac).

Un nouveau tour de magie ?

Nicolas le magicien (crédit : NL)

La sortie est prévue le 26 mars, Nicolas va enfin retrouver sa jeune épouse. Côté boulot, il espère que le secteur de l’importation de vins va repartir aussi vite que possible et va s’atteler à la tâche dès demain. La fête de mariage en France est prévue pour le 20 juin, il a déjà réservé et engagé des frais, mais doute fort que cela puisse être maintenu… Faut-il reporter à 2021 ? Mais lueur d’espoir, il vient d’être contacté pour assurer des spectacles de magie dans un parc d’attractions en Chine ! Un vrai signe d’amélioration de la situation. Nicolas, si tu pouvais nous faire disparaitre ce satané virus d’un tour de magie, le monde entier te serait reconnaissant…

IDEE DE LECTURE SPECIALE CONFINEMENT

En cette période de slow life et de retour aux choses simples, je vous propose une lecture qui vous fera prendre un bon bol d’air, luxe appréciable pour ceux qui sont enfermés en appartement… Si vous n’avez pas de Kindle, il existe des sites de téléchargements gratuits, j’ai trouvé ce livre sur celui-ci.

LA PANTHERE DES NEIGES de Sylvain Tesson

La panthère des neiges, animal mythique et légendaire, que tant d’hommes ont rêvé apercevoir, ne serait-ce que de loin… Lorsque son ami, le photographe animalier Vincent Munier, lui propose de le suivre à la recherche de ce félin mystérieux, Sylvain Tesson ne peut que signer. Et partir avec deux questions en tête. Cet animal existe-t-il toujours ? Si oui, le verront-ils ?

(crédit photo : Vincent Munier)

L’art de l’affût

L’équipe s’envole vers les hauts plateaux du Tibet par un mois de février. Ils campent à plus de 4.000 mètres d’altitude : l’air est coupant, comme à vif, sentant la pierre froide, il fait -25 degrés le jour, -35 la nuit. Le ciel était bleu comme une enclume, ils tutoient la beauté, observant la valse lente de l’espèce animale, et tentant de voir l’invisible. Inspiré par ce spectacle époustouflant, l’auteur laisse libre cours à ses réflexions sur le règne animal, l’homme, et le rôle qu’il s’est attribué sur Terre, sans oublier d’être drôle par moments… :

Les animaux incarnent la volupté, la liberté, l’autonomie : ce à quoi nous avons renoncé.

L’une des traces du passage de l’homme sur la Terre aura été sa capacité à faire place nette […] il était un nettoyeur.

Comme les monitrices tyroliennes, la panthère des neiges fait l’amour dans des paysages blancs.

Un chat dans une gorge

En campement dans le canyon des panthères, les aventuriers attendent pendant plusieurs jours. Heures de froid, de silence et de solitude, paysage immuable, ciel de pierre, ordre minéral et températures négatives…  Ce luxe de passer une journée entière à attendre l’improbable ! Comme une initiation à l’art chinois du non-agir, le Wu Wei… On ne voit rien et puis subitement, elle s’impose. Elle arrivait comme la neige, et se retirait à pas de feutre, fondue dans la roche. Ils auront la chance de vivre trois apparitions divines. Plus rien ne serait désormais équivalent en ce lieu fécondé par la présence. Ni en mon for intérieur.

Ce récit est une véritable bouffée d’oxygène frais, presque trop pur, comme à 5.000 mètres d’altitude. Il montre la nature en grand angle, sa beauté brute et minérale, tout en s’interrogeant sur la place de l’homme sur la planète.  Et si ce récit pouvait laisser à ses lecteurs bien plus qu’une empreinte dans la neige…

La panthère des neiges de Sylvain Tesson, éditions Gallimard. Prix Renaudot 2019.

AU BOUT DU TUNNEL, LA LUMIERE…

QUAND LA FRANCE SE REVEILLE

Depuis mon article précédent, que de choses se sont passées sur cette planète qui ne tourne plus très rond… En résumé, le monde, et la France, ont enfin pris conscience de la gravité de cette crise sanitaire, il était temps !

Bien sûr, depuis début 2020, pour beaucoup de Français, c’était là-bas, en Chine, c’est loin la Chine… Personne ne se rendait vraiment compte de notre quotidien depuis début février : limitation des contacts, confinement, quarantaine, fermeture des bureaux et de tous les commerces (à part les magasins alimentaires, les pharmacies et…les tabacs bien sûr), télétravail, e-learning pour les enfants et étudiants. Nous aussi, nous avons vécu la rupture de stocks de masques, de gel hydro-alcoolique, avec en plus l’obligation formelle de porter un masque partout en dehors de chez soi… Résultat, chacun reste chez soi. Pas besoin de militaires ici pour faire respecter les consignes, c’est l’avantage du régime politique de la Chine…

Mais voilà maintenant, aux quatre coins de la planète, vous y êtes, nous y sommes, tous ou presque. Et vous vous demandez comment on a pu faire ! On a fait, c’est tout. On a respecté sagement les consignes, pas le choix. Certes, c’est pesant, mais bon c’est vivable ! Bonne nouvelle, le lavage de mains va se généraliser et se perfectionner ! Petite phrase vue sur internet « Vos grands-parents ont dû se battre pour gagner la guerre, vous, on vous demande de rester sur votre canapé* pour gagner une autre guerre ! ». Et oui, c’est agaçant, on ne se sent pas libres de ses gestes, de ses mouvements, et surveillés en plus. Mais tout d’abord – comment dire – nous sommes habitués à ce sentiment dans notre cher pays d’accueil… Et puis, dans ces circonstances, le civisme l’emporte sur les revendications des sacro-saintes libertés. Éveil des consciences dans le reste du monde, et soudain, vos appels et messages sont plus fréquents, on apprécie !

*Le canapé ne concerne évidemment pas tous ceux qui sont sur le front, en 1ère ligne, dans le secteur médical, j’y viendrai en fin d’article.

TROP D’INFOS TUENT L’INFO

Noyés sous le flot d’informations plus ou moins fiables et stressantes, si vous n’aviez qu’une source d’infos à retenir, c’est celle-ci que je vous conseillerais. Je vous ai déjà parlé du docteur Guillaume Zagury, expert en Santé Publique et avec 20 ans de Chine dans ses bagages, et des rapports quotidiens qu’il nous présente depuis fin janvier. Les outils se sont professionnalisés, son équipe s’est étoffée, et forcément, son angle d’analyse s’est élargi au monde entier. Je ne saurais que trop vous encourager à consulter sa publication quotidienne, claire, factuelle et non anxiogène sur le site www.covidminute.com

LE VERRE A MOITIE PLEIN

Alors voilà, la seule issue selon moi, c’est de voir le verre à moitié plein, de rester positive, optimiste, si, si, c’est possible ! En cherchant un peu, chacun peut trouver en soi des ressources surprenantes. Je sais que beaucoup trouvent mon ton un peu trop mièvre, genre « Bisounours », mais je n’enjolive rien, je m’attache juste à tourner le dos à toute pensée négative et anxiogène, pour faire plus de place aux ondes positives. Chacun sa méthode, celle-ci est la mienne !

Ça va encore être long, très long (plus que 15 jours en France, j’en suis sure), donc, on inspire profondément, et on se motive !

Recette du confinement COVID-19 :

  • Rassemblez votre stock de bienveillance, altruisme, zénitude et optimisme
  • Ajoutez une généreuse dose de bons petits plats
  • Arrosez le tout de vos boissons favorites (en toute modération bien sûr)
  • Transformez votre salon en salle de sport pendant au moins 60 minutes par jour
  • Sans oubliez de vous laver les mains 50 fois par jour
  • Puis de les tartiner d’une bonne couche de crème hydratante
  • Terminez par une séance de home cinema en famille (achetez vite des actions Netflix !)
  • Parsemez sans retenue de rires et fous rires
  • Routine à répéter chaque jour à 100% pendant une durée… indéterminée.

Recette validée par le cordon bleu de la maison (et comme beaucoup savent, ce n’est pas moi !). Mais je suis consciente que les données ne sont pas les mêmes pour nos aînés, plus isolés, pour les célibataires, pour les couples en crise… Et quid des SDF, des migrants en campements autour de Paris ? Je garde aussi une pensée sombre pour ces foyers où Monsieur a pour sale habitude de violemment passer ses nerfs sur sa compagne et/ou ses enfants. La recette ne sera pas la même pour eux malheureusement…

SPRING IS BACK

Contrôles de sécurité à l’arrivée sur Shanghai (Crédit : ASD)

Sans transition, voici les nouvelles fraîches de Shanghai. Depuis le 13 mars, les autorités locales ont ajouté la France à sa liste de pays à haut risque (encore un cran d’avance ces Chinois !). Cela signifie que toute personne étant passée par la France au cours des 14 jours précédant son arrivée à Shanghai devra observer une période de quarantaine de 14 jours à domicile ou dans un centre dédié (hôtel chinois). Pour des retours d’expériences sur ce sujet, relire mon article précédent, Chronique de retours annoncés.

Les retours de ceux qui s’étaient exilés en France début février se sont donc intensifiés ces derniers jours. Les mesures de contrôle à l’arrivée sur Shanghai se durcissent, il y a apparemment maintenant un dépistage du virus dans un centre spécialisé avant la mise en quarantaine, procédure qui peut durer jusqu’à 12h et dans des conditions, disons, rudes. Welcome back !

Le fameux mur…

Toujours pas de date de reprise des écoles à Shanghai, le e-learning bat son plein, les RV type conf call via l’outil Zoom se multiplient pour Tiphaine. « C’est long« , confie-t-elle, elle sature, « j’en ai marre d’être face à mon mur toute la journée !« , mais elle tient le coup, et s’en sort vraiment super bien, elle est forte ma fille ! Côté bureaux, ils ont tous rouverts, les effectifs s’étoffent de jour en jour, et outre la gestion de crise à poursuivre, il faut préparer la suite, car il y aura bien un après-COVID-19. Si l’exercice de prévisions budgétaires et de préparation de plans d’actions commerciales et marketing n’a jamais été simple, là cela tient de l’équilibrisme !

Dans la rue, c’est le printemps ! Les Chinois commencent tout juste à oser mettre le nez dehors, les commerces rouvrent peu à peu, les galeries d’art et musées aussi (Disney Shanghai est le seul au monde ouvert à present je pense, enfin « partiellement »), quelques parcs publics déverrouillent leurs grilles, on revoit un peu d’enfants en trottinettes sur les trottoirs, mais c’est encore timide… Les restaurants aussi ressortent leurs tables, mais espacées, pas de grands groupes et horaires réduits. Certains compounds ont encore un couvre-feu. Pour d’autres, il est de plus en plus difficile, voire impossible, d’inviter des visiteurs, même s’ils sont à Shanghai depuis plus de 15 jours – et c’est le cas chez nous à présent ! La peur de la réimportation du virus est immense… Donc ça va mieux, mais ça n’est pas encore redevenu normal. Tout le monde reste masqué partout, c’est obligatoire. Et le fameux QR code dont je parlais dans mon article précédent s’est généralisé en moins d’une semaine, impossible d’aller nulle part sans le présenter. Il atteste que vous êtes bien à Shanghai depuis plus de 14 jours (de même que les membres de votre famille à la maison).

Les portes commencent à s’ouvrir à Shanghai
Les commerces ont levé leurs rideaux

Donc à tous, gardez espoir, cette situation aura une fin, même si cela va changer certains comportements, en bien je l’espère ! Vous serez fiers d’avoir tenu bon. Bientôt, vous aussi, vous apercevrez la lumière au bout du tunnel…

BASILEXIT

Nous avons par ailleurs vécu 48h bien denses à organiser le Basilexit de notre fils à Londres ! Son université ayant annoncé sa fermeture et la mise en place des cours et des examens de mai en ligne, tous les étudiants ont commencé à rentrer dans leurs familles. Oui mais dans notre cas, cela s’annonçait compliqué, je rappelle qu’en plus des mesures exceptionnelles du moment, il faut un visa (de tourisme dans son cas) pour entrer en Chine… Nous étions en train de réfléchir à un lieu plus sympathique et moins isolé que sa chambre d’étudiant pour faire ses révisions et passer ses examens. Puis les bruits et rumeurs de fermeture des frontières de la France se sont intensifiés, un appel d’amis de Londres nous a fait prendre conscience de l’urgence (on ne les remerciera jamais assez !), et dimanche nous avons décidé avec notre fils de programmer son départ de Londres dans les 24h maximum. Il a donc dû en catastrophe vider sa chambre, déposer ses affaires d’hiver chez une bonne amie londonienne, et boucler ses bagages pour les mois à venir. Nous avions réussi à avoir un billet d’Eurostar pour 16h30, mais celui-ci a été annulé quelques heures avant, en raison de « mesures spéciales coronavirus ». Il se précipite alors à la gare Saint-Pancras, et saute dans le train de 13h20, avec un billet au nom d’une copine, qui en avait achetés deux. Nous sommes restés en ligne avec lui jusqu’à ce que le train démarre, ouf… Un bon début de scénario de film, genre Mission Impossible ou La Mémoire dans la peau !  Il est bien arrivé à Paris, accueilli à bras ouverts par nos amis Zoé et François, ex-Shanghai, et dont le fils Basile (!), est dans la même université. La Bande à Basile (référence que seuls les dinosaures comprendront) est en pleine reconstitution et prépare son prochain tube, « Confinement »…

Le monde sens dessus dessous…

A CHACUN SON COVID-19

Parce que c’est humain, chacun regarde d’abord sa situation personnelle, j’essaie d’ouvrir les écoutilles et je pense très souvent à tous mes proches qui vivent cet épisode de façon très différente, ailleurs quelque part dans le monde. J’ai interrogé plusieurs d’entre-deux et je vous livre les premiers retours d’expérience, la suite viendra plus tard.

Quentin, coincé au large de la Birmanie

« Je travaille comme ingénieur forage, à Pau un mois sur deux, et sur une plateforme offshore au Myanmar (Birmanie) l’autre mois. Je vis avec ma fiancée Angelica, Colombienne, loin de sa famille et un peu seule à Pau, actuellement en télétravail dans notre appartement. Étant hypochondriaque, j’ai rapidement pris conscience du potentiel du virus et j’ai commencé à m’y intéresser le 20 janvier. Depuis je suis tous les jours l’évolution sur le site worldometers.info. J’ai fait le plein de conserves, de masques, de gel et nous avons retiré du liquide (oui toujours plus dans l’excès…). Je suis arrivé au Myanmar le 10 mars, soit deux jours avant le début de l’interdiction d’entrer des Français dans ce pays (pas de bol pour moi…)

Si je ressens une appréhension ? Oui, car 3% de mortalité (peut-être plus en Europe) c’est beaucoup, surtout à la vitesse à laquelle se propage le virus. Bien qu’a priori les jeunes soient moins sévèrement touchés, je suis anxieux de l’avoir et que mes grands-parents et parents l’aient. Surtout ma mère, médecin et particulièrement exposée. Et il y a cette incertitude de pouvoir revenir en France en l’absence de vol. Je crains de rester bloqué un certain temps dans un pays qui, officiellement, ne comptabilise aucun cas… Donc oui, ma copine et ma famille me manquent. Dans mon quotidien, pas de gros changements depuis une semaine, si ce n’est une grosse logistique à mettre en place pour accueillir de nouvelles personnes sur la plateforme. Notre base à terre est sur le qui-vive pour gérer la crise. Nous, on continue nos opérations. Stay focus. Le point positif de tout cela : la réduction des vols et de l’activité économique mondiale. Un changement de mode de vie est en cours. Un nouveau paradigme qui se met en place ? »

Benjamin, anesthésiste-réanimateur au CHU de Bordeaux

Mon cousin Benjamin, anesthésiste-réanimateur au CHU de Bordeaux (crédit : 20 Minutes)

« Étant donné ce que j’ai vu aujourd’hui, ne prenez vraiment pas la situation à la légère ! Le sud-ouest de la France, ultra préservé depuis le début, rentre aujourd’hui dans le dur. Les malades sont graves, se dégradent très vite, ils sont nombreux et jeunes (66-32-28-26 ans pour ceux d’aujourd’hui) et mise à part un peu de surcharge pondérale, rien qui nous distingue d’eux… Les services se remplissent à toute allure. Bref, protégez-vous au mieux et clairement ne prenez pas d’anti-inflammatoire (c’est leur point commun). »

On est loin de la grosse grippe pour certains… Lisez ce reportage édifiant « Coronavirus à Bordeaux : au cœur de l’unité COVID-19 du service réanimation du CHU Pellegrin »

Stéphanie, « on attend la vague qui va mettre une grosse claque »

« Je vis sur Toulouse avec deux de mes enfants : Julie qui travaille pour l’Aide Sociale à l’Enfance et qui donc continue à travailler, car il faut réorienter certains enfants placés dans des familles pour limiter les regroupements ! Et Pénélope, étudiante, qui découvre les joies de l’enseignement à distance.

Crédit : SC

Je travaille comme médecin psychiatre aux urgences du CHU de Toulouse où l’ambiance est pré-apocalyptique… Chacun se prépare avec sérieux et attend la vague qui va mettre une grosse claque. Une des premières mesures prises à l’hôpital a été la fermeture de certains ascenseurs, nous imposant des détours absurdes au sein du bâtiment des urgences ! Nous avons ensuite été privés d’internat et donc de déjeuners à la cantine (c’est cool au moment où nous le savons nous allons travailler plus). Dure bataille aussi pour avoir des masques, mais ils sont arrivés ce matin !!! Et si je peux me permettre ça tient très chaud… Pour moi qui suis une vieille de l’hôpital, je me souviens de la même tension lors de la canicule de 2003, ou des attentats de 1995 : un bricolage plein de talents et de bonne volonté, ça bricole mais c’est beau à voir ! Ce qui m’inquiète c’est la durée prévisible de tout ça. Et le manque de personnel : nous sommes 3 médecins présents actuellement sur les 6 médecins nécessaires à faire tourner le service (les raisons : un bébé, un départ non encore remplacé et un burn-out). Si l’un d’entre nous tombe malade…

Mon appréhension principale est que mon frère Benjamin (cf ci-dessus) ou un de mes fils Baptiste (aussi médecin), qui sont en première ligne en service réanimation depuis le début, soient épuisés puis contaminés…. Ma deuxième crainte est d’être moi-même source de contamination (et statistiquement je vais l’être) pour mes patients.

En dehors du travail, j’ai pris mes distances « sociales » mercredi dernier quand j’ai compris l’enjeu de la distance justement, et j’avoue que c’est un peu pénible de ne sortir que pour voter ou travailler ! Le point positif de tout cela ? L’intensité des conversations sur le groupe WhatsApp familial et les rires partagés lors de ces échanges. Non, le vrai point positif c’est l’interrogation qui pointe sur le modèle libéral et global, et aussi la baisse de CO2 ! Message aux lecteurs : prenez soin de vos voisins. »

Merci à Quentin, Benjamin et Stéphanie pour ces témoignages.

Je suis très admirative de tous ces personnels soignants qui travaillent d’arrache-pied, alors que l’on sait combien l’hôpital public est en grave crise en France. J’espère de tout coeur que tous vont tenir… On ne vous dira jamais assez merci !

L’ART SAUVERA LE MONDE (Dostoïevski) – SUITE

Puisqu’à Shanghai, la vie reprend, il faut bien vivre ! Après l’exposition d’Art+Shanghai la semaine dernière, je vous invite cette fois à vous rendre à la galerie ArtCN pour vous plonger dans une expo photo à la fois très ludique et pleine de sens. L’artiste Autumn Lyn a posé en 2019 à plus de 250 personnes la question « Que cherchez-vous ? ». Existentielle ou légère, cette interrogation a donné naissance à de beaux échanges. Il en résulte une série de photos en noir et blanc (une sélection parmi les 250), avec comme point commun une loupe devant un œil du sujet.  Chaque photo est soutenue par le texte de la réponse du sujet : des propos qui vont de la réflexion profonde à l’interpellation humoristique. Courez-y, c’est juste ce dont nous avons besoin en ce moment…

The Seekers Project par Autumn Lyn, jusque mi-avril. Galerie ArtCN, 876 Jiangsu Road, building 3. Du mardi au samedi 11h-19h, le dimanche sur RV.

CHRONIQUE DE RETOURS ANNONCÉS

Red Vortex, Shi Jindian, 2019, Art+ Shanghai gallery

OBJECTIF AVRIL

6ème semaine depuis la fin des vacances du Nouvel An Chinois et le début de notre expérience coronarienne à Shanghai.

Après une semaine de pause du e-learning du Lycée Français de Shanghai, les élèves (et les professeurs) ont repris le chemin de… leur chambre/bureau/ordinateur… Toujours pas de date de reprise à l’horizon, même si mon optimisme naturel me laisse encore espérer la fin du tunnel début avril, au moins pour les classes à examens :) Je m’amuse de voir mes amies de tous pays me contacter pour me demander un retour sur le e-learning à Shanghai ! La Chine sera donc pays précurseur aussi dans ce domaine… Conseillez donc à tous vos directeurs d’école de contacter la nôtre, experte en e-learning à présent !

Aujourd’hui, je vais laisser la parole à quelques personnes qui sont revenues récemment sur Shanghai. Un bel exemple des différences de gestion de cette crise sanitaire entre la Chine et l’Europe. Car ce que la Chine craint plus que tout aujourd’hui, c’est la réimportation du virus depuis l’étranger… Après tant d’efforts, on comprend ! Ça se durcit chez nous aussi, le fameux QR code (vert, jaune, rouge) – attestant du risque/non-risque sanitaire que nous représentons chacun – doit être présenté pour entrer dans notre résidence, dans de nombreux bâtiments officiels, cela va se généraliser sur toute la ville…

Je précise que mon but est, non pas de stresser, mais d’informer (car on réagit toujours mieux en étant préparé) et de rassurer ceux qui hésitent encore à revenir. Car nous vous attendons tous ! A l’heure où j’écris cet article, la France n’est pas considérée comme un pays à risques (donc avec quarantaine obligatoire) par la Chine, mais il est important de surveiller quotidiennement les communiqués officiels et le site du consulat français de Shanghai…

MAINTENANT OU JAMAIS

Séverine, mère de deux jeunes enfants de 10 et 6 ans, a passé ses vacances du Nouvel An Chinois en Thaïlande en famille. A l’annonce de la fermeture du lycée, elle songe rapidement à rentrer en France. En effet, n’étant pas revenue à Noël, cela serait l’occasion de voir ses parents et beaux-parents, et cela permettrait à ses filles de suivre le e-learning de façon plus détendue. Car son état d’esprit positif la pousse à voir le bon côté des choses dans cette histoire de virus ! Seul bémol, laisser son mari seul à Shanghai…

Après quelques jours d’hésitation (et d’attente au soleil), elle se décide et part en France. Là-bas, pas encore de panique sur le sujet, elle respecte quelques jours d’isolement pour finir la fameuse quarantaine de 14 jours, puis elle profite sereinement de la famille.

Début mars, voyant le virus se propager à toute vitesse en Europe et être bien sous contrôle à Shanghai, Séverine ne voit plus de raisons de rester. Elle ne veut pas se retrouver bloquée en France et tient à ce que ses filles terminent l’année scolaire à Shanghai. Et il subsiste une excellente raison de rentrer, celle de retrouver son mari ! Bien informée, elle est parfaitement consciente que les procédures se sont durcies à l’arrivée à l’aéroport de Pudong. Car même si la position de base des autorités shanghaïennes – à ce jour – est de ne pas imposer de quarantaine à ceux qui arrivent de France, il existe de nombreuses exceptions… (mesures de certains propriétaires ou compounds, présence de personnes suspectes dans l’avion etc.). Elle sait donc très bien qu’il existe un risque d’être envoyée avec ses filles dans un hôtel habilité pour faire sa quarantaine. Mais bon, « on fera nos 14 jours dans un hôtel et puis c’est tout ! » se dit-elle.

La fameuse pastille verte (crédit : FC)

Elle prend donc son avion China Eastern samedi matin, avec le numéro du consulat sous la main, comme il a été conseillé – toujours utile pour arranger des situations ubuesques ou des décisions qui semblent abusives… Le vol s’est très bien passé. Prise de température avant l’atterrissage, puis sortie des passagers par petits groupes, contrôles divers et variés, agrémentés de questionnaires en anglais et en chinois, à gros renfort d’applications de traduction si nécessaire. Un peu long certes (quelques heures en réalité), mais une gestion correcte et au final, le Graal pour Séverine et ses filles, la pastille verte apposée sur leurs passeports puis les retrouvailles à la maison. Après 24h de flou, Séverine est maintenant fixée, son compound du centre-ville lui impose une quarantaine assez stricte : 14 jours sans avoir le droit de mettre le nez dehors, mais elle prend cela avec humour en précisant : « même pas le droit de sortir les poubelles ! », j’en connais un qui doit être ravi…

PARCOURS DU COMBATTANT…GAGNÉ !

Pour Fabiola, les choses ont bien failli tourner autrement. Après quelques jours à Harbin (au nord-est de la Chine) pour découvrir les sculptures de glace et le légendaire grand froid – et sans aucun touriste ! – Fabiola et sa famille décident de partir quelques jours au soleil lorsque la nouvelle de la fermeture du lycée et des bureaux tombe. De retour à Shanghai début février, et après une semaine de e-learning et home office, elle décide de s’envoler vers la France avec ses enfants quelque temps, histoire de déstresser un peu. Ils en profitent tous les trois pour revoir la famille, mais les discussions sur le Coronavirus se tendent rapidement. Fabiola s’avoue choquée de voir avec quelle légèreté le sujet est pris dans la métropole, par les autorités et la population. Elle réalise que personne ne veut, ni porter, ni même acheter de masques – très rapidement introuvables d’ailleurs -, et encore moins la génération des seniors… Le fossé culturel est bien là.

Retour à Shanghai ! (crédit : FC)

Alors que les chiffres des malades s’affolent en France et se ralentissent sérieusement en Chine, Fabiola décide de rentrer chez elle, à Shanghai. Arrivée à l’aéroport Charles-de-Gaulle, même choc, presque personne ne porte de masque à part eux, et surtout, ils se font dévisager comme des pestiférés ! Même la pharmacienne (où elle achète des thermomètres frontaux pour les copines car c’est en rupture de stock à Shanghai, et on va en avoir besoin tous les jours à la reprise de l’école…) ne voit pas l’intérêt de se protéger… A la porte d’embarquement, changement d’ambiance : vol China Eastern, personnel et majorité des passagers chinois, tout le monde en masque (parfois de plongée !), gants, et parfois en panoplies de protection des plus farfelues…

Voyagez couverts !
Aéroport de Pudong, Shanghai, mars 2020 (crédit : FC)

Après un vol semblable à tout autre, on contrôle leur température peu avant l’arrivée. Une fois atterris, ils doivent attendre 4h dans l’avion, sans savoir ce qu’il se passe. Après avoir rempli un formulaire pour les douanes, les passagers sortent par groupe de 50 et suivent une procédure bien balisée. Le personnel de l’aéroport est en combinaison intégrale antibactérienne, « on ne voit que la peau autour des yeux, et encore, pour ceux qui ne portent pas de lunettes de vue sous celles de protection ! » précise Fabiola. Mais ils sont tous très aidants et efficaces. Vérification des formulaires, nouveaux formulaires à remplir, avec contrôle des destinations de ces dernières semaines. Puis lors du passage sous la caméra thermique, Fabiola affiche un score de 36.6 degrés, parfait ! Mais à sa grande surprise, une fois ses enfants passés devant, elle se fait retenir pour procéder à des contrôles supplémentaires… Cela fait déjà 40 minutes qu’elle est sortie de l’avion ! Gros stress pour elle, passage en revue des questionnaires, encore et encore, puis on la fait entrer dans une pièce annexe pour quelques examens complémentaires. Ils effectuent un test buccal, la languette est déposée dans une fiole et le liquide passe au… rose fluo ! Nouveau coup de stress, surtout en voyant la tête de l’employée face à sa fiole rose ! Fabiola doit alors retourner au guichet précédent, remplir quelques papiers de plus, donner un nom et numéro de téléphone d’un contact en Chine, puis miracle ! Ils apposent enfin une pastille verte sur son passeport ! La suite est rapide, récupération des bagages (et enfants !), sortie sans scan des valises et retour en famille avec le chauffeur, qui lui aussi avait dû montrer patte blanche pour arriver jusqu’au parking. A la maison, après les contrôles d’usage auxquels nous sommes tous habitués, tout le monde a pu souffler et reprendre ses marques.

JE PRECISE QUE DEPUIS DIMANCHE, DE NOMBREUX TEMOIGNAGES SUR LE GROUPE WECHAT « RETOUR À SHANGHAI » INDIQUENT QUE LES CHOSES SE RODENT ET QUE LES DELAIS DE TOUS CES CONTROLES SONT BEAUCOUP PLUS RAPIDES. MARDI MATIN, CERTAINS ONT MIS TOUT JUSTE 2H ENTRE L’ATTERRISSAGE ET LA SORTIE DE L’AEROPORT, UN RECORD !

VEUILLEZ PASSER PAR LA CASE HOTEL…

Et puis voilà, pour d’autres, le séjour en quarantaine à l’hôtel est inévitable. C’est le cas d’Andrea, ingénieur de nationalité italienne, travaillant pour une société américaine près de Suzhou. Je précise qu’Andrea en est à sa 2ème expatriation en Chine, qu’il parle très bien mandarin (tout comme anglais, français, allemand, espagnol…), ce qui l’a sûrement aidé dans son périple….

Après son séjour à Taiwan lors des vacances du Nouvel An Chinois, Andrea rentre à Suzhou, avec un petit stock de masques pour ses amis. Les bureaux n’ont pas rouvert, les proches en Europe s’inquiètent, quelques compagnies aériennes commencent à fermer leurs lignes vers la Chine. Andrea décide alors de partir sans aller trop loin, et il choisit…la Corée du Sud… Il connait bien ce pays, il va souvent à Séoul pour raisons professionnelles. A son arrivée le 8 février, il subit quelques contrôles à l’aéroport, remplit des questionnaires, et doit signaler tout début de symptômes auprès des autorités. La filiale coréenne de sa société lui demande de ne pas venir dans leurs bureaux pendant 14 jours. Il reste donc à l’hôtel, puis au bout de quelques jours, sort un peu, se balade dans la ville, mais sans fréquenter de lieux où il y a du monde. Au bout de 15 jours, la situation se dégrade fortement en Corée et une semaine plus tard, l’usine de sa société ferme. Bref, le 4 mars, au bout de quatre semaines, dont deux en semi-quarantaine, Andrea décide de rentrer en Chine, où la situation commence à s’améliorer. Mais en se doutant bien qu’une nouvelle quarantaine l’attendait à l’arrivée…

Contrôles jusque sur le parking à l’aéroport (crédit : AC)

Effectivement, dès l’atterrissage de son vol Séoul-Shanghai, plusieurs employés de l’aéroport de Hongqiao montent dans l’avion et se dirigent vers lui à cause de son passeport italien. Il lui sera posé de nombreuses questions (souvent plusieurs fois les mêmes), sur ses derniers voyages en Italie (qui dataient de décembre), mais rien du tout sur la Corée. Sa résidence à Suzhou n’étant pas autorisée à héberger quelqu’un en quarantaine, on lui confirme qu’il doit se rendre dans un hôtel habilité par les autorités. Heureusement, il avait anticipé et son service des ressources humaines avait déjà travaillé sur le sujet pour lui permettre de faire cette quarantaine près de ses bureaux (donc avec moins de monde) et non à Shanghai. Au bout de 4h d’âpres négociations (et c’est là où sa maitrise du mandarin l’a beaucoup aidé), il peut enfin quitter l’aéroport, avec son chauffeur (après nombreuses vérifications aussi sur celui-ci), direction Zhangjiagang.

L’hôtel de quarantaine d’Andrea (crédit : AC)

Bienvenue au Shazhou Lake Hotel ! Andrea est donc depuis quelques jours en quarantaine dans cet hôtel au nom prometteur, tout comme deux autres personnes au même étage. Sa chambre est tout à fait correcte, avec deux lits simples, pour pouvoir dormir dans des draps propres au bout d’une semaine, sans que du personnel n’ait besoin d’entrer… Il y faisait très froid lors de son « check-in », les fenêtres étant volontairement bloquées entrouvertes, « pour faire circuler l’air » lui a-t-on expliqué ! Il a réussi à obtenir un radiateur qu’il fait fonctionner 24h/24. Il a reçu une liste des consignes à respecter, l’heure à laquelle il doit poser sa poubelle devant sa porte, celle des deux passages quotidiens du médecin venant contrôler sa température etc. A part celui-ci, « vêtu de la fameuse combinaison de cosmonaute », il ne voit personne et ne peut pas sortir de sa chambre.

Les plateaux repas d’Andrea (crédit : AC)

Côté repas, on lui sert trois fois par jour un plateau sur une petite table disposée devant sa porte. « Cela n’est pas très appétissant, il y a ce riz gluant sans goût que je jetterais volontiers par la fenêtre… En plus, je suis végétarien, ce qui complique les choses ! Mais ils essaient d’en tenir compte et je réussis à me faire livrer des fruits par exemple par une collègue ou mon chauffeur, qui m’aident très gentiment ».

Andrea s’impose une routine quotidienne pour tenir le coup. Tous les matins, il fait un peu de sport dans sa chambre avec l’aide d’applications dédiées, se douche, s’habille, puis se met au travail à distance puisque ses bureaux ont rouvert le 21 février. Il fait aussi un peu de ménage avec le matériel que l’hôtel lui a prêté, « car je vis, je mange, je dors dans le même espace ! ». La communication avec ses proches est aussi primordiale. « Mais entre le temps passé sur l’écran de mon ordinateur pour le travail et le besoin d’être en contact avec le monde extérieur, mes amis en Chine, en France, et ma famille en Italie, je crains une forte dépendance aux médias. Je me suis même installé une application pour contrôler le temps passé sur écran ! ».

Il est par ailleurs en contact avec le consulat italien, qui a rapidement pris de ses nouvelles. Il connait des amis en quarantaine à Shanghai pour lesquels les arrangements (livraisons extérieures par exemple) sont moins faciles. Il se demande aussi qui va payer son séjour dans cet hôtel…  Son angoisse ? « Que se passe-t-il si jamais je tombe malade ? Je n’ai pas très envie d’être envoyé à l’hôpital du coin… ». Mais il garde précieusement le numéro d’urgences donné par son consulat. En attendant, il envisage, avec impatience mais philosophie, le 18 mars, jour de sa sortie, où il pourra regagner son domicile, sans nouvelle quarantaine à faire (il a déjà vérifié). « C’est une sacrée expérience ! ».

Un grand merci à Séverine, Fabiola et Andrea pour leurs témoignages et leurs photos.

L’ART SAUVERA LE MONDE (Dostoïevski)

Pour finir en beauté, je vous encourage à rendre visite à Ana et Agnès de la galerie Art+ Shanghai, une des rares galeries à avoir rouvert sur Shanghai ! Leur nouvelle exposition met en scène Shi Jindian, artiste chinois renommé, célèbre pour ses sculptures et installations réinterprétées au fil de fer. Partant d’un objet du patrimoine historique, dans une démarche de destruction et reconstruction, il sait donner un sens artistique et esthétique à des portes anciennes, une Jeep ou un vieux side-car… Il travaille à présent de façon plus abstraite et symbolique, avec un rapport toujours très physique à la matière, brouillant les frontières entre art, artisanat et poésie. Il présente ici des sculptures, des installations et peintures, sur les thèmes des lignes, du fil de fer et du bois brûlé. Le rendu esthétique est magique, aérien et symbolique. De plus, la galerie expose aussi quelques tableaux de Shao, fille de Jindian, à la fois influencée par son père et très différente dans son approche créatrice. Un joli dialogue père-fille ! Mes coups de cœur ? Carbonized Line 2 et les aériennes Blue Pieces

Weaving Similarity and Dissimilarity, Shi Jindian et Shi Shao, Art+ Shanghai Gallery, 191 South Suzhou Road (near Sichuan Middle Road), du mardi au dimanche 11h-18h.

WUHAN, JIA YOU !*

Wuhan, haubans du pont n.2, février 2020 (crédit : Olivier Guyonvarch)

*Wuhan, stay strong !

Welcome to CoronaWorld!

Nous sommes début mars, et le COVID-19 s’est propagé sur les cinq continents. Par conséquent, tous les médias en parlent en permanence à l’Est comme à l’Ouest. Cela n’est plus ce lointain virus chinois, vite oublié dès qu’une vidéo amateur déclenche un « drame » politique parisien… Bienvenue dans le CoronaWorld !

Aujourd’hui encore, le combat se poursuit sur tout le territoire chinois. Même si les tendances sont meilleures, les chiffres quotidiens de nouveaux cas infectés et de décès à Wuhan rappellent qu’il ne faut surtout pas baisser la garde. Nous réalisons tous que le « game changer » qu’est ce virus va, et doit, faire bouger les mentalités, les modes de consommation, les équilibres économiques, les démarches de globalisation/localisation. Malgré les victimes, il nous faut sortir de cette expérience plus solidaires et plus résistants dans tous les sens du terme. Car nous savons bien que cela ne sera pas le dernier virus mondial, préparons-nous intelligemment et sereinement.

Plus contagieux que la peste, la peur se communique en un clin d’oeil. (Nicolaî Gogol)

#jenaipaspeur

Wuhan, une Silicon Valley made in China

Je voudrais aujourd’hui parler de Wuhan, que beaucoup comme moi connaissent très mal. Comme indiqué dans mon article Temps Zéro, la ville de Wuhan, 11 millions d’habitants, est la capitale de la région du Hubei. Berceau de nombreuses industries manufacturières depuis plusieurs années, notamment celle de l’automobile, Wuhan est aussi une ville majeure du domaine de la high tech et de la production mondiale de composants électroniques. Sans oublier l’université de Wuhan, qui est considérée comme une des cinq meilleures universités du pays.

Wuhan (crédit photo : Olivier Guyonvarch)

« Pour nous, partir n’était pas une option »

Depuis la découverte du COVID-19 à Wuhan fin 2019, et le blocage inédit de cette ville de plus de 10 millions d’habitants (puis de celles de toute la région), certaines personnalités se sont particulièrement investies dans ce combat.

Le consul général de France à Wuhan, Olivier Guyonvarch, me semble être l’une de ces personnes importantes de ces dernières semaines à Wuhan. Il raconte sur sa page LinkedIn comment se sont déroulées les évacuations de plus de 530 ressortissants étrangers (dont 307 français) grâce à la diplomatie française, avec une équipe très réduite de quatre personnes du consulat. Ces vols ont aussi permis l’acheminement de plusieurs tonnes de matériel médical dont les hôpitaux font cruellement défaut. Un récent et très intéressant article paru dans Beijing Review (Standing Together) dresse son portrait et fait par ailleurs le récit des dernières actions. Resté par solidarité avec ses compatriotes et les habitants de Wuhan, le consul déclare :

« Pour nous, partir n’était pas une option […] Sachons nous montrer modestes car nous faisons notre devoir, mais soyons en fiers dans nos cœurs. »

Wuhan (crédit photo : Olivier Guyonvarch)

« Les […] semaines les plus folles de ma vie professionnelle ! »

Une autre personne a attiré mon attention, il s’agit du docteur Philippe Klein, à la tête d’une clinique internationale au sein de l’hôpital Union de Wuhan. Son témoignage recueilli mi-février par lepetitjournal.com de Hong-Kong relate la situation exceptionnelle et particulièrement difficile des équipes médicales sur place. Les personnels travaillent énormément, ils sont eux-mêmes très exposés, et le matériel médical manque, mais il déclare mi-février : « la totalité de la population sous ma responsabilité à Wuhan, tous les Français et Européens depuis la mise en quarantaine, sont en sécurité et en bonne santé ». S’il est resté à Wuhan, entouré de sa famille, c’est bien sûr pour faire son travail […]

« Aussi pour dire aux Wuhannais que les Français reviendront dès que possible. »

Nos amies les bêtes

Et comme ceux qui me connaissent le savent, j’aime les animaux. J’ai donc aussi été touchée par cet effet collatéral du virus. En effet, de nombreuses personnes en Chine sont propriétaires de chiens et chats (comme animaux de compagnie…). Mais avec plus de 78.000 malades et 2.000 décès, on a vu fleurir de nombreux cas d’animaux abandonnés. Soit parce que leurs maitres n’ont pas pu rentrer chez eux après la fermeture de certaines villes, soit parce que ceux-ci n’étaient plus en mesure de s’en occuper, une fois hospitalisés ou mis en quarantaine. Certains, et c’est encore pire, ont même abandonné leurs animaux de compagnie craignant de se faire contaminer par eux… Imaginez le risque sanitaire d’avoir dans ces villes une population grandissante de chiens abandonnés (et pas toujours vaccinés contre la rage)  ! Les autorités ont par endroits déjà réagi sans pitié envers ces animaux vagabonds…

En plus des associations d’accueil débordées, de nombreux volontaires ont heureusement spontanément recueilli chiens et chats errants, ou enfermés chez eux et à cours de nourriture. A Shanghai, la situation est moins grave mais les associations de pet sitting sont toujours aussi sur-occupées, de nombreux propriétaires, chinois ou étrangers, n’étant pas encore tous rentrés chez eux, par choix ou par empêchement. Chez nous, il y en a une qui ne mesure pas sa chance…

INSPIRATION CORONAVIRALE

La vie quotidienne reprend peu à peu à Shanghai (février 2020)

A l’heure où je rédige ce post, les nouvelles confirment que ce satané virus est bien volatile et qu’il se répand vers l’ouest. Sans vouloir minimiser les faits, mais avant de paniquer de façon déraisonnée, il peut être intéressant de vérifier les chiffres annuels de contaminés et de décès de la grippe saisonnière en France par exemple… J’espère cependant que les autorités européennes sauront prendre les mesures adaptées pour éviter l’épidémie massive, en pensant surtout à tous les pays (d’Afrique entre autres) dont les systèmes de santé publique ne sont pas armés face à un tel phénomène…

Mais aujourd’hui, restons plus légers et parlons créativité ! Car ce Coronavirus est une source d’inspiration incroyable. Alors qu’au-delà des frontières, tous s’imaginent la Chine complètement bloquée, masquée – voire pire -, la réalité, tout du moins pour moi à Shanghai, peut être ressentie de façon différente (mais je suis bien consciente que les populations de la région du Hubei et des villes encore en quarantaine ou en étroit confinement ne vivent pas la même chose…). Voyez plutôt.

Opération Portes Ouvertes

Chez nous, des portes se sont ouvertes, nous avons eu la chance d’approfondir des relations jusqu’ici peut-être un peu superficielles, par manque de temps, manque d’occasions, par frilosité peut-être aussi (et oui ça nous arrive !). Mais depuis un mois, au fond de chacun de nous dans notre entourage shanghaien, il y a plus d’empathie, de bienveillance, de la fraternité, de l’amitié, ancienne ou récemment éveillée, et ça c’est bon. Nous savons tous que, quel que soit le futur, ces échanges resteront importants et indélébiles. De même, en famille (même s’il en manque un…), nous atteignons un nombre record de repas pris ensemble, car plus de business trips, plus de visiteurs « du groupe », plus de diners d’affaires, ni de conférences, mais que de fous rires, de temps passé, de discussions, on savoure à tous points de vue ! Voilà c’était ma séquence émotion, mais il fallait le dire…

Peu à peu Shanghai renaît… (Février 2020, crédit : XP)

Y-a-quoi au menu ce soir ?

Chassez le naturel… Tradition française oblige, les groupes sur WeChat pour traquer les bons plans, remplir le frigo et passer commande de tout ou presque, se multiplient. Les groupes Food by The Clan et Drinks by the Clan listent les quelques lieux ouverts, ceux qui livrent etc. Le célèbre Ziko et ses groupes comme Le jardin de Ziko ou La Cuisine de Ziko dénichent moult fournisseurs de poisson d’Islande ou du Pacifique, poulet fermier bio, bœuf australien et autres morilles du Yunnan pour le plus grand plaisir de nos papilles.

Recette d’une adepte des groupes de Ziko

Les restaurateurs, quant à eux, ont bien du mal à envisager l’avenir sereinement puisque nombre d’entre eux ne peuvent toujours pas ouvrir, à part dans certains districts. On observe cependant ces jours-ci un certain assouplissement, on voit quelques tables rouvrir, sur le Bund, à Xintiandi, dans la FFC depuis peu, on espère que cela va progressivement se détendre…

Petit coup de pub à deux Français qu’on apprécie et qui nous régalent… Fifi du Bistro Le Saleya, et Fanny de Cuivre. Tous deux restaurateurs émérites et sympathiques, qui viennent tout juste d’être autorisés à rouvrir leurs établissements. En attendant, pendant ces longues semaines, ils ont proposé de livrer leurs spécialités. Pourvu que ces bonnes nouvelles s’inscrivent dans la durée (et s’étendent aux autres adresses de la ville…) !

Le Saleya : 570 Changle Lu, près de Xiangyang Bei Lu. Tél. : 6426.1262.

Cuivre : 1502 Huaihai Zhong Lu, près de Wulumuqi Lu. Tél. : 6437.4219

« Je vis une expérience hors du commun et je la fais partager ! »

Et puis, certains osent dévoiler leur créativité ! Il y a tout d’abord cette belle ode au Coronavirus.

Coronavirus. COVID-19. SARS CoV 2. Tu dois avoir un sérieux problème d’identité pour changer de nom aussi souvent. Comparé à tes prestigieux cousins H1N1, Marburg, Nipah ou bien même Ebola, il est difficile de se faire une place dans le monde des méchants. Finalement, c’est nul un virus, programmé pour tuer son hôte en se suicidant du même coup ! Les humains possèdent de rares spécimens similaires qui fort heureusement sont, comme toi, éphémères.

Avant de te dire adieu, je souhaitais néanmoins te remercier. Grâce à toi, le temps s’est trouvé suspendu durant plusieurs semaines. Précieux temps qui nous échappe en permanence à nous humains. Précieux temps qui a fait naitre une émouvante solidarité dans cette belle ville de Shanghai, qui a sublimé la beauté complice d’un foyer familial et qui a donné à celui qui s’interroge l’opportunité de réfléchir.

Repars dans l’anonymat qui te va si bien. Tu resteras dans la postérité des statistiques à la prochaine éclosion d’un cousin et dans celle d’un vague souvenir de notre expérience masquée.
La vie est belle !

(Y.P.)

Il y a aussi le Lycée Français de Shanghai, qui outre l’organisation du e-learning et son travail permanent avec les autorités locales, s’attache aussi à proposer de nombreuses activités extra-scolaires, sportives et culturelles.  Quizz sportif, challenge de fitness, visite virtuelle de musées de Shanghai, activités de la Cité des Sciences, carnets de coloriages de musées (#ColourOurCollections), concours artistique sur le thème « Je vis une expérience hors du commun et je la fais partager ! » etc. Et il y a aussi ces citations envoyées au gré des mails, ou via le Printemps des Poètes, dont le thème de l’édition 2020 est le courage… Je vous en livre deux qui me plaisent particulièrement :

Le courage n’est pas
de faire quelque chose
que les autres ne font pas,
c’est de ne pas faire
ce que font tous les autres.

(Stéphane De Groodt, L’ivre de mots)

Si toute la vie va inévitablement vers sa fin, nous devons durant la nôtre, la colorier avec nos couleurs d’amour et d’espoir.

(Marc Chagall)

E-learning de masse

Quand les autorités chinoises ordonnent aux écoles de se mettre au e-learning, c’est du lourd… Les classes de primaire sont diffusées sur une chaine TV nationale (imaginez cela sur France 2 !) : OUT la télé-réalité ou les bons vieux shows traditionnels, tout le monde au boulot, hop, hop, hop !

Les classes niveaux collège et lycée utilisent une plateforme dédiée, classe par classe, et mise à jour régulièrement, comme il se doit, par les professeurs. On imagine aisément les difficultés des émérites enseignants en fin de carrière à se mettre au parfum technologique ! Les trois plus gros opérateurs télécoms (China Mobile, China Unicom et China Telecom), ainsi que les grandes entreprises de la TEC (Huawei, Baidu et Alibaba) sont priés d’unir leurs efforts pour assurer la fluidité de la bande passante internet et le bon fonctionnement des serveurs, pour les quelques 50 millions d’étudiants qui sont en même temps sur le même canal… Les plateformes de live-streaming telles que DingTalk (du groupe Alibaba) ont elles aussi de beaux jours devant elles. On assiste sans doute à un tournant technologique et comportemental dans le secteur de l’éducation. (source : www.technologyreview.com)

En attendant une date de rentrée…

Don du sang

Et voilà un autre petit pas franchi pour moi… Depuis longtemps, je souhaitais donner mon sang. Mais ces dernières années, mes passages répétés à l’hôpital m’en ont empêchée. Et pour être tout à fait sincère, le doute pouvant parfois planner sur le standard des hôpitaux de mon cher pays d’accueil m’a aussi freinée… Oui mais maintenant, je vais très bien. Et le docteur Maskay, chirurgien et porte-parole de BLOODLINE à Shanghai m’ayant rassurée sur les conditions sanitaires, je me suis lancée, et suis allée dans l’un des centres de don du sang de la ville. 400ml de sang en 15mn, une petite heure de mon temps en tout, des contrôles sanitaires renforcés et quelques formalités administratives et c’est tout. Les malades sévèrement atteints par le Coronavirus peuvent avoir besoin de grosses transfusions sanguines pour traiter l’insuffisance respiratoire. Cela fait une raison de plus.

Ah j’oubliais, voici l’infirmière qui s’est occupée de moi, mignonne, n’est-ce-pas ?…

#jenesuispasunvirus

« Le péril jaune »

De nombreux récents témoignages de France m’attristent particulièrement. En effet, les Chinois de France, les Français de Chine rentrés au pays quelque temps, et même les Asiatiques en général (car peu de gens en France font la différence entre un Japonais, un Chinois, un Coréen…), sont victimes de discrimination raciale. Car oui, c’est le mot.

A commencer par les médias, regardez plutôt cette 1ère de couverture du Courrier picard, avec ce joyau qu’est la Cité Interdite en arrière-plan, j’ai honte… Et il n’y a pas qu’en France, j’ai entendu à la radio française un reportage sur le sujet au Japon. Ces deux pays ne sont historiquement pas très amis, les Japonais ont traditionnellement assez peur des étrangers, les masques (d’usage très courant au Japon) sont en rupture de stock, le bateau de croisière Diamond Princess est toujours bloqué en quarantaine à Yokohama avec ses nombreux malades, bref en conséquence de tout cela, ce virus cristalline les angoisses sur les Chinois…

Il y a aussi cette maman de Shanghai, restée en France après les vacances du Nouvel An chinois, qui, ayant emmené ces deux jeunes enfants chez le coiffeur, voit la conversation stopper net lorsqu’au bout de questions un peu insistantes (une discussion de salon de coiffure, quoi !), elle avoue habiter à Shanghai d’habitude. Cela vous fera 35 euros, merci et au revoir…

Notre fille, en classe de 1ere, a d’ailleurs eu récemment le sujet suivant de rédaction en chinois :  « Si j’étudie le chinois, je peux tomber malade » / « Si nous allons au restaurant chinois pour diner, nous allons sûrement tomber malades ! » / « Pourquoi ne rentrez-vous pas chez vous au lieu de rester en France et de nous transmettre le Virus ? ». Ces propos ont été entendus récemment en France. Que répondriez-vous à ces gens ? (120 mots minimum).

Et je ne peux que partager cette lettre envoyée par une étudiante chinoise à NEOMA Business School à l’une de mes amies qui y enseigne :

« Hashtag #Je ne suis pas un virus.
Vous avez tous entendu parler de cette phrase.
Je suis Chinoise. En France, loin de chez moi.
Je suis heureuse d’être ici pour exprimer mes sentiments. Je suis contente de partager avec vous les raisons pour lesquelles je pense que ce coronavirus est une catastrophe.
Je suis triste de vous parler d’un autre virus: la méchanceté des gens.
D’une part, comme nous sommes tous loin de notre ville natale, on s’inquiète vraiment de notre famille et nos amis qui sont en Chine.
Ces derniers jours, chaque matin quand je me réveille, la première chose que je fais est de regarder les nouvelles et le bilan officiel sur l’épidémie. Jusqu’à ce matin, le nombre de victimes a bondi à 213 morts et près de 10 000 personnes contaminées dans tout le territoire chinois. Des chiffres horribles. Des rues désertes. Des magasins et entreprises fermés. Une grave pénurie en équipement dans les hôpitaux…
Je suis très inquiète de ce qui s’est passé et se passera, de ceux qui sont privés du droit de sortir pour la fête traditionnelle la plus importante de l’année, de ceux qui restent encore à leurs postes même dans cette situation spéciale et compliquée, par exemple mon cousin qui est médecin, il est de son devoir de rester à son poste. Mais qu’est-ce qu’on peut faire pour eux? Des salutations par téléphone, des bénédictions en silence, et c’est tout.
Pour les citoyens chinois à l’étranger, cette inquiétude croissante plus ce sentiment d’impuissance sont, sans aucun doute, une catastrophe.
D’autre part, à l’extérieur des frontières chinoises, le virus fait trembler le monde. Au niveau de l’état, les rapatriements depuis la Chine débutent, les compagnies aériennes Air France et Lufthansa ont décidé de suspendre tous leurs vols à destination et en provenance de la Chine. Face à cette épidémie qui est en train de devenir mondiale, il n’y a pas que de la bienveillance. Les excès de langage et des actes sont comme un autre virus en exacerbant la situation déjà grave au monde.
Je vous donne quelques exemples:
Une fille chinoise portant un masque pour se protéger et prouver le respect aux autres se fait insulter et virer du RER par d’autres passagers.
Une université anglaise ne permet pas une étudiante chinoise en bon état de santé d’aller en cours. La seule raison est leur origine chinoise.
Les restaurants chinois sont fermés parce que beaucoup de personnes refusent de manger chinois. Bien pire, il y avait des gens qui y entrent seulement pour insulter en demandant s’ils cuisinent la soupe de chauve-souris ou plat de serpents…
Ces préjugés sont causés par le décalage d’information entre les messages véhiculés dans différents pays, ce type d’hostilité est causée par la panique et la mal compréhension, cette « alerte jaune » est causée par l’ignorance, ces « virus » sont plus catastrophiques que le coronavirus, ils font peur et blessent les Chinois d’outre-mer.
Pour conclure mon discours, je voudrais dire que les Chinois sont déjà gravement effondrés par cette épidémie, ce Nouvel An chinois est déjà le pire qu’il n’y ait jamais eu.
Un peu plus de compréhension, de compassion, et de tendresse, c’est tout ce dont ils ont besoin.
Merci de votre écoute.
Ziyi LI
2020.01.31″

Compte-à-rebours

Depuis quelques jours, cela ne vous aura pas échappé, les chiffres du nombre d’infectés du COVID-19 et du nombre de morts ont considérablement augmenté. Changement de méthode de calcul/de norme de détection du virus, cumulé à une volonté de plus de transparence, bref, sans prendre de grands risques, je pense que nous allons bientôt atteindre le chiffre symbolique des 100.000 infectés en Chine. Alors que les dernières statistiques (merci le docteur Zagury à Shanghai !) montrent bien un réel effet de ralentissement depuis plusieurs jours, prudence et vigilance restent de mise, car le retour des populations et la reprise du travail progressive dans les grandes villes sont en cours. La situation est stable sur Shanghai (et Pékin) : 331 cas à Shanghai depuis le début, 1 décès (sur plus de 24 millions d’habitants). Quoiqu’on en pense, il peut être admis que les mesures drastiques (et donc très difficiles à supporter pour la population, pour l’économie etc.) prises par les autorités, ont – pour le moment – plutôt bien épargné le reste du monde… Croisons les doigts.

Source : Dr Guillaume Zagury, spécialiste en Santé Publique & Innovations. 18/02/2020

Reste que la situation de la région du Hubei (mise sous cloche) est dramatique, les personnels hospitaliers et administratifs sont héroïques ! Je vous laisse lire cet article sur le docteur Klein, en direct de Wuhan…

https://lepetitjournal.com/hong-kong/coronavirus-philippe-klein-pourquoi-jai-choisi-de-rester-wuhan-274132

Concernant notre vie quotidienne à Shanghai, on ne va pas se mentir, les contrôles se resserrent, vraisemblablement pour s’assurer d’éviter une reprise du nombre de cas avec le retour au travail.

Environ 99% des magasins hors alimentaires sont toujours fermés, 100% pour les sites touristiques, de divertissement, les musées et galeries d’art (bouhou !), et pour tous les fameux lilongs (ou lanes). Très peu de restaurants ouverts, certains essaient de livrer ou de proposer de la vente à emporter (bravo les restaurants français !), fermeture totale sur certains districts.

Dans les résidences, compounds et lanes semi-privatives, contrôle de la température, visiteurs extérieurs totalement ou partiellement interdits, livreurs bloqués à l’entrée, parfois les ayis (femmes de ménage/nounous) ne peuvent plus venir du tout chez leurs employeurs. Je vous laisse imaginer les conséquences économiques sur la durée…

Tout ceci nous ramène au fameux sujet de la quarantaine… Les règlementations changent tous les jours ou presque, diffèrent selon les districts, les quartiers, les bureaux etc. Scoop du jour, le LFS vient de nous envoyer l’information suivante : « Suivant les instructions de la commission d’éducation de la ville de Shanghai, nous vous informons que dès que nos écoles seront autorisées à rouvrir leurs portes, nous ne pourrons donner accès aux campus qu’aux personnes qui auront respecté une période d’observation de 14 jours à Shanghai, et ce, quelle que soit la provenance de cette personne avant son retour à Shanghai.” Voilà, au moins c’est clair, et pour être honnête, c’était à prévoir… Reste qu’on attend toujours la confirmation de date de reprise des écoles et universités, « au plus tôt la semaine du 2 mars ».

En attendant, je tiens une fois de plus à remercier les professeurs et tout le personnel du LFS qui se mobilisent depuis le début pour assurer cet e-learning, maintenir un rythme d’apprentissage pour les élèves, et même s’inquiéter de la partie détente et sportive via des vidéos, jeux et autres ! Tout n’est pas parfait bien sûr, c’est difficile et long pour les élèves, et encore une fois, les parents des plus jeunes doivent énormément s’investir, j’en suis bien consciente. Mais à tous les mécontents, qu’auriez-vous dit au lycée si rien n’avait été mis en place depuis le 3 février ?… Parents et enseignants veulent tous le bien de nos enfants et que cette année scolaire « pas comme les autres » ne soit surtout pas une année blanche, donc à tous bravo et merci ! (Et si vous partagez mon point de vue, faites-le savoir auprès de la direction du lycée, ils ont besoin de soutien).

Travail en groupe à Shanghai (crédit : GB)

Le Bund pour moi toute seule !

Mais il m’en faut bien plus pour me laisser abattre !

En effet, à part deux jours de pluie la semaine dernière (et même quelques flocons de neige ce W-E), la météo sur Shanghai est au grand bleu, fraîche mais avec un soleil rayonnant. Et la pollution à son plus bas niveau ! De quoi faire de magnifiques balades vivifiantes qui mettent le moral au beau ! Quelle chance de pouvoir marcher dans les rues dans nos quartiers favoris sans la foule habituelle, qui avouons-le, peut être oppressante certains jours…

Voici quelques photos que j’ai pu prendre de jour, de nuit…mythiques…

Le Bund, un soir à 20h (février 2020)
La skyline de Pudong dans les nuages (février 2020)
Nanjing Road, le pont Waibadu, le Bund, la skyline (février 2020)
Les alentours du Yu Garden (encore décoré pour le Nouvel An chinois), avec son fameux pont en zig-zag, habituellement plein de touristes ! (février 2020)
Autres vues du fleuve du Huangpu avec UN bateau, et le métro vide (février 2020)

LES 3 M

Les soldats prêts à repartir au combat (crédit : TM)

Semaine du 10 février 2020 : les 3 M

Quand la Chine tousse…

A Shanghai, les vacances de CNY prolongées de force sont terminées, les entreprises sont censées reprendre le travail lundi 10 février. Mais dans les faits, c’est bien différent. De nombreux commerces préfèrent, ou ont été obligés, de garder portes closes une semaine supplémentaire. Ils ont d’ailleurs un sacré travail de désinfection à opérer, les effluves de Javel n.5 sont omniprésents ici ! Il se pose aussi le problème du retour des salariés. Car nombre d’entre eux ne sont rentrés que tout récemment sur Shanghai (les bus, trains et avions étaient supprimés ou en nombre réduit). Selon leur province d’origine, ils peuvent avoir une quarantaine à respecter, en général de 14 jours (durée d’incubation estimée). Pour les autres qui peuvent retourner au travail, les entreprises doivent fournir des masques à tous, et ces masques doivent être changés régulièrement. La pénurie étant massive, le télétravail doit se poursuivre pour majorité d’entre eux. Et d’autres ont préféré négocier ce home office avec leurs employeurs quand cela était possible, car la psychose surtout chez les Chinois est vraiment importante. Je vous laisse lire dans les médias les nombreuses analyses des conséquences économiques à attendre pour la Chine, mais aussi pour le monde entier ! Cependant, même si cela va laisser des traces indélébiles au niveau social, économique et politique, je garde espoir dans la force et l’énergie incroyable de ce pays pour se redresser d’une telle épreuve. Si cet épisode sanitaire est inédit et différent du SRAS, les Chinois en ont vu tellement d’autres ! Reste à savoir quand l’horizon se dégagera…

Fortement (dé)conseillé

Comme chacun le sait, notre pays d’accueil excelle en toutes sortes de communications pour recommander et suggérer tel ou tel comportement. Affichettes, spots ou messages vidéo ou audio etc. Et qui dit fortement recommandé, dit adopté par 99,99% de la population (mais qui sont les 0,01% ?…)

Petite synthèse de nos nouvelles règles de vie « confinée » :

. Port du masque obligatoire (sauf chez ceux qui fument une cigarette dans la rue) 

. Contrôle de température à l’entrée de chaque bâtiment, immeuble de résidence, centre commercial, dans plusieurs stations de métro etc. Les moyens utilisés sont plus ou moins fiables. La caméra thermique semble la plus performante, hygiénique et discrète, le thermomètre posé sur le front l’est moins, JEG a déjà affiché un score de 33,5 degrés à l’entrée de son bureau !

. Règle d’or des 3M (du docteur Zagury) : porter un Masque (dès que l’on sort de chez soi), se laver les Mains (50 fois par jour pour moi je pense), et Malade (à éviter)

. Maintenir une activité physique quotidienne, faire du sport le plus possible (mais pas évident en ville quand toutes les salles de sport sont fermées)

. Livreurs refusés dans toute résidence (et Dieu sait si la Chine est un pays où tout le monde se fait TOUT livrer), tous les colis sont déposés à l’entrée, même le gros plein alimentaire hebdomadaire

. Visiteurs déconseillés et souvent interdits par les propriétaires dans les résidences et lanes (ruelles semi-privées) – ce qui est notre cas à présent…

. Rassemblements et soirées à bannir, bref tout ce qui peut favoriser le regroupement de plus de 5 ou 10 personnes. De très nombreux restaurants et cafés sont à présent fermés, seule reste la vente-à-emporter…

Je laisse cette liste ouverte car elle est sujette à être allongée/modifiée dans les jours et semaines à venir.

Avec cette même question récurrente, pour combien de temps…

La Petite Maison dans la Prairie (crédit : TM), ou le nouveau home-schooling

Concentrée…

Plusieurs de mes amies, mamans d’enfants plus jeunes, me racontent depuis Shanghai ou d’ailleurs, leur reconversion subite (et forcée) en préceptrice CNED de choc et support informatique. Car avec des enfants en primaire ou début de collège, l’autonomie est toute relative. En effet, malgré les multiples éléments envoyés par les professeurs, il faut faire le point tous les matins des tâches et devoirs à accomplir, expliquer les cours mis en ligne, faire réciter, imprimer/scanner/renvoyer aux professeurs le travail en temps et en heure, organiser les récréations, ateliers cuisine et autres divertissements, surtout pour ceux qui ne peuvent pas sortir… Mon amie Tiphaine (l’autre Tiphaine) relate ses journées sous forme d’épisodes de La Petite Maison dans la Prairie : classe multi-niveaux pour ses trois filles, mari scotché à son ordinateur et téléphone greffé à l’oreille, elle-même professeur de maths au lycée (donc avec ses propres classes, dont des Terminales, à gérer à distance), avec les repas à préparer et la maison à tenir (vraiment ?), le tout avec une jambe immobilisée pour plusieurs semaines… Je passe l’épisode sur le chat (c’était un chien dans la version originale de la Petite Maison…) qui manifeste sa désapprobation en faisant ses besoins sur le lit parental… Y en a qui forcent l’admiration ! Tiphaine, on attend la saison 2 avec impatience !

Poésie écrite par cette même amie Tiphaine, très inspirée !

Ecole à la maison, jour 10 :

Quand te reverrai-je
Lycée merveilleux?
Où ceux qui bossent
Vivent heureux

Quand te reverrai-je
Lycée merveilleux
Où ils apprennent
en présentiel?

Quand te reverrai-je
Lycée merveilleux
Sans capsule
Ni e-learning

Quand te reverrai-je
Lycée merveilleux?
Où ceux qui bossent
Vivent heureux

Une autre poète en herbe (un peu plus jeune) a composé ces quelques lignes très touchantes…

Travail en groupe de quelques lycéens de Shanghai dans le sud de la France

Pour les plus grands, même autonomes, il faut rester motivés sur la durée ! Plusieurs familles ont donc décidé de rentrer en France, afin de changer de cadre, pouvoir sortir plus librement, avoir un accès à internet plus fluide, retrouver des amis, rassurer les proches aussi, tout en poursuivant le travail en e-learning. Il reste deux incertitudes au tableau, et non des moindres : à quelle date la rentrée sera-t-elle re-programmée à Shanghai / y-aura-t-il une quarantaine à observer lors du retour sur Shanghai ? Et sur ces deux points, toutes les thèses circulent, il vaut donc mieux rester stoïque et adopter l’adage du wait & see.

Charmant programme…

Sportifs un jour….

Ceux qui nous connaissent savent que nous aimons faire du sport à la maison… Et que cela nous est d’autant plus indispensable que nous multiplions les occasions de festoyer ces derniers temps, histoire de garder le moral à son plus haut ! (Ça marche pas mal d’ailleurs…).

Sous masque, effet cardio garanti !

Nous bravons donc la psychose ambiante du je-ne-sors-pas-car-le-virus-est-dans-l’air en allant courir de bon matin avec les rescapés du groupe Anfumorningjoggers. Il y a deux écoles, ceux qui essaient de courir en masque, et les autres…

Et suite à la fermeture de la petite salle de sport de notre résidence, nous avons réaménagé l’étage supérieur chez nous, afin d’y accueillir notre coach préféré, Kiki (qui a eu la bonne idée de ne pas quitter Shanghai depuis des mois, donc pas de quarantaine imposée)! Allez, hop, hop, hop !

Kiki coach de choc !