CHRONIQUE DE RETOURS ANNONCÉS

Red Vortex, Shi Jindian, 2019, Art+ Shanghai gallery

OBJECTIF AVRIL

6ème semaine depuis la fin des vacances du Nouvel An Chinois et le début de notre expérience coronarienne à Shanghai.

Après une semaine de pause du e-learning du Lycée Français de Shanghai, les élèves (et les professeurs) ont repris le chemin de… leur chambre/bureau/ordinateur… Toujours pas de date de reprise à l’horizon, même si mon optimisme naturel me laisse encore espérer la fin du tunnel début avril, au moins pour les classes à examens :) Je m’amuse de voir mes amies de tous pays me contacter pour me demander un retour sur le e-learning à Shanghai ! La Chine sera donc pays précurseur aussi dans ce domaine… Conseillez donc à tous vos directeurs d’école de contacter la nôtre, experte en e-learning à présent !

Aujourd’hui, je vais laisser la parole à quelques personnes qui sont revenues récemment sur Shanghai. Un bel exemple des différences de gestion de cette crise sanitaire entre la Chine et l’Europe. Car ce que la Chine craint plus que tout aujourd’hui, c’est la réimportation du virus depuis l’étranger… Après tant d’efforts, on comprend ! Ça se durcit chez nous aussi, le fameux QR code (vert, jaune, rouge) – attestant du risque/non-risque sanitaire que nous représentons chacun – doit être présenté pour entrer dans notre résidence, dans de nombreux bâtiments officiels, cela va se généraliser sur toute la ville…

Je précise que mon but est, non pas de stresser, mais d’informer (car on réagit toujours mieux en étant préparé) et de rassurer ceux qui hésitent encore à revenir. Car nous vous attendons tous ! A l’heure où j’écris cet article, la France n’est pas considérée comme un pays à risques (donc avec quarantaine obligatoire) par la Chine, mais il est important de surveiller quotidiennement les communiqués officiels et le site du consulat français de Shanghai…

MAINTENANT OU JAMAIS

Séverine, mère de deux jeunes enfants de 10 et 6 ans, a passé ses vacances du Nouvel An Chinois en Thaïlande en famille. A l’annonce de la fermeture du lycée, elle songe rapidement à rentrer en France. En effet, n’étant pas revenue à Noël, cela serait l’occasion de voir ses parents et beaux-parents, et cela permettrait à ses filles de suivre le e-learning de façon plus détendue. Car son état d’esprit positif la pousse à voir le bon côté des choses dans cette histoire de virus ! Seul bémol, laisser son mari seul à Shanghai…

Après quelques jours d’hésitation (et d’attente au soleil), elle se décide et part en France. Là-bas, pas encore de panique sur le sujet, elle respecte quelques jours d’isolement pour finir la fameuse quarantaine de 14 jours, puis elle profite sereinement de la famille.

Début mars, voyant le virus se propager à toute vitesse en Europe et être bien sous contrôle à Shanghai, Séverine ne voit plus de raisons de rester. Elle ne veut pas se retrouver bloquée en France et tient à ce que ses filles terminent l’année scolaire à Shanghai. Et il subsiste une excellente raison de rentrer, celle de retrouver son mari ! Bien informée, elle est parfaitement consciente que les procédures se sont durcies à l’arrivée à l’aéroport de Pudong. Car même si la position de base des autorités shanghaïennes – à ce jour – est de ne pas imposer de quarantaine à ceux qui arrivent de France, il existe de nombreuses exceptions… (mesures de certains propriétaires ou compounds, présence de personnes suspectes dans l’avion etc.). Elle sait donc très bien qu’il existe un risque d’être envoyée avec ses filles dans un hôtel habilité pour faire sa quarantaine. Mais bon, « on fera nos 14 jours dans un hôtel et puis c’est tout ! » se dit-elle.

La fameuse pastille verte (crédit : FC)

Elle prend donc son avion China Eastern samedi matin, avec le numéro du consulat sous la main, comme il a été conseillé – toujours utile pour arranger des situations ubuesques ou des décisions qui semblent abusives… Le vol s’est très bien passé. Prise de température avant l’atterrissage, puis sortie des passagers par petits groupes, contrôles divers et variés, agrémentés de questionnaires en anglais et en chinois, à gros renfort d’applications de traduction si nécessaire. Un peu long certes (quelques heures en réalité), mais une gestion correcte et au final, le Graal pour Séverine et ses filles, la pastille verte apposée sur leurs passeports puis les retrouvailles à la maison. Après 24h de flou, Séverine est maintenant fixée, son compound du centre-ville lui impose une quarantaine assez stricte : 14 jours sans avoir le droit de mettre le nez dehors, mais elle prend cela avec humour en précisant : « même pas le droit de sortir les poubelles ! », j’en connais un qui doit être ravi…

PARCOURS DU COMBATTANT…GAGNÉ !

Pour Fabiola, les choses ont bien failli tourner autrement. Après quelques jours à Harbin (au nord-est de la Chine) pour découvrir les sculptures de glace et le légendaire grand froid – et sans aucun touriste ! – Fabiola et sa famille décident de partir quelques jours au soleil lorsque la nouvelle de la fermeture du lycée et des bureaux tombe. De retour à Shanghai début février, et après une semaine de e-learning et home office, elle décide de s’envoler vers la France avec ses enfants quelque temps, histoire de déstresser un peu. Ils en profitent tous les trois pour revoir la famille, mais les discussions sur le Coronavirus se tendent rapidement. Fabiola s’avoue choquée de voir avec quelle légèreté le sujet est pris dans la métropole, par les autorités et la population. Elle réalise que personne ne veut, ni porter, ni même acheter de masques – très rapidement introuvables d’ailleurs -, et encore moins la génération des seniors… Le fossé culturel est bien là.

Retour à Shanghai ! (crédit : FC)

Alors que les chiffres des malades s’affolent en France et se ralentissent sérieusement en Chine, Fabiola décide de rentrer chez elle, à Shanghai. Arrivée à l’aéroport Charles-de-Gaulle, même choc, presque personne ne porte de masque à part eux, et surtout, ils se font dévisager comme des pestiférés ! Même la pharmacienne (où elle achète des thermomètres frontaux pour les copines car c’est en rupture de stock à Shanghai, et on va en avoir besoin tous les jours à la reprise de l’école…) ne voit pas l’intérêt de se protéger… A la porte d’embarquement, changement d’ambiance : vol China Eastern, personnel et majorité des passagers chinois, tout le monde en masque (parfois de plongée !), gants, et parfois en panoplies de protection des plus farfelues…

Voyagez couverts !
Aéroport de Pudong, Shanghai, mars 2020 (crédit : FC)

Après un vol semblable à tout autre, on contrôle leur température peu avant l’arrivée. Une fois atterris, ils doivent attendre 4h dans l’avion, sans savoir ce qu’il se passe. Après avoir rempli un formulaire pour les douanes, les passagers sortent par groupe de 50 et suivent une procédure bien balisée. Le personnel de l’aéroport est en combinaison intégrale antibactérienne, « on ne voit que la peau autour des yeux, et encore, pour ceux qui ne portent pas de lunettes de vue sous celles de protection ! » précise Fabiola. Mais ils sont tous très aidants et efficaces. Vérification des formulaires, nouveaux formulaires à remplir, avec contrôle des destinations de ces dernières semaines. Puis lors du passage sous la caméra thermique, Fabiola affiche un score de 36.6 degrés, parfait ! Mais à sa grande surprise, une fois ses enfants passés devant, elle se fait retenir pour procéder à des contrôles supplémentaires… Cela fait déjà 40 minutes qu’elle est sortie de l’avion ! Gros stress pour elle, passage en revue des questionnaires, encore et encore, puis on la fait entrer dans une pièce annexe pour quelques examens complémentaires. Ils effectuent un test buccal, la languette est déposée dans une fiole et le liquide passe au… rose fluo ! Nouveau coup de stress, surtout en voyant la tête de l’employée face à sa fiole rose ! Fabiola doit alors retourner au guichet précédent, remplir quelques papiers de plus, donner un nom et numéro de téléphone d’un contact en Chine, puis miracle ! Ils apposent enfin une pastille verte sur son passeport ! La suite est rapide, récupération des bagages (et enfants !), sortie sans scan des valises et retour en famille avec le chauffeur, qui lui aussi avait dû montrer patte blanche pour arriver jusqu’au parking. A la maison, après les contrôles d’usage auxquels nous sommes tous habitués, tout le monde a pu souffler et reprendre ses marques.

JE PRECISE QUE DEPUIS DIMANCHE, DE NOMBREUX TEMOIGNAGES SUR LE GROUPE WECHAT « RETOUR À SHANGHAI » INDIQUENT QUE LES CHOSES SE RODENT ET QUE LES DELAIS DE TOUS CES CONTROLES SONT BEAUCOUP PLUS RAPIDES. MARDI MATIN, CERTAINS ONT MIS TOUT JUSTE 2H ENTRE L’ATTERRISSAGE ET LA SORTIE DE L’AEROPORT, UN RECORD !

VEUILLEZ PASSER PAR LA CASE HOTEL…

Et puis voilà, pour d’autres, le séjour en quarantaine à l’hôtel est inévitable. C’est le cas d’Andrea, ingénieur de nationalité italienne, travaillant pour une société américaine près de Suzhou. Je précise qu’Andrea en est à sa 2ème expatriation en Chine, qu’il parle très bien mandarin (tout comme anglais, français, allemand, espagnol…), ce qui l’a sûrement aidé dans son périple….

Après son séjour à Taiwan lors des vacances du Nouvel An Chinois, Andrea rentre à Suzhou, avec un petit stock de masques pour ses amis. Les bureaux n’ont pas rouvert, les proches en Europe s’inquiètent, quelques compagnies aériennes commencent à fermer leurs lignes vers la Chine. Andrea décide alors de partir sans aller trop loin, et il choisit…la Corée du Sud… Il connait bien ce pays, il va souvent à Séoul pour raisons professionnelles. A son arrivée le 8 février, il subit quelques contrôles à l’aéroport, remplit des questionnaires, et doit signaler tout début de symptômes auprès des autorités. La filiale coréenne de sa société lui demande de ne pas venir dans leurs bureaux pendant 14 jours. Il reste donc à l’hôtel, puis au bout de quelques jours, sort un peu, se balade dans la ville, mais sans fréquenter de lieux où il y a du monde. Au bout de 15 jours, la situation se dégrade fortement en Corée et une semaine plus tard, l’usine de sa société ferme. Bref, le 4 mars, au bout de quatre semaines, dont deux en semi-quarantaine, Andrea décide de rentrer en Chine, où la situation commence à s’améliorer. Mais en se doutant bien qu’une nouvelle quarantaine l’attendait à l’arrivée…

Contrôles jusque sur le parking à l’aéroport (crédit : AC)

Effectivement, dès l’atterrissage de son vol Séoul-Shanghai, plusieurs employés de l’aéroport de Hongqiao montent dans l’avion et se dirigent vers lui à cause de son passeport italien. Il lui sera posé de nombreuses questions (souvent plusieurs fois les mêmes), sur ses derniers voyages en Italie (qui dataient de décembre), mais rien du tout sur la Corée. Sa résidence à Suzhou n’étant pas autorisée à héberger quelqu’un en quarantaine, on lui confirme qu’il doit se rendre dans un hôtel habilité par les autorités. Heureusement, il avait anticipé et son service des ressources humaines avait déjà travaillé sur le sujet pour lui permettre de faire cette quarantaine près de ses bureaux (donc avec moins de monde) et non à Shanghai. Au bout de 4h d’âpres négociations (et c’est là où sa maitrise du mandarin l’a beaucoup aidé), il peut enfin quitter l’aéroport, avec son chauffeur (après nombreuses vérifications aussi sur celui-ci), direction Zhangjiagang.

L’hôtel de quarantaine d’Andrea (crédit : AC)

Bienvenue au Shazhou Lake Hotel ! Andrea est donc depuis quelques jours en quarantaine dans cet hôtel au nom prometteur, tout comme deux autres personnes au même étage. Sa chambre est tout à fait correcte, avec deux lits simples, pour pouvoir dormir dans des draps propres au bout d’une semaine, sans que du personnel n’ait besoin d’entrer… Il y faisait très froid lors de son « check-in », les fenêtres étant volontairement bloquées entrouvertes, « pour faire circuler l’air » lui a-t-on expliqué ! Il a réussi à obtenir un radiateur qu’il fait fonctionner 24h/24. Il a reçu une liste des consignes à respecter, l’heure à laquelle il doit poser sa poubelle devant sa porte, celle des deux passages quotidiens du médecin venant contrôler sa température etc. A part celui-ci, « vêtu de la fameuse combinaison de cosmonaute », il ne voit personne et ne peut pas sortir de sa chambre.

Les plateaux repas d’Andrea (crédit : AC)

Côté repas, on lui sert trois fois par jour un plateau sur une petite table disposée devant sa porte. « Cela n’est pas très appétissant, il y a ce riz gluant sans goût que je jetterais volontiers par la fenêtre… En plus, je suis végétarien, ce qui complique les choses ! Mais ils essaient d’en tenir compte et je réussis à me faire livrer des fruits par exemple par une collègue ou mon chauffeur, qui m’aident très gentiment ».

Andrea s’impose une routine quotidienne pour tenir le coup. Tous les matins, il fait un peu de sport dans sa chambre avec l’aide d’applications dédiées, se douche, s’habille, puis se met au travail à distance puisque ses bureaux ont rouvert le 21 février. Il fait aussi un peu de ménage avec le matériel que l’hôtel lui a prêté, « car je vis, je mange, je dors dans le même espace ! ». La communication avec ses proches est aussi primordiale. « Mais entre le temps passé sur l’écran de mon ordinateur pour le travail et le besoin d’être en contact avec le monde extérieur, mes amis en Chine, en France, et ma famille en Italie, je crains une forte dépendance aux médias. Je me suis même installé une application pour contrôler le temps passé sur écran ! ».

Il est par ailleurs en contact avec le consulat italien, qui a rapidement pris de ses nouvelles. Il connait des amis en quarantaine à Shanghai pour lesquels les arrangements (livraisons extérieures par exemple) sont moins faciles. Il se demande aussi qui va payer son séjour dans cet hôtel…  Son angoisse ? « Que se passe-t-il si jamais je tombe malade ? Je n’ai pas très envie d’être envoyé à l’hôpital du coin… ». Mais il garde précieusement le numéro d’urgences donné par son consulat. En attendant, il envisage, avec impatience mais philosophie, le 18 mars, jour de sa sortie, où il pourra regagner son domicile, sans nouvelle quarantaine à faire (il a déjà vérifié). « C’est une sacrée expérience ! ».

Un grand merci à Séverine, Fabiola et Andrea pour leurs témoignages et leurs photos.

L’ART SAUVERA LE MONDE (Dostoïevski)

Pour finir en beauté, je vous encourage à rendre visite à Ana et Agnès de la galerie Art+ Shanghai, une des rares galeries à avoir rouvert sur Shanghai ! Leur nouvelle exposition met en scène Shi Jindian, artiste chinois renommé, célèbre pour ses sculptures et installations réinterprétées au fil de fer. Partant d’un objet du patrimoine historique, dans une démarche de destruction et reconstruction, il sait donner un sens artistique et esthétique à des portes anciennes, une Jeep ou un vieux side-car… Il travaille à présent de façon plus abstraite et symbolique, avec un rapport toujours très physique à la matière, brouillant les frontières entre art, artisanat et poésie. Il présente ici des sculptures, des installations et peintures, sur les thèmes des lignes, du fil de fer et du bois brûlé. Le rendu esthétique est magique, aérien et symbolique. De plus, la galerie expose aussi quelques tableaux de Shao, fille de Jindian, à la fois influencée par son père et très différente dans son approche créatrice. Un joli dialogue père-fille ! Mes coups de cœur ? Carbonized Line 2 et les aériennes Blue Pieces

Weaving Similarity and Dissimilarity, Shi Jindian et Shi Shao, Art+ Shanghai Gallery, 191 South Suzhou Road (near Sichuan Middle Road), du mardi au dimanche 11h-18h.

5 commentaires sur « CHRONIQUE DE RETOURS ANNONCÉS »

  1. C’est passionnant Delphine, je viens de dévorer ton blog en une seule fois .
    Étant atteinte par ce Coronavirus depuis déjà 10 jours ( en faiblesse respiratoire mais non détresse respiratoire pour le moment ….) je peux confirmer que même moi je ne poursuis qu’un seul but : éviter l’hospitalisation .
    Nous aurions en effet besoin d’un peu plus de modestie pour apprendre de la Chine plutôt que de nous en moquer depuis 2 mois , ainsi que de l’Italie .
    Question masque , nous ne sommes pas au top : en panique le médecin m’a équipée d’un masque mais pas de disponibilité pour mon mari et mon fils .
    Continue à me raconter ce continent alors que d’ici les médias utilisent notre crédulité pour influencer notre jugement.
    Amicalement et à cet été à Sgdd .
    Isabelle

    Aimé par 1 personne

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