RENDEZ-VOUS EN TERRE HAKKA

Septembre s’étiiiiiire à Shanghai, les enfants sont rentrés à l’école, nous sommes toujours bloqués sur le territoire chinois – enfin, si nous arrivions à en sortir par un des rares (et coûteux) vols, il faudrait entreprendre quelques délicates démarches pour regagner le droit de revenir, sans parler de la quarantaine imposée au retour (en plus des tests évidemment). Bref, si les conditions sanitaires ici sont plutôt rassurantes par rapport au reste du monde et les mesures barrières allégées (les seuls cas de Covid-19 sont quelques rares cas dits « importés »),

nous vivons avec cet étrange sentiment d’être comme « pris en otages » dans le pays…

Besoin d’air donc ! Profitant de l’été indien, nous décidons de nous échapper sur un long week-end, just the two of us – les enfants n’ayant pas l’autorisation de quitter Shanghai pour avoir le droit d’aller en cours – à la découverte des fameuses maisons Tulou.

HAKKA, TULOU, KESAKO ?

Armés de nos masques, de nos smartphones pour scanner les divers QR codes traçant tous nos déplacements et d’une bonne réserve de patience pour affronter ces démarches incontournables à présent, nous nous envolons donc vers la province du Fujian, au sud-est du pays, à 2h de vol de Shanghai. À notre arrivée à Xiamen (juste en face de l’île de Taiwan), nous faisons cap en voiture vers les montagnes avoisinantes, à la rencontre du peuple Hakka et de leurs habitations si typiques.

Les Hakkas appartiennent au peuple des Hans (population majoritaire en Chine) mais ils constituent une entité à part très particulière : dialecte propre, forte culture de la communauté et de la famille, volonté farouche de vivre de façon autonome.  Arrivés dans le Fujian après avoir été chassés du nord, ils se sont installés sur les terres disponibles, moins riches, plus rudes, et ont avant tout cherché à se protéger de l’ennemi. Les Hakkas se sont alors construits d’immenses forteresses dans les montagnes, les maisons Tulou, de forme ronde en général, aux épais murs, ne disposant que d’une seule porte d’accès et pouvant abriter en totale autarcie jusqu’à environ 700 personnes !

DES SATELLITES A L’UNESCO

Pour l’anecdote, la légende raconte que les maisons Tulou sont restées longtemps inconnues jusqu’à ce que des satellites américains détectent dans cette région des constructions ressemblant étrangement à des installations de lancement d’armes nucléaires… Après vérification in situ, l’existence de ces trésors architecturaux a été dévoilée au monde entier !

Les maisons Tulou, dont 46 (sur environ 400) sont classées depuis 2008 au patrimoine mondial de l’UNESCO, sont de grandes bâtisses rondes de 3 à 5 étages, aux épais murs de couleur ocre. Autour d’une cour centrale, faisant office de place du village, lieu de réunions, terrain de jeux et basse-cour, se répartissent un puits, des coins cuisines et de quoi faire un brin de toilette (je n’oserais parler de salle de bain…). Dans les étages, chaque famille dispose d’un espace vertical, tout est en bois et l’espace disponible est calculé au millimètre près.

Pour l’intimité, on repassera, on prend bien toute la mesure du mot « communauté » ici !

BIENVENUE LÀ OÙ LE MONDE TOURNE ROND

Dans le comté de Yongding, nous découvrons les maisons Tulou les plus anciennes, vieilles de près de 600 ans. A Chuxi, la plus impressionnante fait 2.826 m2, comporte 72 unités distribuant 206 chambres. À part les murs porteurs, tout est en bois, et pas un seul clou n’est utilisé !

Après tout un tour dans la région, entre cultures de thé et de riz en terrasse, flâneries paisibles dans ces bâtisses parfois vides, parfois encore habitées, et vues imprenables en hauteur sur ces villages pittoresques, nous arrivons dans le comté de Nanjing, où la maison Weiqunlou, sera notre gîte du soir… Cette maison Tulou ronde est atypique puisque sa construction n’a été terminée qu’à moitié, faute de moyens et d’implication de la descendance… mais qu’à cela ne tienne, elle accueille avec générosité les visiteurs en quête d’authenticité et de simplicité.

La pluie s’invite au voyage, forçant encore plus le temps à s’arrêter, une langueur enveloppe l’atmosphère…

Entre les gouttes, le village pépie d’étudiants qui s’exercent à l’art de la peinture, avec plus ou moins de talent… Après un diner 100% local, très simple et savoureux (certes, nous n’avions pas déjeuné donc nous étions affamés !), nous trainons dans un bar, tenu par un jeune couple et leurs trois chiens, retrouvant ces étudiants très gais sous l’effet de l’alcool local, et très enclins à nous sortir fièrement leurs quelques mots d’anglais pour nous dire « vous êtes cool ! »…

LA FÊTE AU VILLAGE

Après une nuit passée dans une chambre toute simple, minuscule mais propre, réveillés de bon matin par les poules – c’était notre séquence Vis ma vie chez les Hakkas – nous repartons le lendemain un peu plus loin vers l’ouest encore. Le village de Tianluokeng nous livre alors ses trésors cachés…

Ambiance moyenâgeuse avec cet ensemble de maisons Tulou très harmonieux, quatre rondes et une carrée et point de vue unique du haut de la colline surplombant le site.

Puis nous gagnons Yuchanglou dans le village de Xiaban, un des plus anciens Tulou datant de 1308, suivi du village Taxia, encore différent et tout aussi charmant, pour finir par un coin secret, chéri par notre guide Karen, le village de Shiqiao.

Plusieurs maisons de styles variés surplombent une paisible rivière, et la bonne surprise fut que nous sommes arrivés en pleins préparatifs d’une fête de toute la communauté, pour célébrer un jeune ingénieur fraîchement diplômé de l’université de Xiamen. Dans la cour centrale d’un Tulou, de nombreuses femmes s’activent à concocter un véritable banquet digne d’Astérix et Obélix, poissons, viandes et même homards sont au menu ! Les hommes attendent tranquillement que tout soit prêt, jouant au mahjong, fumant des cigarettes ou surveillant d’un coin de l’oeil les dons des fameuses hongbao, ces petites enveloppes rouges dans lesquelles sont glissés quelques billets à l’attention du héros du jour…

Si les femmes Hakkas sont réputées pour être ferventes au labeur, les hommes se laisseraient plus aller à l’oisiveté, tiens, tiens…

DE XIAMEN LA DOUCE À GULANGYU LA COLONIALE

En quittant ces villages, nous traversons les inévitables bourgades sans charme et bétonnées, les routes en travaux interminables, avant de regagner la ville de Xiamen (ou Amoy en dialecte local). Xiamen est en réalité une île de 157 km2, souvent qualifiée d’une des villes les plus agréables à vivre en Chine. Climat doux, pas de pollution, ville portuaire hébergeant aussi l’industrie de l’électronique, dotée d’une université renommée au niveau national, pas de doute, il fait bon vivre à Xiamen ! (Il ne manque plus que l’aménagement version station balnéaire, mais cela n’est pas dans la culture chinoise).

On en fait malgré tout vite le tour : visite du temple de Nan Putuo (en rénovation partielle actuellement), balade dans le vieux quartier sud avec sa cat street, ses bars de rues, l’ambiance y est décontractée.

Nous terminerons notre séjour par la visite de l’incontournable île de Gulangyu (aussi appelée Kulangsu), petit îlot de 2 km2, habité par 19.000 personnes, mais accueillant en moyenne 19 millions de visiteurs par an ! Toujours grâce à notre formidable guide Karen, après une rapide traversée en ferry, nous évitons habilement les groupes de touristes chinois qui arpentent le parcours classique bien commercial et peu intéressant, pour remonter le temps, à l’ère des premiers consulats étrangers en Chine.

Entièrement piétonne, Gulangyu, elle aussi classée au patrimoine historique mondial de l’UNESCO, arbore une riche architecture assez variée. Dès le milieu du XIXème siècle, après la première guerre de l’Opium et le traité de Nankin, de riches étrangers s’y sont installés (Grande-Bretagne, États-Unis, Pays-Bas, Danemark, France, Allemagne, Japon…). Maisons bourgeoises, écoles, hôpitaux, églises, consulats y ont été construits, dans un style plutôt colonial.

Certaines bâtisses encore habitées par de riches locaux sont entretenues avec soin, côtoyant d’autres tristement laissées à l’abandon, dans lesquelles la végétation a repris tous ses droits. On y trouve aussi un musée du piano, instrument qui fit la réputation de l’île, puisque celle-ci abrite environ 200 exemplaires de cet instrument. Il n’est d’ailleurs pas rare d’y entendre des notes s’égrener élégamment au fil de la balade.

Fin de notre escapade culturelle, seuls au monde ou presque, une jolie partition entre terre et mer, une belle rencontre avec notre guide, et de précieux moments hors du sujet COVID… Nous mesurons notre chance. On repart quand ?…

3 commentaires sur « RENDEZ-VOUS EN TERRE HAKKA »

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