UN ETE EN CHINE

Nous voilà déjà fin août ou presque. « D’habitude », nous sommes en France, en pente douce, profitant des derniers quelques jours auprès de la famille et des amis, en bord de mer, avant de rentrer vers la fournaise estivale shanghaienne. Mais cette année, pas question de faire « comme d’habitude », la fermeture des frontières chinoises le 28 mars dernier ayant considérablement réduit le champ des possibles pour nous. N’ayant donc pas pu sortir de Chine cet été (et donc pas pu voir notre cher fils, nos familles, nos amis – depuis le 3 janvier, ça commence à faire long…), au risque de ne plus pouvoir y revenir, nos vacances estivales 2020 furent donc chinoises.

Résilience, patience, inspirez, expirez…

Même si, soyons honnêtes, cela ne nous enchantait pas des masses au départ de rester ici, il faut avouer qu’il y a pire, et que nous les avons drôlement savourées ces vacances, au beau milieu de l’Empire du Milieu ! Pour attaquer la rentrée le mieux possible, petite cure de bonnes ondes avec ces quelques extraits et photos de notre été en Chine, c’est cadeau !

PLUS HAUT, MOINS CHAUD !

L’été à Shanghai, et dans de nombreux endroits en Chine, est très chaud. Et très humide. Les températures ressenties dépassent allègrement les 40 degrés. Sans parler des quelques semaines de saison des pluies et inondations.  Je ne sais même pas si le mot canicule existe en mandarin, tellement c’est normal ici… L’objectif était donc pour nous de perdre quelques degrés, voir l’horizon, le ciel bleu, les nuages, de la nature, du vert, bref, tout ce qui commence à nous manquer sérieusement ! Et pour cela, la meilleure solution c’est de grimper en altitude. Direction donc le Yunnan ! Notre ami Xavier, de Xavier Adventure, nous avait concocté un sacré programme, avec un groupe d’amis, histoire de nous dégourdir les jambes, de nous aérer la tête et de découvrir des paysages à couper le souffle (dans tous les sens du terme…). Le projet dans la région du Sichuan, dont je parlais il y a quelques semaines ici, dut se transformer en séjour Yunnan, en raison de quelques nouvelles « difficultés administratives » – décidément, on ne s’ennuie jamais dans ce pays…

LE YUNNAN DE Y À N

Le Yunnan (« Sud des nuages ») est une province située au sud-ouest de la Chine. Encadrée notamment par le Tibet au nord, par la Birmanie, le Vietnam et le Laos au sud, elle bénéficie d’un climat très varié de haut en bas. Pour les raisons thermiques évoquées ci-dessus, nous faisons donc cap vers sa partie nord, aussi appelée « le petit Tibet ». De nombreuses minorités ethniques y vivent (environ 25), beaucoup parlent à peine le mandarin d’ailleurs, dépaysement assuré ! Cette province vit essentiellement de la culture du riz, du thé, du café et du tourisme. Ses montagnes du nord y sont réputées pour leur beauté et leurs très hauts sommets, narguant leurs voisins de l’Himalaya.

Au programme pour nous, deux treks : le premier autour, et sur, le mont Haba (5.400m), non loin de la ville de Lijiang, puis après deux jours de pause, deuxième trek dans la région des Mille Lacs, près de la ville de Shangri-la (non cela n’est pas qu’une chaine d’hôtels de luxe…).

AMBIANCE COLONIE DE VACANCES…

Lijiang

Notre test COVID en poche, nous prenons donc l’avion direction Lijiang. Nous y retrouvons notre fille Tiphaine et son amie Vic, qui ont déjà passé une semaine dans la région (et sous la tente), à aider à l’encadrement d’un summer camp pour enfants. Du niveau de la mer shanghaien, nous arrivons directement à 2.400m d’altitude. Petit mal de crâne le lendemain matin…

Après 24h de visite de Lijiang, nous retrouvons nos amis, un bon petit groupe de 12, et embarquons tous avec notre guide Qin vers le village de Haba (2.800m), la colo baptisée « la Baraka » (car grand soleil depuis quelques jours) se met en route…

La colo Baraka

PLEINE CONSCIENCE DE SON SOUFFLE

Après une nuit dans une toute simple et charmante maison d’hôtes (et encore un léger mal de tête au réveil), armés de nos chaussures de randonnée, sacs à dos et bâtons de marche, nous partons enfin à l’assaut. Nous marchons deux jours, à travers forêts et prairies, le long du magnifique lac, le Black Sea Lake, puis sur des montagnes mêlant verdure et roches minérales, sous le soleil puis rafraîchis par quelques averses, ambiance brumeuse et mystérieuse digne des Highlands écossais garantie… Le deuxième soir, nous sommes des pros du montage de tente en express (surtout quand il pleut, ça pousse à l’efficacité) ! Campement à 3.600m puis à 4.100m, ça commence à être sérieux, et respirer ne se fait plus aussi naturellement que d’habitude…

LE MONT HABA, ÇA SE MÉRITE !

Notre 2ème veillée sera courte et dans une ambiance un peu spéciale, et pour cause. Dans la nuit, huit d’entre nous se lèveront à 1h du matin, pour partir à 2h et attaquer l’ascension du fameux mont Haba autour duquel nous tournons depuis deux jours… Objectif 5.400m, un truc de fou ! Crampons (en acier donc assez lourds) dans le sac à dos, baudrier à la taille, un piolet, des litres d’eau, barres de céréales, bâtons de marche, bonnet, gants de ski, polaire, doudoune, nous sommes bien chargés ! Notre équipée se met en marche, accompagnée d’autant de guides que de randonneurs, telle un long serpentin silencieux éclairé par la lueur de nos lampes frontales. Sacrée atmosphère qui me rappelle notre ascension du mont Fuji au Japon… Mais la comparaison s’arrêtera là pour moi !

Après un chemin rocailleux en lacets, nous attaquons de face une grande plaque de roche calcaire. Il fait nuit noire, c’est vraiment très raide, et on n’en voit pas le bout ! Au bout d’une heure environ, je cherche mon souffle à chaque pas, et je sens une forte nausée monter. Je peine, mon guide tibétain avance tranquillement devant moi, fumant une cigarette et de l’autre main regardant des vidéos TikTok sur son téléphone, nous ne sommes vraiment pas faits pareil ! Lorsque Xavier nous annonce à environ 4.600m qu’en durée, nous en avons fait un tiers, je suis dans le rouge, je suis incapable d’en faire encore deux tiers ! Je décide donc de faire demi-tour. Notre Tiphaine, qui était presque dans le même état que moi, fait le même choix. Il est 5h30, nous redescendons donc vers notre campement. C’est la dure loi de la montagne, mais j’ai appris à connaitre mes limites avec le temps… Le reste de l’équipée poursuit courageusement. Grosse épreuve physique pour tous, même les plus sportifs, mais les photos à l’arrivée montrent leur joie et fierté, même si le soleil n’est pas de la partie. Un grand bravo à tous !

La descente n’en fut pas moins épique, longue, mais longue…mes genoux ont affreusement souffert lors de ces -1.800m, mais quel bonheur que cette arrivée au village Haba, même si la douche était à l’eau froide !

TIGRE EN FURIE !

Après toutes ces émotions et cette fatigue, petite pause « aquatique » le jour suivant avec un des points d’orgue de la région : les Gorges du Saut du Tigre (Tiger Leaping Gorge) ! C’est bien le seul endroit où nous avons croisé quelques touristes (chinois forcément) – les gorges venant tout juste d’être de nouveau accessibles -, mais tellement peu… Cette région va encore souffrir longtemps des ravages du COVID… Ces gorges sont une sorte de canyon sur le célèbre fleuve Yangze, situé dans une vallée très encaissée (mais à 2.000m tout de même), ce qui provoque des remous très impressionnants, surtout en pleines crues ! Et cette année, la saison des pluies a battu des records en Chine !

MILLE ET UN LACS… ET YACKS

Cap ensuite vers la région des Mille lacs, et là, changement de décor ! Toujours autour de 4.000m, nous découvrons de vastes pâturages bordés de forêts et de montagnes au loin. Très vert, fleuri aussi, le panorama a un petit air des montagnes d’Heidi, avec des cochons sauvages, des chèvres mais aussi d’impressionnants yacks, qui aiment à roder autour de nos tentes la nuit, bouses fraîches au réveil comme preuve à l’appui !

Deux moments forts ont marqué ce second trek : la veillée et la « jungle tibétaine ». Pour cette veillée, nous étions deux groupes, une trentaine en tout, et ce fut tout simplement mémorable : un grand feu, le vieux chapeau d’Olivier symboliquement sacrifié au bûcher, des heures de chants scouts et paillards, le fameux show de l’homme de Cro-Magnon de Xavier qui a ravi petits et grands, une pleine lune incroyable, la magie a opéré ! Le lendemain, après avoir découvert tous ensemble quelques-uns de ces mille lacs, sacrés pour la population locale (interdit d’y mettre un orteil ou d’y jeter un caillou !), nos deux groupes se séparent. Le nôtre a au programme quelques heures de traversée de forêt. Dit comme ça, ça parait plutôt tranquille… mais pas à la sauce Xavier Adventure !

Armé de son téléphone lui indiquant la trace GPS, nous suivons donc Xavier et nous laissons littéralement happer par une sorte de jungle de grands conifères. On aurait dit qu’un ouragan s’y était abattu la veille. D’énormes troncs couchés, des torrents, de la boue bien profonde, une densité de végétation incroyable, il aurait fallu une serpe ! Et toujours cette pente… L’ambiance est magique, on guette une apparition animale ou mythologique à tout instant ! Après plusieurs heures, nous gagnons enfin un chemin à la sortie de ce bois vierge de toute trace humaine. Après une bonne pause – nous espérions secrètement que c’était fini – mais non, l’aventure continue avec une deuxième forêt à traverser, mais…de bambous cette fois ! Et pour pimenter les choses, une nouvelle bonne averse se déclenche. Nous entamons un véritable corps à corps avec la végétation tropicale et la boue pour se frayer un passage et toujours en pente bien entendu ! Une sacrée journée, aux mille visages, 100% hors des sentiers battus dont nous sortons fatigués, tout crottés, mais heu-reux !

SHANGRI-LA, NOUS VOILÀ !

Ambiance plutôt calme dans le minibus qui nous ramène ensuite à Shangri-la (ou Xianggelila en mandarin, 3.200m). Mais la sieste fut courte avant une tant attendue soirée de clôture de nos aventures au fameux restaurant The Flying Tigers. Retrouvant d’autres amis shanghaiens (oui, tout Shanghai était dans le Yunnan, ou presque !), nous y avons fêté un anniversaire et le début de nos quelques jours de repos de guerriers. Flâneries dans la vieille ville, visite de ce magnifique et majestueux monastère de Songzanlin (ou Sumtseling), aussi appelé « le petit Potala », virée en scooter et retrouvailles avec notre ami Matthieu, qui avait malheureusement dû interrompre le trek pour passer par la case hôpital (grosse mauvaise réaction à l’altitude).

Fin de nos vacances estivales, si différentes, sportives, exigeantes, tellement riches en partages humains, et pendant lesquelles nous avons fait un réel plein de nature, d’air pur et de fraicheur. Nous les garderons en mémoire pour toujours, c’est certain !

Et mission accomplie pour aborder avec courage et énergie les prochains mois, et toujours caresser l’espoir d’une réouverture des frontières, pour retrouver les nôtres au plus vite. Un immense merci à Xavier, sa famille, son équipe, nous allons vous regretter amèrement puisque votre prochain « trek » se dirige vers la France de façon anticipée…

Toujours plus haut et droit devant !

Merci à Vic, Emma, Gwen, JEG, Xavier, Olivier, Guilhem pour leurs photos.

5 commentaires sur « UN ETE EN CHINE »

  1. Quel plaisir à te lire Delphine, merci pour ce récit et ces belles photos, cela donne envie.
    Bravo à ceux qui ont relevé ce défi physique car cela n’a pas dû être une mince affaire.
    Te connaissant, rebrousser chemin n’est pas une option pour toi!
    Bises et j’espère à bientôt.

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